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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304689

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304689

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantJOURDAIN DE MUIZON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2023, et un mémoire, enregistré le 10 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Jourdain de Muizon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 20 avril 2023 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" ou, à défaut, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Jourdain de Muizon, avocate de M. B, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* la requête est recevable ;

S'agissant du refus de séjour :

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

* la décision attaquée est entachée de vices de procédure ayant eu une influence sur le sens de la décision et l'ayant privé d'une garantie, dès lors que le reproche qui lui est fait d'être défavorablement connu des services de police révèle qu'a été diligentée une enquête administrative préalable au cours de laquelle des fichiers comportant des données à caractère personnel ont été consultés :

* il a été procédé à une enquête administrative sans base légale, au regard du V de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure ;

* il n'a pas été informé qu'il faisait l'objet d'une enquête administrative, en méconnaissance de l'article R. 114-6 du code de la sécurité intérieure ;

* il n'est pas justifié que la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires a été faite par un agent disposant de l'habilitation spéciale prévue au 5° de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

* il n'est pas justifié que les services de police ou de gendarmerie et le procureur de la République ont été saisis préalablement dans le cadre de l'enquête administrative, conformément à l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

* la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplissait les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

* la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables ;

* la décision attaquée est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation :

* il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine, si bien que le préfet ne saurait lui reprocher de ne pas justifier être isolé dans ce pays et avoir rompu tout lien avec celui-ci et de ne pas démontrer être dans l'impossibilité de s'y réinsérer socialement et professionnellement ;

* il ne représente pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public ; les faits qui lui sont reprochés sont anciens ; il n'a commis aucun acte de violence depuis que sa pathologie a été traitée et qu'un contrôle de soins a été mis en place ;

* la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* la décision attaquée porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît donc les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

* la décision attaquée est entachée de vices de procédure relatifs à la consultation de fichiers comportant des données à caractère personnel ;

* en raison de sa qualité de parent d'enfant français, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, conformément aux dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* en raison de son état de santé, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, conformément aux dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

* la décision attaquée est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation sur ses liens avec son pays d'origine et sur la menace à l'ordre public ;

* la décision attaquée porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît donc les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

* la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

* l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

* la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; une interdiction de retour n'est pas justifiée ; la durée de l'interdiction est excessive ;

* la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* la décision attaquée porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît donc les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

* la requête est irrecevable pour tardiveté ;

* les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le 9 octobre 2023, le préfet de la Gironde a informé le tribunal que M. B fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence, par un arrêté du 12 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989, signée par la France le 26 janvier 1990 ;

* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* le code de procédure pénale ;

* le code de la sécurité intérieure ;

* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

* la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité ;

* le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Naud, premier conseiller ;

* les observations de Me Jourdain de Muizon, représentant M. B, qui persiste dans ses précédentes écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 5 mars 1988 et de nationalité gabonaise, est entré en France, selon ses déclarations, le 1er juin 2008. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant, puis de conjoint d'une ressortissante française et de parent d'enfant français. Si le préfet de la Gironde a pris un premier arrêté en date du 11 septembre 2015 portant à son encontre refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le tribunal a annulé cette décision par un jugement n° 1505002 du 16 février 2016, en exécution duquel l'intéressé s'est vu délivrer un nouveau titre de séjour valable jusqu'au 13 mars 2017. Mais le préfet a pris un nouvel arrêté en date du 15 mars 2018 portant à son encontre refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et décision fixant le pays de destination. Le recours formé par l'intéressé contre cette décision a été rejeté par un jugement n° 1801871 du tribunal du 6 juillet 2018 et un arrêt n° 18BX03277 de la cour administrative d'appel de D du 20 février 2019. La préfète de la Gironde a pris un nouvel arrêté en date du 14 septembre 2021 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Le recours formé par l'intéressé contre cette décision a été rejeté par un jugement n° 2105107 du tribunal du 6 décembre 2021. Parallèlement, le 8 janvier 2020, l'intéressé a sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile et l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris une décision de clôture d'examen de cette demande le 13 février 2023, ce qui a mis fin à son droit de se maintenir sur le territoire français en application du e du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Gironde a alors pris un nouvel arrêté en date du 20 avril 2023 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Le préfet a aussi pris un arrêté du 12 août 2023 ordonnant son assignation à résidence. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2023.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration :

