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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305514

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305514

mardi 10 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté municipal du 25 mai 2023 s'opposant à une déclaration préalable pour la construction d'une piscine, ainsi que la décision de retrait du 18 août 2023. La juridiction a jugé que la notification de l'opposition, intervenue après l'expiration du délai d'instruction d'un mois, était illégale, ce qui avait fait naître une décision tacite de non-opposition au profit des requérants (articles R. 423-23 et R. 424-1 du code de l'urbanisme). Le maire est enjoint de délivrer une attestation de non-opposition.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 octobre 2023, le 26 février et le 12 novembre 2024, M. A... C... et Mme B... D..., représentés par Me Martins Da Silva, demandent au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 25 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Chancelade s’est opposé à leur déclaration préalable déposée en vue de construire une piscine sur des parcelles cadastrées AR n°s 1059 et 1061 situées 32 chemin de Puyferrat ainsi que la décision du 8 août 2023 rejetant leur recours gracieux ;

2°) d’annuler l’arrêté du 18 août 2023 par lequel le maire de la commune de Chancelade a retiré la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable née le 26 mai 2023 en vue de construire une piscine sur des parcelles cadastrées AR n°s 1059 et 1061 situées 32 chemin de Puyferrat ;

3°) d’enjoindre au maire de la commune de Chancelade de leur délivrer une décision de non-opposition à leur déclaration préalable dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Chancelade la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
En ce qui concerne la décision du 8 août 2023 :
- elle est entachée d’un vice de forme puisqu’elle ne comporte pas les mentions des voies et délais de recours ;
- elle est illégale en raison de la naissance de la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable le 26 mai 2023 ;
En ce qui concerne l’arrêté du 18 août 2023 :
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors que le maire avait déjà indiqué dans la lettre du 2 août 2023 les invitant à présenter leurs observations qu’il retirait la décision de non-opposition à déclaration préalable ;
- elle est entachée d’un autre vice de procédure en ce que le maire n’a pas attendu quinze jours après l’envoi de la lettre d’observation avant d’édicter la décision attaquée ;
- le projet respecte le règlement de la zone N du plan local d’urbanisme intercommunal du Grand Périgueux applicable sur le territoire de la commune de Chancelade dès lors que ni ce règlement ni l’article L. 151-12 n’imposent que l’habitation existante soit située dans la même zone que l’annexe.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 octobre et 11 décembre 2024, la commune de Chancelade, représentée par la SELARL HMS Atlantique avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les conclusions à fin d’annulation des décisions du 25 mai et 8 août 2023 ont perdu leur objet dès lors que la décision de retrait du 18 août 2023 les a implicitement mais nécessairement retirées ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Fernandez, premier conseiller,
- les conclusions de M. Bourdarie, rapporteur public,
- et les observations de Me Martins Da Silva, représentant les requérants, et de Me Cordier-Amour, représentant la commune de Chancelade.



Considérant ce qui suit :

1. M. C... et Mme D... ont déposé le 26 avril 2023 une déclaration préalable en vue de construire une piscine sur des parcelles cadastrée AR n°s 1059 et 1061 situées 32 chemin de Puyferrat sur le territoire de de la commune de Chancelade. Par un arrêté du 25 mai 2023, le maire a décidé de s’opposer à cette déclaration préalable. Le 21 juin 2023, M. C... et Mme D... ont adressé au maire de la commune un recours gracieux à l’encontre de l’arrêté du 25 mai 2023, lequel a été rejeté par une décision du 8 août 2023. Dans le même temps, le maire a adressé aux intéressées une lettre le 2 août 2023 les invitant à présenter des observations dans le cadre d’une procédure de retrait de la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable. Par un arrêté du 18 août 2023, le maire a procédé à ce retrait. Par la requête visée ci-dessus, les requérants demandent l’annulation de l’arrêté du 25 mai 2023, de la décision du 8 août 2023 et de l’arrêté du 18 août 2023.


