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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303699

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303699

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2023 à 16h30, M. C B, représenté par Me Pierre Lanne, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- le signataire n'est pas compétent en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée à son bénéfice ; à supposer qu'une telle délégation existe, celle-ci n'est pas suffisamment précise ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet de la Gironde a entaché sa décision d'erreur de droit dès lors que l'examen de sa demande d'asile en Allemagne fait obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- le principe et la durée de l'interdiction de retour sont disproportionnées dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace grave et actuelle pour l'ordre public.

Par des mémoires en défense enregistrés le 11 juillet 2023 à 15h08 et 15h52, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il confirme la légalité de l'arrêté en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bongrain pour statuer en application des

dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juillet 2023 à 9h :

- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lanne, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. B, assisté de M. A, interprète en langue arabe ;

- le préfet de la Gironde n'étant ni présent, ni représenté.

L'audience a été suspendue de 9h10 à 9h15 afin de communiquer au préfet de la Gironde les pièces présentées à la barre par le conseil de M. B.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 18 juillet 1985, est entré en France, en mai 2023 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé le 7 juillet 2023 par les services de gendarmerie de Libourne pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes. Par un arrêté du 8 juillet 2023 notifié le jour même à 20h, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2023-021 du même jour, le préfet de la Gironde a donné, en des termes suffisamment précis, délégation de signature à M. Patrick Amoussou-Adéblé, secrétaire général pour les affaires régionales et signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 24 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne () / 4. Lorsqu'une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point d), du présent règlement dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision définitive dans un État membre, se trouve sur le territoire d'un autre État membre sans titre de séjour, ce dernier État membre peut soit requérir le premier État membre aux fins de reprise en charge de la personne concernée soit engager une procédure de retour conformément à la directive 2008/115/CE () ". Il résulte de ces dispositions que, tant qu'une demande d'asile n'a pas été rejetée par une décision définitive dans un État membre, la seule procédure que l'autorité administrative peut mettre en œuvre est celle de la reprise en charge instituée par ce règlement, à l'exclusion des autres procédures d'éloignement, au nombre desquelles figure l'obligation de quitter le territoire telle que prévue par l'article L. 611-1 précité.

6. En l'espèce, et ainsi que le fait valoir le préfet de la Gironde en défense, il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. B figurant au procès-verbal d'audition du 8 juillet 2023, que ce-dernier relate avoir quitté son pays en 2021 et transité par la Turquie, la Serbie, la Slovénie et l'Italie. L'intéressé, qui n'a ainsi pas fait état d'un quelconque passage en Allemagne, a ajouté n'avoir effectué aucune démarche administrative lors de son transit en vue d'obtenir un statut ou un titre de séjour. Si M. B se prévaut de documents, produits au cours de l'audience, qui justifieraient du dépôt d'une demande d'asile en Allemagne, ceux-ci ne sont pas lisibles et apparaissent ainsi dépourvus de tout caractère probant. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir, pour la première fois dans sa requête, qu'il aurait déposé " il y a trois mois " une demande d'asile en Allemagne, M. B ne conteste pas sérieusement la légalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Le requérant ne faisant état d'aucune circonstance humanitaire, l'interdiction est fondée dans son principe. Si M. B n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il est, selon ses déclarations, entré très récemment en France, est dépourvu d'attache familiale ou privée sur le territoire national. Sans domicile fixe, il ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française. En outre, l'intéressé a été interpellé le 7 juillet 2023 par les services de gendarmerie de Libourne pour avoir mis le feu à un squat. Ces faits, de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes, ne sont pas sérieusement contestés et suffisent à considérer que la présence sur le territoire national de M. B représente une menace pour l'ordre public. Par suite, en fixant la durée de l'interdiction de retour à trois ans, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Lanne et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

A. BONGRAINLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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