3. Le préfet de la Gironde fait valoir que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 avril 2023 sont tardives. Il est vrai que cet arrêté a été notifié à M. B par lettre recommandée avec avis de réception, laquelle a été retournée à la préfecture avec la mention "pli avisé et non réclamé" le 16 mai 2023. Toutefois, la notification a été effectuée à l'adresse " FTDA SPADA 29 allée Serr 33100 D ", qui était celle de l'intéressé quand il a sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile le 8 janvier 2020. Or, la préfecture avait connaissance qu'il était depuis domicilié chez sa sœur, Mme A, 256 rue Mandron à D. Cela résulte, en particulier, de l'arrêté préfectoral du 14 septembre 2021, qui fait mention de cette adresse chez sa sœur. M. B n'a pu prendre connaissance de l'arrêté attaqué du 20 avril 2023 que lors de son interpellation, le 10 août 2023. Sa requête, enregistrée le 24 août 2023, a ainsi été introduite dans le délai de quinze jours prévu à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Gironde doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° / () ".

5. En premier lieu, le préfet de la Gironde relève dans sa décision que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et sous l'emprise d'un état alcoolique commis le 11 novembre 2011, de dégradation légère d'un bien privé commis le 18 février 2012, de violences volontaires par conjoint commis le 1er juin 2012, de violences ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours commis du 1er au 18 juin 2012, de violation de domicile commis le 18 août 2012, de dénonciation mensongère commis le 21 septembre 2012, d'offre ou cession non autorisée et usage illicite de stupéfiants commis le 14 septembre 2016, de dégradation d'un bien appartenant à autrui commis du 23 juin au 2 juillet 2018 et de menace de mort réitérée et violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique commis le 13 septembre 2019.

6. D'une part, aux termes de l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes () de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers () ". Aux termes de l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure : " Un décret en Conseil d'État fixe la liste des enquêtes administratives mentionnées à l'article L. 114-1 qui donnent lieu à la consultation des traitements automatisés de données à caractère personnel mentionnés à l'article 230-6 du code de procédure pénale, y compris pour les données portant sur des procédures judiciaires en cours, dans la stricte mesure exigée par la protection de la sécurité des personnes et la défense des intérêts fondamentaux de la Nation. () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 230-6 du code de procédure pénale : " Afin de faciliter la constatation des infractions à la loi pénale, le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de la police nationale et de la gendarmerie nationale peuvent mettre en œuvre des traitements automatisés de données à caractère personnel () ". Aux termes de l'article R. 40-29 du même code : " I. Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. / () ".

8. En l'espèce, il est soutenu par M. B et n'est pas contesté en défense, que les signalements dont a fait l'objet M. B auprès des services de police pour les faits mentionnés au point 5, ont été portés à la connaissance des services de la préfecture uniquement à la suite de la consultation du traitement dénommé "traitement des antécédents judiciaires", régi notamment par l'article R. 40-29 du code de procédure pénale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait, avant de refuser de faire droit à la demande de titre de séjour du requérant, saisi les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ou le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, conformément aux dispositions du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale.

9. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

10. La saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du procureur de la République, imposée par les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, a pour objet de protéger les personnes faisant l'objet d'une mention dans le traitement d'antécédents judiciaires constitué par les services de police et de gendarmerie nationales aux fins de faciliter leurs investigations. Elle constitue, de ce fait, une garantie pour toute personne dont les données à caractère personnel sont contenues dans les fichiers en cause. Dès lors, en se fondant sur les mises en causes révélées par la consultation du traitement des antécédents judiciaires pour estimer que M. B ne justifiait pas d'une intégration en France, sans procéder au préalable à la saisine des services du procureur de la République, pour demande d'information sur les suites judiciaires, ou des services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale, pour complément d'information, le préfet a privé le requérant d'une garantie. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

