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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304130

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304130

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCESSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 28 septembre 2023 qui n'a pas été communiqué, M. A D, représenté par Me Cesso, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en France depuis 2011, il parle et écrit le français, il bénéficie d'un avis favorable de la commission du titre de séjour, il a suivi une formation en informatique, il a travaillé comme chauffeur livreur préparateur, il est isolé au B, il est marié à une compatriote et il a deux enfants scolarisés sur le territoire français ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- le préfet a entaché décision portant refus de titre de séjour d'un défaut d'examen ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la mesure d'éloignement est illégale dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;

- la mesure d'éloignement méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée dès lors que le préfet ne mentionne ni sa date d'entrée sur le territoire français, ni l'ancienneté de son séjour ;

- cette décision porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- l'interdiction de retour méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 9 et 16 août 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger,

- et les observations de Me Esseul, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant nigérian, né le 19 octobre 1990, déclare être entré irrégulièrement en France le 11 février 2011. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 27 février 2013. Il a par la suite bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, valable jusqu'au 14 janvier 2014 dont le renouvellement lui a été refusé par une décision du préfet de la Gironde du 22 janvier 2015, assortie d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif le 26 mai 2015 puis par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 15 décembre 2015. M. D, qui n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, demande qui a été rejetée par le préfet de la Gironde qui a pris à son encontre, par un arrêté du 8 octobre 2018, une nouvelle mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, dont la légalité a également été confirmée par le tribunal administratif le 26 mars 2019 puis la cour administrative d'appel de Bordeaux le 20 février 2020. M. D s'est maintenu sur le territoire et a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 11 août 2020 qui a été rejetée par un arrêté de la préfète de la Gironde du 12 avril 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif du 28 septembre 2021. Ce jugement a été annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 23 juin 2022 qui a enjoint au préfet de procéder à un nouvel examen de la situation de M. D. Par un nouvel arrêté du 28 juin 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. Mme C E, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux et signataire de l'arrêté contesté, bénéficiait, par arrêté du préfet de la Gironde du 31 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-060 du même jour, et librement accessible, d'une délégation à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Si M. D soutient qu'il réside habituellement en France depuis le mois de février 2011, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande d'asile et de deux mesures d'éloignement prises à son encontre qu'il n'a pas exécutées. Il ressort également des pièces du dossier que l'épouse du requérant, compatriote, est en situation irrégulière sur le territoire français. Si M. D se prévaut de la présence de ses deux filles, nées en France en 2015 et en 2017, ainsi que de la scolarisation de celles-ci en classe de grande section de maternelle et de CE1, il ne ressort pas des pièces du dossier que les jeunes enfants du couple ne pourraient poursuivre leur scolarité au B, où la cellule familiale pourrait se reconstituer. De plus, si le requérant fait valoir qu'il a suivi une formation en langue française de près de quatre cent heures, il ressort des termes de l'avis de la commission du titre de séjour du 6 avril 2023 que sa maîtrise de la langue française est qualifiée d'insuffisante. Par ailleurs, si M. D justifie d'efforts d'intégration professionnelle, il ressort des pièces du dossier que le contrat à durée indéterminée en qualité de chauffeur livreur dont il bénéficie depuis le mois de février 2023 présentait un caractère récent à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. En l'espèce, M. D se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence et de la scolarité de ses enfants, qui y sont nés, et de son intégration professionnelle. Toutefois, d'une part, la durée de son séjour ne constitue pas, à elle-seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour alors en outre qu'elle résulte en l'espèce, pour partie, de son maintien irrégulier sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande d'asile et de deux mesures d'éloignement prises à son encontre qu'il n'a pas exécutées. Par ailleurs, le fait que les jeunes enfants de M. D soient nés en France et y soient scolarisés ne caractérise pas des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, l'intéressé se prévaut de ce qu'il a exercé les fonctions de chauffeur livreur en qualité d'intérimaire à compter du mois d'août 2022, qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée depuis le mois de février 2023 et que cet emploi connaît des difficultés de recrutement. Toutefois, ces éléments ne sauraient suffire à eux-seuls, au regard des exigences requises s'agissant de l'expérience et des qualifications professionnelles, à caractériser une insertion professionnelle d'une intensité particulière constitutive d'un motif exceptionnel d'admission au séjour pour la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée que le préfet de la Gironde a fait état des éléments relatifs à la situation personnelle de M. D et a précisé que, si l'intéressé se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 14 février 2023 en qualité de chauffeur livreur, cette circonstance ne lui donne pas à elle-seule le droit au bénéfice d'une admission exceptionnelle au séjour dès lors qu'il ne peut se prévaloir d'une ancienneté de travail suffisante. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde n'aurait pas examiné sa situation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que les deux enfants de M. D sont jeunes et que rien ne fait obstacle à ce que leur scolarisation se poursuive au B. Si le requérant se prévaut du risque d'excision qu'encourraient ses filles au B, il n'établit pas, par la documentation générale qu'il produit, que celles-ci seraient personnellement exposées à ce risque ni qu'il ne serait pas en mesure de s'y opposer. Au demeurant, les demandes d'asile de ses filles ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) aux motifs qu'elles ne sont pas originaires d'une population dans laquelle les mutilations sexuelles féminines sont couramment pratiquées et que les risques invoqués n'étaient pas personnalisés. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que M. D ne remplit pas les conditions pour bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Par suite le moyen doit être écarté.

14. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 12, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

19. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Gironde a relevé que M. D a fait l'objet de deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, dont un est assorti d'une interdiction de retour sur le territoire, qu'il n'a pas exécutés, qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire de trente jours, qu'il n'est pas dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où la cellule familiale peut se reconstituer et qu'il ne justifie pas de la nature de ses liens en France. Le préfet relève également que le requérant est présent en France depuis 2011. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour doit être écarté.

20. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants doit être écarté.

22. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit, M. D a fait l'objet de deux mesures d'éloignement prises à son encontre qu'il n'a pas exécutées, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au B où la cellule familiale peut se reconstituer et il ne justifie pas de la nature de ses liens en France. Par suite, et alors même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Chauvin, présidente,

- Mme de Gélas, première conseillère,

- Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

M. BALLANGERLa présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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