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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303695

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303695

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantBOKOLOMBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 juillet et 13 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Bokolombe, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 8 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de trois ans.

2°) d'enjoindra au préfet de la Gironde de lui délivrer sans délai un titre de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union/EEE/Suisse à M. B A sous astreinte de 100 euros par jour de retard,

3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à l'avocat pour les frais de justice une somme de 1500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que le conseil renonce à la contribution de l'Etat qui serait éventuellement octroyée.

M. A soutient que :

- les décisions ont été prise par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un examen sérieux de sa situation personnelle dès lors, notamment, qu'elles ne mentionnent pas la réalité de sa situation familiale ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est marié avec une ressortissante espagnole et père d'un enfant communautaire ;

- les décisions méconnaissent son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elles portent également atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant.

Le préfet de la Gironde n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, né le 22 janvier 2004, est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date indéterminée. L'intéressé a été interpellé le 8 juillet 2023 par les services de gendarmerie de Bordeaux pour des faits de tentative de vol et maintient irrégulier sur le territoire français. Par un arrêté du 8 juillet 2023 notifié le jour même à 14h50, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2023-021 du même jour, le préfet de la Gironde a donné, en des termes suffisamment précis, délégation de signature à M. Patrick Amoussou-Adéblé, secrétaire général pour les affaires régionales et signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à préciser l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et est, par suite, suffisamment motivé. Il ressort de cette motivation, qui reprend notamment les conditions de son entrée en France et des faits répréhensibles dont il a été l'auteur, que le préfet de la Gironde a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Le requérant soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'interdiction du territoire de trois ans dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'époux d'une ressortissante espagnole et père d'un enfant également espagnol. Cependant, d'une part, il n'apporte aucune pièce pour justifier de sa situation familiale de sorte qu'il ne justifie pas, en tout état de cause, qu'il peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en cette qualité. Alors qu'il ne conteste pas être entré irrégulièrement en France, il entre dans les prévisions des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. C'est donc sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation que le préfet de la Gironde a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français. D'autre part, il ressort de la décision attaquée que le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits de vols en réunion, agression sexuelle, détention illicite de substance psychotrope, de port d'arme blanche sans motif légitime commis entre le 20 mai 2022 et le 4 mai 2023. Le requérant ne remet nullement en cause la réalité de ces faits. Dans ces circonstances, le préfet de la Gironde pouvait, sans commettre ni erreur de droit ni erreur d'appréciation interdire le retour du requérant pour une durée de trois ans en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En quatrième lieu, le requérant, qui n'établit ni être marié, ni avoir d'enfant, est célibataire et ne dispose d'aucune attache familiale ou privée en France où il est entré à une date inconnue. Dans ces conditions, les décisions attaquées ne portent pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti notamment par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En cinquième lieu, dès lors qu'il ne justifie pas être père d'un enfant, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de ce dernier est inopérant.

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête ne peut donc qu'être rejetée, y compris les conclusions qu'il présente aux fins d'injonction et de remboursement de frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bokolombe et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

Ph. C

Le greffier,

A. PONTACQ La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2303695

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