mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2305324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | MEAUDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 septembre et 3 octobre 2023, M. A E, représenté par Me Delphine Meaude, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de le mettre en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions contestées :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors que s'il a été entendu par les forces de l'ordre, il l'a été sans interprète et sans l'assistance d'un avocat, qu'il n'a pas été tenu compte de sa demande de titre de séjour pour soins déposée en janvier 2023, qu'il doit bénéficier d'un droit au séjour au titre de son état de santé et que les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ont pas été saisis ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est présumé innocent et qu'il a été placé en détention provisoire non pour viol par une personne en état d'ivresse manifeste mais pour agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste ;
- cette décision méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle est fondée sur le 1° de cet article alors qu'il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il souffre de pathologies rénales et cardiaques et vient de se faire diagnostiquer une pathologie au foie, qu'il a également sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code, qu'il réside en France depuis plus de deux ans et qu'il ne peut faire l'objet d'une décision d'éloignement puisqu'il peut bénéficier d'un titre de séjour et que le préfet de la Gironde, saisi d'une demande en ce sens, ne lui a pas communiqué les motifs de la décision de refus de titre de séjour ;
- cette décision méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de la Gironde, informé de l'état de santé du requérant, ne pouvait prononcer à son encontre une décision d'éloignement sans avoir saisi au préalable les médecins de l'OFII ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside en France depuis plus de deux ans et a fait preuve de sa volonté d'intégration sociale et professionnelle ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose d'un hébergement chez un ami et a déposé une demande de titre de séjour qui n'a pas été examinée ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de trois ans :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'il est indiqué de façon erronée qu'il est sans domicile fixe et qu'il n'est pas tenu compte de son entrée sur le territoire français et de sa durée de présence en France ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment son article 41 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jaouën, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination, notifiées le 26 septembre 2023 et dont il n'a pas été demandé l'annulation dans la requête sommaire mais seulement dans le mémoire complémentaire enregistré le 3 octobre 2023, soit postérieurement au délai de recours de 48 heures, dument mentionné, ainsi que les voies de recours, dans l'arrêté litigieux.
Ont également été entendues, au cours de l'audience publique, les observations orales de Me Meaude, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 septembre 2023, le préfet de la Gironde a obligé M. A E, né le 19 mai 1994, de nationalité algérienne, à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Dans le cadre de la présente instance, M. E demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :
4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 (). ". Aux termes de l'article L. 614-6 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 614-15 du même code : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. / Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que les décisions du 13 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde a refusé d'accorder à M. E un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, qui comportent la mention des voies et délais de recours, lui ont été notifiées le 26 septembre 2023 à 10h55. Or, M. E n'a pas demandé l'annulation de ces décisions au sein de sa requête sommaire, mais seulement dans son mémoire complémentaire enregistré le 3 octobre 2023, soit au-delà du délai de quarante-huit heures qui lui était imparti pour contester ces décisions. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions sont tardives et doivent être rejetées pour ce motif.
Sur les autres conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
6. Par un arrêté du 31 août 2023, le préfet de la Gironde a consenti au bénéfice de M. D B, chef de la section éloignement au sein du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux de la préfecture de la Gironde, signataire de la décision en litige, une délégation à l'effet de signer toutes décisions, documents et correspondances pris en application du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les obligations de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C F, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux de la préfecture, dont il n'est ni établi ni même allégué qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (). ".
8. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.
9. Toutefois, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
10. Si M. E fait valoir qu'il a été entendu par les forces de l'ordre sans avocat et sans interprète, il ressort des pièces du dossier qu'il a pu présenter ses observations lors de son audition du 11 septembre 2023 par les services de la police aux frontières, au cours de laquelle il a bénéficié de l'assistance d'une interprète en langue arabe. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la présence d'un avocat lors d'une audition menée dans le cadre d'une procédure tendant à vérifier la situation administrative et procéder à l'identification d'un détenu. Le requérant, qui a pu faire état au cours de cette audition de nombreux éléments sur sa situation personnelle et administrative, ne soutient pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
11. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet de la Gironde a visé les textes dont il a fait application, en particulier les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 311-1, L. 611-1 (1°) et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet a mentionné de manière suffisamment précise les considérations de fait sur lesquelles il s'est fondé, dès lors qu'il est indiqué dans l'arrêté que M. E ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français en possession des documents, visas et justificatifs exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'entré irrégulièrement sur le territoire français, il ne remplit aucune condition pour y résider, qu'il est sans domicile fixe, n'apportant pas la preuve qu'il loue un logement, et sans ressources légales sur le territoire national puisqu'il déclare travailler mais est démuni de document l'y autorisant, qu'il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France, qu'il a été écroué au centre pénitentiaire de Gradignan le 1er mars 2022 et placé en détention provisoire, en attente de son jugement, pour viol commis par personne en état d'ivresse, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le 28 février 2022 et qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision obligeant M. E à quitter le territoire français doit être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".
