jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304203 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 29 août 2023, M. D, représenté par Me Autef, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les deux arrêtés du 27 juillet 2023 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire pour une durée de douze mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a fourni des éléments probants attestant de son union avec Mme C et qu'ils ont une fille née en France, éléments qu'il n'avait pu communiquer en zone d'attente mais qui sont antérieurs à la décision en litige ;
- méconnaît l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.
La décision refusant le délai de départ volontaire :
- est illégale dès lors que la décision d'obligation de quitter le territoire est illégale ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est entachée d'une erreur de fait dès lors que contrairement à ce qu'elle indique, il a remis son passeport en cours de validité ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est dépourvue de base légale dès lors que la décision d'obligation de quitter le territoire est illégale ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que deux critères sur quatre ont été examinés, notamment la menace à l'ordre public n'a pas été examinée ni l'existence d'une précédente mesure d'éloignement ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision fixant le pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale dès lors que la décision d'obligation de quitter le territoire est illégale ;
- est illégale dès lors que sa famille était opposée à son départ en Israël et qu'il craint d'être victime de représailles en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G,
- et les observations de Me Autef, représentant M. D, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né en 1991, a été contrôlé par les autorités françaises le 21 juillet 2021 à l'aéroport de Roissy. Arrivant d'un vol en provenance de Tel Aviv, en transit à Paris et enregistré pour un vol à destination de Marrakech, il a refusé d'embarquer dans l'avion sur lequel il était enregistré. Dépourvu de visa, il a fait l'objet d'une décision de refus d'entrée et a été placé en zone d'attente. Le 23 juillet 2023 puis le 26 juillet 2023, il a de nouveau refusé d'embarquer pour Marrakech. Le 27 juillet 2023, il a été placé en garde à vue. Le même jour, le préfet de police de Paris a pris deux arrêtés à son encontre, un premier arrêté notifié à 17h44 par lequel il l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination et un second arrêté notifié à 17h47 par lequel il lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois. M. D demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
4. Les deux arrêtés ont été signés par M. B E, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, attaché d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". Un arrêté d'obligation de quitter le territoire français comportant dans ses visas et ses motifs, même de manière succincte, toutes les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de l'étranger au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables doit être regardé comme suffisamment motivé en la forme.
6. La décision du 27 juillet 2023 vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que M. D est né le 25 février 1991, qu'il est de nationalité marocaine, qu'il est entré en France sous couvert d'un document de voyage sans visa d'entrée alors que, ressortissant marocain, il ne peut se prévaloir des dispositions conventionnelles passées entre son pays et la France ou l'Union européenne portant exemption de visa. En outre, elle précise que s'il ne peut justifier être entré régulièrement en France, il n'a pas sollicité de titre de séjour. Ainsi, elle, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle précise qu'il existe un risque que M. D se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, notamment parce qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. La décision mentionne que M. D se déclare " marié au Maroc, père d'un enfant à charge sans en apporter la preuve ". Alors même que la décision n'avait pas à détailler de manière exhaustive la situation de M. D, l'arrêté est suffisamment motivé et révèle que le préfet de police de Paris a procédé à un examen sérieux de sa situation particulière.
7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est marié le 17 février 2022 à Casablanca avec Mme A C, née en 1987, ressortissante marocaine. Il ressort également des pièces du dossier que celle-ci réside à Bergerac, en Dordogne, et qu'elle possède une carte de résidente en France de dix ans, délivrée le 29 août 2013, qui a été renouvelée et qui est valable jusqu'au 28 août 2033. Si M. D soutient dans sa requête qu'il est hébergé en France par Mme C, il ressort du procès-verbal de sa garde à vue du 27 juillet 2023 qu'il a déclaré être domicilié à Casablanca en donnant l'adresse d'un domicile, qu'il a indiqué avoir quitté le Maroc le 1er juin 2022 pour se rendre en Israël avec un visa de tourisme valable trois mois et qu'il avait vécu un an en Israël en exerçant la profession de cuisinier. Il verse au dossier un titre de séjour israélien valable du 2 juin 2022 au 2 septembre 2022. Le procès-verbal de sa garde à vue n'indique pas qu'il aurait résidé ou même séjourné en France ni son intention d'y venir. Il déclare en revanche souhaiter aller en Pologne où il a des connaissances. En outre, nonobstant l'attestation de Mme C qui indique l'héberger, sans toutefois préciser de date, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait séjourné en France. La facture d'électricité qu'il produit pour justifier de son domicile est au nom de Mme C et ne le mentionne pas. Ensuite, si M. D déclare être le père I, née en France le 27 janvier 2023, ce dont atteste également Mme C dans un document signé le 29 juillet 2023, il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Ainsi, les deux attestations d'envois de colis Chronopost depuis Israël soit le 21 juillet, un colis pour lequel la déclaration à la douane mentionne " cloth " d'une valeur douane de 201,41 euros et le 25 juillet un colis " baskets " pour une valeur douane de 426,36 euros ainsi que le mandat effectué depuis Israël le 19 juillet 2023 pour 606 euros, ces trois envois étant adressés à Mme C, pas plus que l'attestation de Mme C qui indique " depuis notre mariage à toujours participé aux frais et besoins de la famille ", ne sauraient suffire à établir la contribution de M. D à l'entretien et l'éducation de l'enfant. Par ailleurs, à l'appui de son intégration sur le territoire, le requérant se borne à produire le témoignage de la sœur de Mme C qui atteste de l'union et d'un mariage en février 2022 avec sa sœur ainsi que de la naissance I, sans mention de résidence ou de séjour en France. