jeudi 20 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303653 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | FOURET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juillet 2023, M. G et Mme F, représentés par Me Fouret, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la rectrice de l'académie de Bordeaux a refusé de leur accorder une autorisation d'instruction dans la famille au titre de l'année scolaire 2023/2024 pour leur enfant B ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle est basée sur une condition qui n'est pas prévue par les textes car elle est déjà constituée ab initio à chaque enfant à savoir l'existence d'une situation propre à l'enfant ;
- à titre subsidiaire, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2025, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu la décision attaquée.
Vu :
- l'ordonnance n°2303654 du 10 juillet 2023 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête de M. G tendant à la suspension de l'exécution de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Benzaïd,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. G et Mme F ont demandé une autorisation d'instruction dans la famille au profit de leur fils B né 18 mai 2020 au titre de l'année scolaire 2023/2024, qui leur a été refusée par décision du directeur des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde du 7 avril 2023. Les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la rectrice de l'académie de Bordeaux a rejeté le recours préalable obligatoire qu'ils ont présenté à l'encontre de la décision du 7 avril 2023.
2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-2 de ce code : " L'instruction obligatoire () peut () par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5 ". Aux termes de cet article L. 131-5 : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille (). L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant () / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () ".
3. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.
4. En ce qui concerne plus particulièrement les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.
5. Il ressort des pièces du dossier que les requérants ont demandé l'autorisation d'instruire B en famille au motif de l'existence d'une situation propre à cet enfant. Pour l'établir ils ont assorti leur demande d'un dossier intitulé " projet éducatif ". Au sein de ce projet ils justifient le choix de l'instruction en famille de B ainsi : " B de par son vif tempérament a besoin de bouger à sa guise durant ses apprentissages. Il a également des phases où il a besoin de se canaliser en variant rythme et durée des activités. Nous demandons l'autorisation pour motif 4 en vertu de l'intérêt supérieur de notre enfant qui consiste notamment à lui donner une instruction propice à une bonne acquisition progressive et régulière du socle commun, dans un environnement de travail calme où il peut se lever et être libre d'explorer à sa guise. Son rythme quotidien et biologique doivent également être pris en considération et lui permettre de respecter ses capacités attentionnelles. B est déjà habitué à l'instruction en famille de par sa sœur mais aussi dans son quotidien par le biais d'activités déjà mises en place ". Pour refuser d'accorder aux requérants l'autorisation sollicitée au profit de leur fils B la commission a décidé que leur projet éducatif ne comportait pas les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de leur enfant, qu'il se contente de citer des pédagogies Montessori et Freinet et de faire référence à des sites comportant des contenus pédagogiques sans les articuler aux rythmes spécifiques de l'enfant ni les adapter à ses acquis. Au soutien de leur moyen tiré de l'atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant, les requérants allèguent que la scolarisation imposerait un rythme commun inadapté au rythme propre à B et le privera de ses activités auxquelles il est inscrit sans introduire le moindre avantage par rapport à leur projet personnalisé. Ils ajoutent également que cela le séparera de sa sœur de 7 ans qui bénéficie de plein droit de l'instruction dans la famille rajoutant une rupture dans son quotidien, sa sécurité affective et émotionnelle. Toutefois, tout d'abord, le projet présenté par les requérants ne démontre pas la situation particulière de B qui justifierait la dérogation sollicitée. Notamment, la circonstance que la grande sœur de B bénéficie de plein droit de l'instruction en famille ne confère pas un même droit à B, le simple fait qu'il puisse être séparé de sa sœur durant les heures d'instruction obligatoire n'étant pas, en l'absence de toute circonstance particulière, de nature à porter atteinte à son intérêt supérieur. En outre, il ressort des pièces du dossier, que le " projet pédagogique " présenté par les requérants précise que l'approche pédagogique choisie est mixte avec " apprentissages libres et autonomes pour certaines activités ", " Suivi des programmes et d'un planning suivant le contexte " et " Sélections alternatives (Montessori , Freinet, Seiner, Mason, ou autre) ", mentionne l'utilisation de divers supports et ressources pédagogiques ou d'inspiration pédagogique composés majoritairement de livres et matériel de coloriage, et un emploi du temps détaillé dont il est indiqué qu'il pourra évoluer en cours d'année. Toutefois ces éléments ne permettent pas d'apprécier la qualité des enseignements et ne démontrent pas en quoi ils permettraient à B d'acquérir les connaissances et les compétences du socle commun pour un enfant de son âge. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée serait entachée d'erreur d'appréciation, qu'elle méconnaitrait l'intérêt supérieur de B ni qu'elle méconnaîtrait les dispositions précitées du code de l'éducation.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. G et Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et à Mme E F et à la rectrice de l'académie de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme A H, Mme D Benzaïd, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.
La rapporteure,
K. BENZAÏD
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026