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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304106

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304106

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-1ère chambre
Avocat requérantSELARL FRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023 et un mémoire en réplique enregistré le 12 novembre 2023 M. B A, représenté par Me Cohen, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 1er février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire, ensemble les décisions de retrait de points suite aux infractions commises les 2 mai 2017, 3 août 2017, 26 août 2018, 6 avril 2021, 28 avril 2022, 11 mai 2022 et 27 juillet 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés suite à la constatation des infractions commises 6 avril 2021, 28 février 2022, 11 mai 2022 et 27 juillet 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur lui restituer son permis de conduire avec un capital de points reconstitué ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion de la commission des infractions litigieuses ;

- il n'a pas reçu d'avis de contravention ou d'information préalablement au retrait des points résultant des infractions commises les 2 mai 2017, 28 février 2019, 6 avril 2021, 28 février 2022, 11 mai 2022 et 27 juillet 2022 et constatées par procès-verbaux électroniques et ayant donnés lieux à une interception du véhicule ;

- il n'a pas reçu d'information préalable concernant les infractions commises le 26 août 2018 et le 3 août 2017 constatées par radar automatiques ;

- le ministre de l'intérieur ne pouvait pas retirer son permis de conduire en raison des différentes infractions commises, dès lors que les décisions portant retraits de points ne lui ont pas été retirés.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cornevaux a été entendu en audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, a commis, les 2 mai 2017, 3 août 2017, 26 août 2018, 6 avril 2021, 28 février 2022, 11 mai 2022 et 27 juillet 2022 diverses infractions au code de la route entraînant des retraits de points sur le capital afférent à son permis. Par une décision référencée " 48 SI " du 1er février 2023, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de l'intéressé pour solde de points nul. M. A a formé un recours gracieux, reçu le 28 mars 2023, contre cette décision ainsi que les retraits de points qui y étaient mentionnés, lequel recours a été rejeté implicitement. Par la présente requête, l'intéressé demande l'annulation de la décision " 48 SI ", du rejet de son recours gracieux, ainsi que des décisions de retrait de points intervenues suite aux infractions commises les 2 mai et 3 août 2017, le 26 août 2018, le 6 avril 2021, les 28 février, 11 mai et 27 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 223-3 de ce même code : " () Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique.() ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

3. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme à ces dispositions, dont la mise en œuvre a été généralisée à l'occasion d'une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

4. S'agissant du retrait de points intervenu suite aux infractions du 2 mai 2017, du 6 avril 2021, et du 27 juillet 2022, il résulte de l'instruction que ces infractions ont donné lieu à l'émission de procès-verbaux électroniques. Ces procès-verbaux comportent l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquels M. A a opposé sa signature et qui est ainsi réputé avoir été informé des éléments requis par les dispositions précitées. En outre, si le requérant n'a pas apposé sa signature sur les procès-verbaux électroniques émis suite aux à infractions commises le 28 février 2022 et le 11 mai 2022, elles sont complétées par la mention " N/A " justifiant l'impossibilité de signer ces documents en raison des règles sanitaires mise en œuvre pour lutter contre l'épidémie de covid-19. Cette mention comporte la même valeur probante que la signature du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté en ce qui concerne les infractions du 2 mai 2017, du 6 avril 2021, du 11 mai 2022, du 28 février 2022 et du 27 juillet 2022.

5. S'agissant du retrait de points suite à l'infraction commise le 28 février 2019, il ressort du procès-verbal électronique par l'administration que ce dernier comporte l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende. Il s'ensuit que quand bien même le requérant aurait refusé de signer ce procès-verbal, l'administration doit être regardée comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfaite à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de l'infraction en date 28 février 2019 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, en application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivants, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée étant revêtu des mentions portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit ainsi à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que celui-ci était inexact ou incomplet.

7. En ce qui concerne l'infraction relevée par radar automatique le 3 août 2017 et le 26 août 2018 le ministre de l'intérieur produit une attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement, le 12 février 2021 de la somme de 180 euros et le 14 mars 2018 de la somme de 375 euros en paiement des amendes forfaitaires majorées afférentes aux l'avis de contravention au code de la route. Dans ces conditions, M. A qui a payé les amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions en cause sans opposer d'objection sérieuse quant au bien-fondé de leurs majoration et, notamment, sans former la réclamation prévue à l'article 530 du code de procédure pénale, et qui n'apporte aucun élément susceptible de faire présumer qu'il n'aurait pas été en mesure de recevoir l'avis de contravention correspondant doit être regardé ayant été destinataire de cet avis préalablement à l'émission de l'avis d'amende forfaitaire majorée. Par suite, M. A a reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de cette amende. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions qu'elles prévoient dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si le contrevenant justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

9. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A s'est acquitté de l'amende forfaitaire relative aux infractions du 3 août 2017 et du 28 août 2018. Il ne produit aucun élément de nature à mettre en doute les mentions de son relevé d'information intégral, notamment le " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires " tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration, ni, en tout état de cause, les suites pénales données à sa réclamation. Dans ces conditions, la réalité de l'infraction du 25 août 2021 doit être regardée comme établie. Le moyen soulevé par le requérant doit, par suite, être écarté.

10. D'autre part, si M. A soutient la réalité des infractions commises le 2 mai 2017, le 28 février 2019, le 6 avril 2021, le 28 février 2022, le 11 mai 2022 et le 27 juillet 2022 n'est pas établie, il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de l'intéressé que les amendes forfaitaires majorées correspondantes ont été émises. En l'absence de tout élément avancé par M. A de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 précité du code de la route. Par suite, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie et le moyen soulevé par le requérant doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions portant retrait de point, de la décision " 48SI " du 1er février 2023, et des décisions implicites de rejet des recours gracieux du requérant doivent être rejetées. Les conclusions aux fins d'injonctions doivent également être rejetées, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

G. CORNEVAUX

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2304106

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