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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304771

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304771

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-2ème chambre
Avocat requérantPITEL-MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, complétée par des pièces enregistrées le 3 octobre 2023, Mme A G, représentée par Me Pitel-Marie, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 300 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale et doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle ne respecte pas l'obligation de motivation prévue aux articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Pitel-Marie, représentant Mme G, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante arménienne née le 26 octobre 1990, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 9 juillet 2020, suite au rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 27 février 2020, et au rejet du recours formé contre cette décision par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 septembre 2020. Elle est entrée pour la dernière fois en France le 9 mai 2022 et a demandé le réexamen de sa demande d'asile, qui a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 27 juillet 2023. Par un arrêté du 11 août 2023, le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an. Mme G demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

4. Par un arrêté du 31 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Gironde a consenti à Mme D F, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B C, cheffe de ce bureau, une délégation à l'effet de signer toutes décisions préfectorales prises en application des livres IV, V, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C n'aurait pas été empêchée ou absente le jour de la signature de l'acte. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

5. L'arrêté attaqué vise les considérations de droit sur lesquelles il est fondé et, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise également que la requérante a exécuté une première mesure d'éloignement, et qu'elle est récemment revenue sur le territoire français où elle a demandé le réexamen de son droit à l'asile, et que cette demande a été rejetée. Le préfet a par ailleurs examiné sa vie privée et familiale en France et a constaté qu'elle était célibataire et sans charge de famille sur le territoire. Dans ces conditions, les décisions attaquées sont suffisamment motivées en droit et en fait et cette motivation témoigne que le préfet a procédé à un examen réel de sa situation personnelle, quand bien même il se serait mépris sur son âge de départ en Arménie, à supposer avérées les allégations de la requérante. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent donc être écartés.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme G est entrée très récemment en France. Si elle fait valoir être parfaitement intégrée sur le territoire français, elle n'établit pas, ni même n'allègue y disposer de liens personnels anciens et stables. Et la circonstance qu'elle travaille en qualité d'agent de service depuis le 6 juin 2023 est insuffisante à l'établir. Elle soutient également être dépourvue d'attache familiale dans son pays d'origine, qu'elle a été contrainte de quitter après son mariage avec un ressortissant de nationalité turque. Mais, d'une part, elle n'apporte pas la preuve de l'existence des risques et des conflits nés de ce mariage. D'autre part, elle a passé la majeure partie de son existence dans son pays d'origine. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

9. Mme G soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour en Arménie où elle aurait subi des pressions et était victime d'un viol. Les pièces produites à l'appui de son moyen, dont un certificat médical établi le 23 avril 2019 indiquant qu'elle a suivi une thérapie comportementale et le jugement de saisine du tribunal de droit commun de première instance de la ville d'Erevan du 20 août 2021, sont anciens, et ne permettent pas d'établir qu'elle encourt des risques actuels de traitement prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la CNDA a par deux fois rejeté ses demandes d'asile. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ont été écartés. Mme G n'est donc pas fondée à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un an est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale et à en demander l'annulation par voie de conséquence.

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

13. En l'espèce, pour interdire à la requérante de retourner sur le territoire français, le préfet de la Gironde s'est fondée sur la circonstance qu'elle est entrée récemment sur le territoire français, et qu'elle ne dispose pas de liens personnels anciens et stables en France, En conséquence, et bien qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public la décision attaquée qui lui interdit de retourner en France pour une durée d'un an seulement est suffisamment motivée et ne méconnait pas les dispositions citées au point 11.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 août 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

15. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 11 août 2023 les conclusions relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme G est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G au préfet de la Gironde et à Me Pitel-Marie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La magistrate désignée,

C. E

La greffière,

S. FERMIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2304771

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