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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304584

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304584

vendredi 1 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLASSORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2023, M. B A, représentée par Me Lassort, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance ;

5°) d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de l'ordonnance à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie dès lors qu'il dispose d'une affectation pour le 1er septembre en qualité de professeur de physique-chimie après sa réussite au certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement privé sous condition de production d'une preuve de son droit au séjour ;

- un doute sérieux existe quant à la légalité de la décision attaquée :

-elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure puisqu'elle a été prise sans consultation pour avis de la commission du titre de séjour ;

- la décision litigieuse méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu

- la requête enregistrée le 22 juin 2023 sous le n°2303346 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. Ferrari, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 août 2023 à 11 heures :

- le rapport de M. Ferrari, juge des référés ;

- les observations de Me Lassort pour M. A ;

- le préfet de la Gironde n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant hondurien, né le 4 décembre 1992, est entré régulièrement en France le 27 septembre 2010, sous couvert d'un visa étudiant. Il a bénéficié de plusieurs cartes de séjour temporaire portant la mention " élève étudiant " jusqu'en 2018, avant d'obtenir une dernière autorisation provisoire de séjour " étudiant en recherche d'emploi ou création d'entreprise ", valable jusqu'au 30 octobre 2019. Puis, inscrit en master préparant aux métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation, il a préparé le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement privé et a réussi les différentes épreuves avec succès entre mars et juin 2022. Afin de pouvoir être titularisé, M. A a formulé le 11 mars 2022 une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est restée sans réponse de la préfecture de la Gironde. Par jugement du 29 juin 2023, le tribunal administratif de Bordeaux (n° 2300758) a annulé cette décision implicite de rejet et enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que M. A est entré en France régulièrement en 2010, qu'il a suivi un cursus universitaire avec succès et s'est inscrit en 2021 en master préparant aux métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation, qu'il a préparé le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement privé et a réussi les différentes épreuves avec succès entre mars et juin 2022. Dès la rentrée scolaire 2022-2023, M. A a ainsi effectué 9 heures d'application de ses connaissances théoriques en tant que professeur stagiaire dans un établissement d'enseignement et afin de pouvoir être titularisé, le requérant a formulé le 11 mars 2022 une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A nouveau admis aux épreuves du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement privé au titre de l'année 2023, M. A se trouve en mesure d'enseigner, en tant que professeur à temps plein en physique-chimie à compter du 1er septembre 2023 au sein d'un établissement scolaire à Bordeaux sous réserve de la présentation d'un titre de séjour. Ainsi, M. A justifie de circonstances particulières caractérisant l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision de refus de séjour serait entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux, d'un vice de procédure, qu'elle porterait au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 juillet 2023 en litige, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Lorsque le juge ordonne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution d'une décision ayant rejeté une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour émanant d'un ressortissant étranger, ce dernier ne peut, en raison même de la suspension de la décision, être regardé comme se trouvant dans une situation irrégulière sur le territoire français. En conséquence, l'autorité administrative a l'obligation, aussi longtemps que la suspension ordonnée produit effet, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour. Indépendamment de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, il appartient à l'autorité administrative, au vu du ou des moyens servant de fondement à la mesure de suspension, de procéder à un nouvel examen de la situation du requérant sans attendre la décision du juge saisi au principal, en fonction de l'ensemble des circonstances de droit et de fait au jour de ce réexamen.

8. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance, et de lui délivrer sans délai un récépissé de sa demande de titre de séjour lui conférant le droit d'exercer une activité professionnelle, valable jusqu'à ce réexamen ou, à défaut, jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond par le tribunal administratif sur sa demande en annulation du refus de séjour attaqué. Il n'y a pas lieu, en l'état, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire et aux frais de l'instance :

9. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il s'ensuit que son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lassort de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à ce dernier.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de la Gironde du 21 juillet 2023 portant refus de séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance, et de lui délivrer sans délai un récépissé de sa demande valant autorisation provisoire de séjour et lui conférant le droit d'exercer une activité professionnelle, valable jusqu'à ce réexamen ou à défaut jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond par le tribunal administratif sur sa demande en annulation de la décision de refus de séjour attaquée.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Lassort avocat de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à ce dernier.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet de la Gironde et à Me Lassort.

Fait à Bordeaux, le 1er septembre 2023.

Le juge des référés,

D. FERRARI

La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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