13. M. E fait valoir que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa demande de titre de séjour pour soins déposée en janvier 2023, qu'il doit bénéficier d'un droit au séjour au titre de son état de santé et que les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ont pas été saisis de sa situation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour pour soins adressée par le conseil du requérant à la préfecture le 30 janvier 2023 a été implicitement rejetée par le préfet de la Gironde, qui n'établit pas, par la production d'un document faisant état d'une demande de pièces complémentaires dont la nature n'est pas précisée, que le dossier de demande de titre de séjour était incomplet. En outre, la décision du 13 septembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français est fondée non sur la circonstance qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur le fait qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité en application du 1° du même article, de sorte que le préfet n'avait pas à faire mention de la demande de titre de séjour déposée en janvier 2023. Par ailleurs, si M. E produit des résultats d'examens médicaux datés des 12 juillet et 8 novembre 2021 faisant état de ce qu'il souffre d'un rein en fer à cheval et d'une fine lame d'épanchement dans le cul-de-sac de Douglas et des documents relatifs à son hospitalisation à la suite d'un traumatisme facial en décembre 2021, ces seuls documents ne suffisent pas, par eux-mêmes, à le faire regarder comme susceptible de bénéficier de la protection contre l'éloignement prévue au 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le préfet n'avait pas à saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de sa situation. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté litigieux, rappelés au point 10, que le préfet a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation administrative et personnelle du requérant. Dans ces circonstances, ce moyen doit être écarté.
14. En quatrième lieu, M. E soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est présumé innocent et qu'il a été placé en détention provisoire non pour viol par une personne en état d'ivresse manifeste mais pour agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet y a indiqué que l'intéressé avait été écroué au centre pénitentiaire de Gradignan le 1er mars 2022 et placé en détention provisoire, en attente de son jugement, pour viol commis par personne en état d'ivresse. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'indique pas qu'il a été condamné pour ces faits mais seulement qu'il a été placé en détention provisoire dans l'attente de son jugement, de sorte que cette mention ne remet pas en cause la présomption d'innocence. Par ailleurs, il résulte de la fiche pénale de l'intéressé que si l'infraction pour laquelle il a été placée en détention provisoire a été requalifiée en tentative d'agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste par la juge d'instruction du tribunal judiciaire de Bordeaux le 11 août 2023, c'est bien pour l'infraction de tentative de viol par une personne en état d'ivresse manifeste que M. E a initialement été placé en détention provisoire le 1er mars 2022. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
15. En quatrième lieu, M. E ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et ne pas être en possession d'un titre de séjour en cours de validité, de sorte que le préfet de la Gironde pouvait, sans erreur de fait ni erreur de droit, l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'il aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande de titre de séjour ayant été implicitement rejetée le 30 mai 2023. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de fait doit donc être écarté.
16. En cinquième lieu, si M. E se prévaut de son état de santé, il se borne à produire résultats d'examens médicaux datés des 12 juillet et 8 novembre 2021 faisant état de ce qu'il souffre d'un rein en fer à cheval et d'une fine lame d'épanchement dans le cul-de-sac de Douglas et des documents relatifs à son hospitalisation à la suite d'un traumatisme facial en décembre 2021. Ces seuls documents ne permettent d'établir ni que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
18. M. E, qui déclare être entré en France en février 2021 sans toutefois l'établir, ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, ce qu'il a d'ailleurs confirmé au cours de son audition du 11 septembre 2023, ne fait valoir aucune attache privée ou familiale en France et ne produit aucun élément de nature à démontrer sa volonté d'intégration sociale et professionnelle, de sorte que la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :
19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 18 que l'illégalité de la décision obligeant M. E à quitter le territoire français n'est pas établie. Le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans serait illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit donc être écarté.
21. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Gironde a visé les textes dont il a fait application, notamment les articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, ce préfet a énoncé de manière suffisamment précise les éléments de fait sur lesquels il s'est fondé pour prononcer l'interdiction de retour en litige, en indiquant notamment que M. E est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France depuis une date indéterminée et invérifiable, qu'il est sans domicile fixe, n'apportant pas la preuve de la location d'un logement, et sans ressources légales sur le territoire français, puisqu'il déclare travailler sans être muni d'un document l'y autorisant, qu'il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France, où il est célibataire et sans charge de famille, qu'il a été écroué au centre pénitentiaire de Gradignan le 1er mars 2022 et placé en détention provisoire, en attente de son jugement, pour viol commis par personne en état d'ivresse et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le 28 février 2022. Ainsi, le préfet a suffisamment motivé sa décision et examiné sa situation au regard des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la circonstance que le préfet n'ait pas mentionné son hébergement chez un ami n'étant pas de nature à caractériser un défaut d'examen de sa situation.
22. En troisième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ne sont pas assortis des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, M. E n'établit pas la durée de sa présence sur le territoire français, ne produit aucun élément de nature à établir la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le 28 février 2022 et est placé en détention provisoire pour des faits de tentative d'agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste depuis le 1er mars 2022. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant la durée de cette interdiction à trois ans.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 13 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
24. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Gironde et à Me Delphine Meaude.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La magistrate désignée,
S. JAOUËNLa greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026