Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023 sous le n° 2305844, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, représentée par Me Verdier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui met fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d’erreur de droit en ce qu’elle est fondée sur les articles L. 171-6 et L. 171-8 du code de l’environnement ;
- la décision est entachée d’erreur de droit en ce qu’elle est fondée sur des manquements inexistants ;
- la décision est entachée d’erreur de droit en ce qu’elle est fondée sur des manquements hors de la compétence de la chambre d’agriculture ;
- la décision est entachée d’erreur de droit en ce qu’elle est fondée sur des manquements situés hors de tout cadre légal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le préfet de Lot-et-Garonne, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en intervention enregistré le 3 avril 2025, les associations syndicales autorisées d’Agen Nord, d’Agen Est, de Castelmoron-sur-Lot, de Grezet Sainte-Gemme, du Queyran, de Lamouthe, de Leyritz Moncassin, de Port Sainte-Marie, des coteaux de Monteton, Lévignac, Caubon-Saint-Sauveur, du Boudou Saint-Maurin, du Bourdat, du Roubillou, du Saint Martin, de Laqueille, de Caussade, Coteaux de Beauville Puymirol, le syndicat départemental des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, le syndicat intercommunal du Sud de Marmande, et le syndicat intercommunal à vocation unique d’irrigation Saint-Sauveur, représentés par Me Verdier, demandent :
1°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui met fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70 ;
2°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne et de la Dordogne, qui désigne le syndicat mixte Epidropt en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau du Dropt pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt » ;
3°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui désigne le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG) en qualité d’organisme unique de gestion collective des prélèvements en eau de la Garonne aval pour l’irrigation agricole pour les périmètres n° 61, 62, 67 et 70 ;
Ils soutiennent que les moyens soulevés par la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne sont fondés.
Par une ordonnance du 12 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée à effet immédiat ce même jour en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que les conclusions d’intervention présentées par les associations syndicales autorisées d’Agen Nord, d’Agen Est, de Castelmoron-sur-Lot, de Grezet Sainte-Gemme, du Queyran, de Lamouthe, de Leyritz Moncassin, de Port Sainte-Marie, des coteaux de Monteton, Lévignac, Caubon-Saint-Sauveur, du Boudou Saint-Maurin, du Bourdat, du Roubillou, du Saint Martin, de Laqueille, de Caussade, Coteaux de Beauville Puymirol, le syndicat départemental des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, le syndicat intercommunal du Sud de Marmande, et le syndicat intercommunal à vocation unique d’irrigation Saint-Sauveur, sont irrecevables en tant qu’elles demandent l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne et de la Dordogne, qui désigne le syndicat mixte Epidropt en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau du Dropt pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt » et l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui désigne le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG) en qualité d’organisme unique de gestion collective des prélèvements en eau de la Garonne aval pour l’irrigation agricole pour les périmètres n° 61, 62, 67 et 70, ces conclusions ne s’associant pas aux conclusions du demandeur, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, qui n’a pas demandé l’annulation de ces deux actes.
Vu les autres pièces du dossier.
II) Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023 sous le n° 2306909, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, représentée par Me Verdier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, et de la Dordogne, qui désigne d’office le syndicat mixte « Epidropt » en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt » ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, et de la Dordogne, qui met fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70 ;
- la décision procède d’un vice de procédure par méconnaissance du IV de l’article R. 211-113 du code de l’environnement en ce que le remplacement d’un organisme unique de gestion collective qui avait été choisi suite à une candidature spontanée ne peut être remplacé par un organisme désigné d’office ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation en raison de l’incompétence du syndicat mixte « Epidropt » pour exercer les missions incombant à un organisme unique de gestion collective de la ressource en eau.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de Lot-et-Garonne, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en intervention enregistré le 3 avril 2025, les associations syndicales autorisées d’Agen Nord, d’Agen Est, de Castelmoron-sur-Lot, de Grezet Sainte-Gemme, du Queyran, de Lamouthe, de Leyritz Moncassin, de Port Sainte-Marie, des coteaux de Monteton, Lévignac, Caubon-Saint-Sauveur, du Boudou Saint-Maurin, du Bourdat, du Roubillou, du Saint Martin, de Laqueille, de Caussade, Coteaux de Beauville Puymirol, le syndicat départemental des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, le syndicat intercommunal du Sud de Marmande, et le syndicat intercommunal à vocation unique d’irrigation Saint-Sauveur, représentés par Me Verdier, demandent :
1°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui met fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70 ;
2°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne et de la Dordogne, qui désigne le syndicat mixte Epidropt en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau du Dropt pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt » ;
3°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui désigne le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG) en qualité d’organisme unique de gestion collective des prélèvements en eau de la Garonne aval pour l’irrigation agricole pour les périmètres n° 61, 62, 67 et 70 ;
Ils soutiennent que les moyens soulevés par la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne sont fondés.
