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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304862

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304862

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-2ème chambre
Avocat requérantJOUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2023, complétée par des pièces enregistrées le 12 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Jouteau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans ;

3°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours suivant la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet de la Gironde n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation ;

- le préfet de la Gironde a commis une erreur de fait en considérant que la présence de sa conjointe en France n'était pas établie ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'exécution de l'arrêté doit être suspendue jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué sur le recours dirigé contre la décision de rejet de sa demande d'asile rendue par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA).

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Jouteau, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 1er janvier 1994, est entré sur le territoire français selon ses déclarations au mois de janvier 2020. Sa demande d'asile, enregistrée le 11 février 2020, a été rejetée, en dernier lieu, par la CNDA le 3 janvier 2022, et le préfet de la Gironde l'a, en conséquence, obligé à quitter le territoire français par un arrêté du 18 janvier 2022. Le 29 juin 2023, M. A a demandé le réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejeté le 20 juillet 2023 par l'OFPRA. Par un arrêté du 11 août 2023, le préfet de la Gironde a refusé d'admettre M. A au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les considérations de droit sur lesquelles il est fondé et, notamment, les 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise également la durée et les conditions de séjour du requérant sur le territoire français, et, notamment, la circonstance que sa demande d'asile a été rejetée par les autorités compétentes et que la première mesure d'éloignement prise à son encontre n'a pas été exécutée. Si le requérant soutient que le préfet n'a pas suffisamment examiné sa situation en indiquant que la présence de sa compagne en France n'était pas rapportée, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant, qui vit en France depuis plus d'un an, aurait effectivement produit des pièces de nature à établir cette présence, alors, au demeurant, qu'il n'a pas introduit de demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, et alors qu'il était loisible au préfet de prendre l'arrêté attaqué après la notification de la décision de rejet rendue par l'OFPRA quelques jours auparavant, il n'est pas démontré que l'arrêté attaqué n'aurait pas été précédé d'un examen complet de la situation de M. A, et n'est pas, pour les mêmes motifs, entaché d'une erreur de fait.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. A se prévaut de la présence en France de sa compagne, qui y réside depuis son enfance et dispose d'une carte de résident lui conférant le droit d'y séjourner pendant dix ans, avec qui il s'est récemment fiancé et prévoit de se marier, selon la tradition turque, au mois d'octobre 2023. Cependant ni les deux photographies, de mauvaises qualités et non datées, qui auraient été prises le jour desdites fiançailles, ni les attestations rédigées en des termes imprécis ne permettent de démontrer l'existence de la relation alléguée. En tout état de cause, si cette communauté de vie devait être regardée comme caractérisée, elle est récente. Enfin, M. A n'est pas dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine où résident les membres de sa famille et où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant.

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. M. A se prévaut d'un risque de mauvais traitement en cas de retour en Turquie. Il indique faire l'objet de poursuites judiciaires dans ce pays pour avoir partagé des contenus critiques à l'encontre du pouvoir exécutif de ce pays. Il ressort, cependant, des motifs de la décision de rejet de sa demande de la Cour nationale du droit d'asile du 3 janvier 2022 qu'il a été dans l'incapacité de citer et décrire les caricatures qu'il aurait publiées. Il ne précise pas davantage ces contenus devant la présente juridiction. S'il produit des nouvelles pièces concernant la procédure judiciaire qui aurait été entamée à son encontre, il a été dans l'incapacité devant l'OFPRA de tenir des propos cohérents sur leurs conditions d'obtention, la date d'émission et leur nature. Ces documents, dont la force probante peut être remise en cause, sont insuffisants pour démontrer qu'il serait actuellement et personnellement soumis à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

8. Enfin, il résulte de tout ce qui précède que les moyens soulevés à l'encontre des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. A ne peut utilement demander l'annulation, par voie de conséquence, de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 août 2023.

Sur les conclusions aux fins de sursis à exécution de la mesure d'éloignement :

10. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

11. En l'état du dossier, M. A ne présente pas d'élément de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen du recours qu'il a formé devant la cour nationale du droit d'asile. Ainsi, leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

12. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation et de sursis à exécution soulevées contre l'arrêté du 11 août 2023 les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Gironde et à Me Jouteau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La magistrate désignée,

C. B

La greffière,

S. FERMIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°230486

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