Sur l’exception de non-lieu à statuer :

2. Aux termes de l’article R. 424-1 du code de l’urbanisme : « A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; (…) ». Selon l’article R. 423-23 du même code : « Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables ; (…) ». L'auteur d'une déclaration préalable doit être mis en mesure de savoir de façon certaine, au terme du délai d'instruction prévu par le code de l'urbanisme, s'il peut ou non entreprendre les travaux objet de cette déclaration. La notification de la décision d'opposition avant l'expiration du délai d'instruction constitue, dès lors, une condition de la légalité de cette décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration préalable déposée par M. C... et Mme D... était complète dès le 26 avril 2023. Si par un arrêté du 25 mai 2023, le maire de la commune de Chancelade s’est opposé à cette déclaration préalable, cette décision n’a cependant été notifiée aux intéressés que le 30 mai 2023, après la fin du délai d’instruction, de sorte qu’ils bénéficiaient d’une décision implicite de non-opposition le 26 mai 2023. Ainsi, l’arrêté du 25 mai 2023 doit être regardé comme une décision de retrait de la décision implicite de non-opposition. Or, par un arrêté du 18 août 2023 le maire de la commune de Chancelade a procédé au retrait de la décision implicite de non-opposition née le 26 mai 2023 et a, ainsi, implicitement mais nécessairement, retiré l’arrêté du 25 mai 2023. Par suite, les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 25 mai 2023 et de la décision du 8 août 2023 rejetant le recours gracieux demandant le retrait de cette décision ont perdu leur objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.


Sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 18 août 2023 :

4. Aux termes de l’article N 17-1 du règlement du plan local d’urbanisme intercommunal Grand Périgueux applicable sur le territoire de la commune de Chancelade : « 2. Usages, affectations des sols et activités soumises à des conditions particulières (…) / B. Conditions particulières relatives à la destination des constructions / Sous réserve de ne pas porter atteinte à l’environnement naturel : (…) les constructions annexes d’une habitation existante à la date d’approbation du PLUi sont autorisées sous réserve qu’elles soient- Au nombre de 3 maximum, - Et implantées à proximité de l’habitation préexistante : (…) dans un rayon de 25 mètres pour les piscines privatives par rapport au point le plus proche de l’habitation (…) ».

5. Pour retirer la décision implicite de non-opposition préalable par l’arrêté litigieux, le maire de la commune de Chancelade a estimé que l’habitation des requérants étant située en zone UCb du document graphique du plan local d’urbanisme intercommunal, la piscine objet de la déclaration préalable, qui devait être implantée en zone N, ne pouvait être édifiée dès lors qu’elle ne se trouvait à proximité d’aucun bâtiment existant en zone N. Toutefois, les dispositions précitées du règlement de la zone N du plan local d’urbanisme intercommunal exigent seulement que l’habitation existe à la date d’approbation du document d’urbanisme, ce qui n’est pas contesté en l’espèce, mais pas qu’elle soit située également en zone N. En outre, la piscine objet de la déclaration préalable se situe à seulement cinq mètres de la maison des requérants. Dès lors, en retirant la décision implicite de non-opposition à la déclaration préalable, le maire a fait une inexacte application des dispositions précitées.

6. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun autre moyen de la requête, n’est, en l’état du dossier susceptible de fonder l’annulation de l’acte attaqué.

7. Il résulte de ce qui précède que l’arrêté du 18 août 2023 doit être annulé.


Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

8. Lorsqu’une décision créatrice de droits est retirée et que ce retrait est annulé, la décision initiale est rétablie à compter de la date de mise à disposition de la décision juridictionnelle prononçant cette annulation. Le présent jugement qui annule l’arrêté du 18 août 2023 par lequel le maire a retiré la décision de non-opposition à déclaration préalable, a pour effet de rétablir cette autorisation. Par suite, aucune mesure d’exécution n’est nécessaire et les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte présentées par les requérants doivent être rejetées.


Sur les frais liés à l’instance :

9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune sur ce fondement. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Chancelade la somme de 1 500 euros à verser à M. C... et Mme D... au titre de ces mêmes dispositions.



D E C I D E :



Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 25 mai 2023 du maire de la commune de Chancelade et de sa décision du 8 août 2023.

Article 2 : L’arrêté du maire de la commune de Chancelade du 18 août 2023 est annulé.

Article 3 : La commune de Chancelade versera à M. C... et Mme D... la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Chancelade tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.



Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et Mme B... D... et à la commune de Chancelade.


Délibéré après l'audience du 24 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Brouard-Lucas, présidente,
Mme Caste, première conseillère,
M. Fernandez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2026.


Le rapporteur,

D. FERNANDEZ
La présidente,

C. BROUARD-LUCAS


La greffière,





S. CASTAIN



La République mande et ordonne à la préfète de la Dordogne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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