Par une ordonnance du 12 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée à effet immédiat ce même jour en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
III) Par une requête et un mémoire de production enregistrés, respectivement, les 15 décembre 2023 et 11 mars 2025 sous le n° 2306910, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, représentée par Me Verdier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui désigne d’office le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour les périmètres « Garonne aval » n° 61, 62, 67 et 70 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui met fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70 ;
- la décision procède d’un vice de procédure par méconnaissance du IV de l’article R. 211-113 du code de l’environnement en ce que le remplacement d’un organisme unique de gestion collective qui avait été choisi suite à une candidature spontanée ne peut être remplacé par un organisme désigné d’office ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation en raison de l’incompétence territoriale et matérielle du syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne pour exercer les missions incombant à un organisme unique de gestion collective de la ressource en eau ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation en ce qu’elle place le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne en situation de conflit d’intérêts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de Lot-et-Garonne, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en intervention enregistré le 3 avril 2025, les associations syndicales autorisées d’Agen Nord, d’Agen Est, de Castelmoron-sur-Lot, de Grezet Sainte-Gemme, du Queyran, de Lamouthe, de Leyritz Moncassin, de Port Sainte-Marie, des coteaux de Monteton, Lévignac, Caubon-Saint-Sauveur, du Boudou Saint-Maurin, du Bourdat, du Roubillou, du Saint Martin, de Laqueille, de Caussade, Coteaux de Beauville Puymirol, le syndicat départemental des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, le syndicat intercommunal du Sud de Marmande, et le syndicat intercommunal à vocation unique d’irrigation Saint-Sauveur, représentés par Me Verdier, demandent :
1°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui met fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70 ;
2°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne et de la Dordogne, qui désigne le syndicat mixte Epidropt en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau du Dropt pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt » ;
3°) l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui désigne le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG) en qualité d’organisme unique de gestion collective des prélèvements en eau de la Garonne aval pour l’irrigation agricole pour les périmètres n° 61, 62, 67 et 70 ;
Ils soutiennent que les moyens soulevés par la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne sont fondés.
Par une ordonnance du 12 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée à effet immédiat ce même jour en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Béroujon ;
- et les conclusions de M. Bilate rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Par arrêté inter-préfectoral du 13 janvier 2013, les préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, ont désigné la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne comme organisme unique de gestion collective des prélèvements en eau pour l’irrigation agricole sur cinq périmètres numérotés 60 (Bassin du Dropt), 61 (Bassin de la Garonne en aval du point nodal de Tonneins), 62 (Bassin de la Garonne entre les points nodaux de Lamagistère et de Tonneins), 67 (Bassin de la Séoune) et 70 (Bassin du Tolzac). Ces arrêtés ont été renouvelés, pour ce qui concerne les périmètres n° 61, 62, 67 et 70, les 22 juillet 2016, 16 avril 2018 et 3 décembre 2020, et, pour ce qui concerne le périmètre n° 60, les 22 juillet 2016, 16 avril 2018 et 15 janvier 2021. Le 27 juillet 2023, le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde, et les préfets de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, ont mis fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70, par arrêté n° 47-2023-07-27-00005. Le même jour, par arrêté n° 47-2023-07-27-00006, le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde, le préfet de Lot-et-Garonne et le préfet de la Dordogne ont désigné d’office le syndicat mixte « Epidropt » en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt ». Le même jour, par arrêté n° 47-2023-07-27-00007, le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde, et les préfets de Lot-et-Garonne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne ont désigné d’office le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG) en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour les périmètres n° 61, 62, 67 et 70 (Garonne aval). Par la requête n° 2305844, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, ainsi que, par intervention, les associations syndicales autorisées d’Agen Nord, d’Agen Est, de Castelmoron-sur-Lot, de Grezet Sainte-Gemme, du Queyran, de Lamouthe, de Leyritz Moncassin, de Port Sainte-Marie, des coteaux de Monteton, Lévignac, Caubon-Saint-Sauveur, du Boudou Saint-Maurin, du Bourdat, du Roubillou, du Saint Martin, de Laqueille, de Caussade, Coteaux de Beauville Puymirol, le syndicat départemental des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, le syndicat intercommunal du Sud de Marmande, et le syndicat intercommunal à vocation unique d’irrigation Saint-Sauveur, demandent l’annulation de l’arrêté n° 47-2023-07-27-00005. Par la requête n° 2306909, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne et les mêmes intervenants demandent l’annulation de l’arrêté n° 47-2023-07-27-00006. Par la requête n° 2306910, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne et les mêmes intervenants demandent l’annulation de l’arrêté n° 47-2023-07-27-00007.