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que M. D ne parle ni ne comprend le français et n'a déposé aucune demande de titre de séjour. Enfin, si M. D soutient que son épouse étant la mère de deux autres filles de nationalité française, la cellule familiale ne peut se reconstituer au Maroc, cette circonstance ne saurait suffire, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait eu des contacts avec sa fille depuis la naissance de celle-ci, ni avoir contribué à son entretien et son éducation. Dans ces conditions, le préfet de police de Paris, en l'obligeant à quitter le territoire, n'a pas porté une atteinte au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et n'a, par suite pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
9. En troisième lieu, en vertu des stipulations de l'article 3. 1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. Ainsi qu'il a été dit au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D ait été présent aux côtés I, sa fille présumée, depuis la naissance de celle-ci. En outre, les trois justificatifs versés au dossier pour en attester, à savoir un mandat de 606 euros et deux colis ne sauraient suffire à établir qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de celle-ci. Par suite, le moyen tenant à la méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant est écarté.
En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision (). ". Aux termes de l'article L. 612.2 : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
12. En premier lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision de refus d'un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, si M. D soutient que le préfet a commis une erreur de fait en estimant qu'il présentait un risque de fuite au motif qu'il n'aurait pas présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet a estimé qu'il existait un risque que M. D se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il faisait l'objet dès lors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Or, ces deux circonstances sont exactes dès lors que d'une part si M. D possède un passeport marocain valable du 12 juillet 2019 jusqu'au 12 juillet 2024, en revanche, il ne dément pas ne pas avoir fourni de visa alors même que, ressortissant marocain, il ne peut se prévaloir de dispositions conventionnelles passées entre son pays et la France qui l'exempteraient de la production d'un visa, et, d'autre part, il n'a pas fait de demande de titre de séjour. Par suite, le préfet de police n'a pas commis d'erreur de fait.
14. En troisième lieu, d'une part, si M. D possède un passeport marocain en cours de validité, en revanche, ainsi qu'il a été dit, il ne possède pas de visa, son entrée sur le territoire français est par conséquent irrégulière. D'autre part, la seule attestation de son épouse qui réside à Bergerac et auprès de laquelle il n'établit ni résider, ni même séjourner, n'est pas suffisante pour considérer qu'il bénéficie de garanties de représentation. Par suite, en refusant un délai de départ volontaire à M. D, le préfet de police de Paris n'a ni méconnu les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni fait une inexacte appréciation de ces dispositions.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de retour :
15. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tenant à l'illégalité de celle-ci invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
16. En second lieu, si M. D allègue de risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, il se borne à indiquer que sa famille au Maroc était opposée à son départ pour Israël et qu'il encourt des risques en cas de retour, mais il n'apporte aucun élément probant pour établir ces risques. Par suite, ce moyen est écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du CESEDA : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
18. En premier lieu, la décision faisant à M. D obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de douze mois, ne peut qu'être écarté.
19. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu article L. 612-10 que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
20. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
21. Il ressort des pièces du dossier que M. D, s'il est marié avec Mme C depuis 2022, et qu'ils ont eu une fille en janvier 2023 et qu'elles résident à Bergerac, il n'établit ni résider avec elles, ni même venir régulièrement leur rendre visite. Il a été interpellé alors qu'il venait d'Israël, muni d'un passeport marocain mais sans visa et n'a pas sollicité de titre de séjour. En conséquence, et bien qu'il n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en fixant à douze moi la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de police de Paris n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées ni principes énoncés.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de revenir sur le territoire pendant un délai de douze mois.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
23. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont M. D demande le versement au profit de son conseil sur le fondement de l'article 37, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de police de Paris et au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme H et Mme G, premières conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
S. G
Le président,
D. FERRARILa greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026