11. En deuxième lieu, le préfet de la Gironde a retenu, dans l'arrêté attaqué, que la présence de M. B en France constitue une menace pour l'ordre public. Il a pour cela pris en compte, outre les faits mentionnés au point 5, sa condamnation par le président du tribunal de grande instance de D, le 10 avril 2018, à 150 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants le 12 décembre 2017. Il ne saurait toutefois être retenu une menace grave, réelle et actuelle à l'ordre public pour ces seuls faits, alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que le requérant bénéficie pour ses troubles psychiques d'un suivi médical " auquel le patient prend part ", ainsi que cela ressort du certificat médical du 6 septembre 2023, et qu'il n'a plus fait l'objet de poursuites judiciaires depuis plusieurs années. Si en défense, le préfet fait aussi état d'une condamnation le 20 septembre 2012 à six mois d'emprisonnement avec sursis avec une mise à l'épreuve pendant deux ans pour violation de domicile à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, faits commis le 18 août 2012, et appels téléphoniques malveillants réitérés, faits commis du 1er janvier au 18 août 2012, et d'une autre condamnation le 9 juillet 2013 à deux mois d'emprisonnement pour violence sur une personne chargée d'une mission de service public sans incapacité, faits commis le 15 septembre 2012, ainsi que d'un signalement le 12 octobre 2012 pour des faits de viols sur des personnes majeures et séquestration, ces faits s'avèrent anciens, antérieurs d'une dizaine d'années à l'arrêté attaqué. Enfin, à l'audience, M. B s'est révélé rassurant en évoquant ses agissements passés et le suivi médical dont il fait à présent l'objet. Dans ces conditions et en dépit de son état de santé, il ne saurait être regardé comme représentant actuellement une menace pour l'ordre public.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2008 à l'âge de vingt ans. Il a bénéficié jusqu'en 2017 de titres de séjour en qualité d'étudiant, puis de conjoint d'une ressortissante française et de parent d'enfant français, avant de faire l'objet de mesures d'éloignement auxquelles il s'est soustrait. Il est divorcé, mais dispose d'attaches familiales importantes en France, en particulier ses deux enfants nés d'une première union en 2007 et 2008 et son fils de nationalité française né d'une seconde union en 2012, ainsi que ses parents et ses sœurs qui sont de nationalité française ou résident régulièrement sur le territoire national. Contrairement à ce que prétend le préfet, il est avéré qu'il entretient des liens étroits avec au moins certains d'entre eux, notamment sa mère, sa sœur chez qui il est domicilié et sa fille née en 2007, qui étaient d'ailleurs toutes trois présentes à l'audience auprès de lui. Ses deux premiers enfants font l'objet d'un placement auprès de leurs grands-parents paternels, tiers dignes de confiance, et d'une assistance éducative en milieu ouvert, avec droit de visite en point-rencontre une fois par mois au bénéfice du requérant, en vertu d'un jugement du tribunal pour enfants de D renouvelé le 21 juillet 2022. Il est fait état dans ce jugement des problèmes de santé rencontrés par les grands-parents des enfants, le père de M. B étant notamment sous dialyse, en attente d'une greffe de rein, ce dont il est aussi justifié à l'appui de la requête. Pour ce qui est de son fils né en 2012, le requérant reconnaît ne pas le voir actuellement, mais il fait valoir que celui-ci, avec l'accord de sa mère, rend régulièrement visite à sa famille, ce que ses proches ont confirmé à l'audience, et il justifie aussi avoir entrepris de nouvelles démarches auprès du juge aux affaires familiales de Marmande, devant lequel il est convoqué le 17 novembre 2023, pour que la suspension de son droit de visite soit levée compte tenu du suivi médical dont il fait maintenant l'objet sur une longue durée. S'il ne contribue pas financièrement à l'entretien de ses enfants, il doit cependant être tenu compte de sa situation de précarité, alors que son absence de droit au séjour ne lui permet pas de travailler. En revanche, il est isolé dans son pays d'origine, le Gabon, où le préfet ne fait état que de la présence de la mère de ses deux premiers enfants dont il est séparé depuis de nombreuses années. Enfin, pour les motifs exposés au point 11, M. B ne saurait être regardé comme représentant actuellement une menace pour l'ordre public. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce et au vu de la continuité du traitement de ses troubles psychiques depuis le jugement du 6 décembre 2021, l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 20 avril 2023 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Eu égard aux motifs d'annulation retenus par le présent jugement, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une modification de la situation de droit ou de fait y ferait obstacle, son exécution implique nécessairement la délivrance à M. B d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale". Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer au requérant ce titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

16. M. B étant admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Jourdain de Muizon, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jourdain de Muizon de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à celui-ci.

DÉCIDE :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Gironde en date du 20 avril 2023 portant à l'encontre de M. B refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Jourdain de Muizon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Jourdain de Muizon, avocate de M. B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Gironde, ainsi qu'à Me Jourdain de Muizon. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023 à laquelle siégeait M. Naud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023,

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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