Sur la jonction :
Les requêtes n° 2305844, n° 2306909 et n° 2306910 ont été présentées par le même demandeur, s’y sont joints les mêmes intervenants, et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour qu’il y soit statué par un seul jugement
Sur la recevabilité, dans l’instance n° 2305844, des conclusions d’intervention aux fins d’annulation des arrêtés du 27 juillet 2023 n° 47-2023-07-27-00006 et n° 47-2023-07-27-00007 :
Une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur. Est ainsi irrecevable une intervention qui présente des conclusions distinctes de celles de l'un ou de l'autre.
Il ressort des pièces du dossier que, dans l’instance n° 2305844, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, partie requérante, a demandé l’annulation de l’arrêté du 27 juillet 2023 des préfets de la région Nouvelle-Aquitaine, de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui ont mis fin à ses missions en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70. Par intervention enregistrée le 3 avril 2025, les associations syndicales autorisées d’Agen Nord, d’Agen Est, de Castelmoron-sur-Lot, de Grezet Sainte-Gemme, du Queyran, de Lamouthe, de Leyritz Moncassin, de Port Sainte-Marie, des coteaux de Monteton, Lévignac, Caubon-Saint-Sauveur, du Boudou Saint-Maurin, du Bourdat, du Roubillou, du Saint Martin, de Laqueille, de Caussade, Coteaux de Beauville Puymirol, le syndicat départemental des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, le syndicat intercommunal du Sud de Marmande, et le syndicat intercommunal à vocation unique d’irrigation Saint-Sauveur, se sont associées aux conclusions d’annulation de la requérante mais ont également demandé l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 n° 47-2023-07-27-00006 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne et de la Dordogne, qui a désigné le syndicat mixte Epidropt en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau du Dropt pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt » et l’annulation de l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023 n° 47-2023-07-27-00007 des préfets de la Gironde, de Lot-et-Garonne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne, qui a désigné le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG) en qualité d’organisme unique de gestion collective des prélèvements en eau de la Garonne aval pour l’irrigation agricole pour les périmètres n° 61, 62, 67 et 70. Ces conclusions étant distinctes de celles présentées par la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, partie requérante, et de celles du préfet de Lot-et-Garonne, défendeur, elles sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles dans l’instance n° 2305844.
Sur les conclusions d’annulation de la décision du 27 juillet 2023 mettant fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70 :
Aux termes de l’article R. 211-112 du code de l’environnement : « L'organisme unique de gestion collective prévu au 6° du II de l'article L. 211-3 est chargé, dans le périmètre pour lequel il est désigné, de : / 1° Déposer la demande d'autorisation pluriannuelle de tous les prélèvements d'eau pour l'irrigation, qui lui est délivrée conformément à la procédure prévue par les articles R. 214-31-1 à R. 214-31-3 ; / 2° Arrêter chaque année un plan de répartition entre les préleveurs irrigants du volume d'eau dont le prélèvement est autorisé ainsi que les règles pour adapter cette répartition en cas de limitation ou de suspension provisoires des usages de l'eau en application des articles R. 211-66 à R. 211-70 ; le plan est présenté au préfet pour homologation selon les modalités prévues par l'article R. 214-31-3 ; / 3° Donner son avis au préfet sur tout projet de création d'un ouvrage de prélèvement dans le périmètre ; en l'absence d'avis émis dans le délai d'un mois , l'organisme unique est réputé avoir donné un avis favorable ; / 4° Transmettre au préfet avant le 31 janvier un rapport annuel en deux exemplaires, permettant une comparaison entre l'année écoulée et l'année qui la précédait et comprenant notamment : / a) Les délibérations de l'organisme unique de l'année écoulée ; / b) Le règlement intérieur de l'organisme unique ou ses modifications intervenues au cours de l'année ; / c) Un comparatif pour chaque irrigant entre les besoins de prélèvements exprimés, le volume alloué et le volume prélevé à chaque point de prélèvement ; / d) L'examen des contestations formées contre les décisions de l'organisme unique ; / e) Les incidents rencontrés ayant pu porter atteinte à la ressource en eau et les mesures mises en œuvre pour y remédier. / Les pièces justificatives de ce rapport sont tenues à la disposition du préfet par l'organisme unique. Le préfet transmet à l'agence de l'eau un exemplaire du rapport. / L'organisme unique de gestion collective peut aussi, dans les conditions fixées par les dispositions de la sous-section 4 de la section 3 du chapitre III du présent titre, souscrire pour le compte des préleveurs irrigants la déclaration relative à la redevance pour prélèvement sur la ressource en eau et collecter cette redevance et en reverser le produit à l'agence de l'eau ». Aux termes de l’article R. 211-116 de ce code : « En cas de défaillance de l'organisme unique désigné d'office, le préfet peut, après mise en demeure restée sans effet pendant un mois, faire procéder d'office, aux frais de cet organisme, à l'exécution des actes relevant des missions définies à l'article R. 211-112. / En cas de défaillance de l'organisme unique désigné en application du I de l'article R. 211-113 et lorsqu'une mise en demeure notifiée à l'organisme est restée sans effet pendant un mois, le préfet peut, après avoir mis l'organisme en mesure de présenter ses observations, mettre fin à sa mission ».
La décision attaquée, qui a mis fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt pour les périmètres n° 60, 61, 62, 67 et 70, vise notamment les articles L. 171-6 et L. 171-8 du code de l’environnement relatifs aux conditions du contrôle des installations, ouvrages, travaux, opérations, objets, dispositifs et activités régis par le code de l’environnement, par les agents titulaires de certains pouvoirs de police. Cette décision n’a toutefois pas procédé d’un acte de contrôle au sens des dispositions des articles L. 171-6 et L. 171-8 du code de l’environnement, mais du constat d’une défaillance dans l’exécution de ses missions par la chambre d’agriculture. Il s’ensuit que le visa des articles L. 171-6 et L. 171-8 du code de l’environnement dans la décision attaquée a procédé d’une erreur. Mais il ressort également de la décision que celle-ci énonce, par des motifs clairs et précis, la procédure administrative et les raisons qui ont conduit à ce qu’il soit mis fin à la mission de la chambre d’agriculture en application des dispositions des articles R. 211-112 et R. 211-116 qui sont également visées, de sorte que la mention erronée des articles L. 171-6 et L. 171-8 du code de l’environnement, qui n’ont pas été appliqués, n’a emporté aucune conséquence ni n’a pu entrainer aucune confusion quant au sens de la décision. Dès lors, l’erreur contenue dans les visas de la décision attaquée a été purement matérielle. Elle n’est donc pas de nature à en entrainer l’annulation.
Aux termes de l’article R. 211-113 du code de l’environnement : « I.-Toute personne morale candidate pour une désignation comme organisme unique de gestion collective au sens de l'article R. 211-112 dépose sa demande auprès du préfet. La demande comporte la raison sociale et la dénomination de la candidate, l'adresse de son siège social, ses statuts, la composition de ses organes dirigeants, les éléments financiers des trois derniers exercices. Elle justifie le périmètre de gestion proposé qui doit être cohérent avec les besoins d'irrigation et la ressource en eau disponible (…) ». Aux termes de l’article R. 214-31-1 de ce code : « Dès qu'un organisme unique de gestion collective est institué en application de l'article R. 211-113, il invite les irrigants dans le périmètre où il est désigné à lui faire connaître, avant une date qu'il détermine, leurs besoins de prélèvement d'eau pour l'irrigation. Cette consultation écrite est réalisée par l'organisme unique de gestion collective auprès de tous les irrigants connus (…) / La demande d'autorisation environnementale de tous les prélèvements d'eau pour l'irrigation est déposée par l'organisme unique auprès du préfet dans les formes déterminées par le décret prévu à l'article L. 181-8. Le dossier comporte en outre le projet du premier plan annuel de répartition entre préleveurs irrigants du volume d'eau susceptible d'être prélevé (…) ». Aux termes de l’article R. 214-31-2 du même code : « I.-L'arrêté préfectoral portant autorisation unique de prélèvement : / 1° Fixe la durée de l'autorisation, qui ne peut excéder quinze ans ; / 2° Fixe le volume d'eau maximal annuel dont le prélèvement est autorisé ; / 3° Fixe les dates des périodes de prélèvements ; / 4° Décline la répartition de ce volume maximal annuel autorisé en volume et, si pertinent, en débit en fonction de : / a) L'origine de la ressource : eaux souterraines, ou eaux superficielles et leurs nappes d'accompagnement ; / b) De la période du prélèvement : en basses eaux ou en hautes eaux ou, le cas échéant, en une autre période intermédiaire ; / 5° Précise, le cas échéant, les modalités d'ajustement annuel de ces répartitions en fonction notamment de l'état de la ressource en sortie d'hiver, dans les limites des volumes maximums répartis ; / 6° Précise les règles de répartition et d'échelonnement sur la période d'irrigation en volume ou en débit, ainsi que les règles d'ajustement des répartitions notifiées aux irrigants en cours de campagne d'irrigation, dans les limites des volumes du plan de répartition annuel ; / 7° Fait apparaître, dans les bassins toujours identifiés en déséquilibre structurel en basses eaux, l'échéance prévue de retour à l'équilibre sur cette période, compatible avec les objectifs environnementaux du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux, et les étapes menant à ce retour ; / 8° Précise les modalités de transmission des volumes prélevés à l'autorité administrative ; / 9° Approuve le plan annuel de répartition de la première année (…) / III.-Les prélèvements faisant l'objet de l'autorisation unique de prélèvement doivent être compatibles avec les orientations fondamentales, les dispositions et les objectifs environnementaux fixés par le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux et, le cas échéant, avec les objectifs généraux du schéma d'aménagement et de gestion des eaux. Ils sont conformes au règlement de ce schéma. S'il y a lieu, ils sont rendus compatibles ou conformes par modification de l'autorisation en cas de révision de ces schémas. / IV.-L'autorisation unique de prélèvement prévoit des échéances intermédiaires de réexamen de manière à ajuster, le cas échéant, le volume global maximal autorisé ou sa répartition entre les périodes. Les ajustements peuvent être motivés notamment, par l'acquisition de nouvelles données ou le constat d'une situation réelle qui le justifie, ou l'avancement du programme concerté de retour à l'équilibre approuvé dans le bassin versant concerné. Ce programme a vocation à comporter des mesures visant à une utilisation efficace, économe et durable de la ressource en eau, des changements de pratiques culturales, une mobilisation adaptée de la ressource stockée dans des ouvrages existants, la mise en place de nouveaux stockages de substitution ou de transferts à partir de ressources plus abondantes (…) / VI.-L'autorisation unique de prélèvement vaut autorisation environnementale (…) ». Enfin, aux termes de l’article R. 214-31-3 du même code : « I.-Le plan annuel de répartition constitue un élément de l'autorisation unique de prélèvement. Il respecte la répartition des volumes dont le prélèvement est autorisé, par origine de la ressource et par période de prélèvement (…) / II.-Pour élaborer le plan annuel de répartition du volume d'eau faisant l'objet de l'autorisation de prélèvement, l'organisme unique de gestion collective demande aux irrigants de faire connaître leurs besoins selon les modalités prévues à l'article R. 214-31-1. Il propose le plan annuel de répartition au préfet qui l'approuve par arrêté. III.-Le plan annuel de répartition comporte les informations relatives aux préleveurs irrigants prévues au II de l'article R. 181-47 et précise les modalités des prélèvements applicables à chacun d'eux au cours de l'année et par point de prélèvement, y compris dans les retenues déconnectées du réseau hydrographique, notamment par prescriptions en débit (…) / VII.-L'organisme unique de gestion collective informe chaque irrigant des éléments de l'autorisation le concernant, tels que fixés par le plan annuel de répartition qui lui a été notifié, notamment les volumes et les prescriptions relatives aux modalités de prélèvement, par point et en débit par périodes (…) / VIII.-Après l'approbation du plan annuel de répartition, l'organisme unique de gestion collective peut modifier les attributions de volumes par irrigants ou par points de prélèvement pour intégrer de nouvelles demandes d'irrigants et les ajuster en fonction de la consommation réelle des volumes notifiés. Les modifications respectent les règles fixées par l'autorisation unique de prélèvement. Elles sont portées sans délai à la connaissance du préfet, qui les approuve et les notifie sans délai à l'organisme unique de gestion collective (…) / IX.-L'organisme unique de gestion collective transmet chaque année au préfet, avant le mois de décembre, un bilan de la campagne d'irrigation et de la mise en œuvre du plan annuel de répartition en vue d'une présentation pour avis aux conseils départementaux de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques. Ces avis sont pris en compte dans l'élaboration du plan annuel suivant ».
Il résulte de ces dispositions que la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, en ce qu’elle a été désignée organisme unique de gestion collective suite à une candidature spontanée en vertu de l’article R. 211-13 précité du code de l’environnement, était chargée de l’élaboration du plan annuel de répartition de la ressource en eau entre les préleveurs irrigants. Cette mission impliquait notamment de respecter les autorisations uniques de prélèvement relatives aux périmètres dont la chambre d’agriculture avait la charge, fixant notamment les périodes de prélèvement, les volumes d’eau dont le prélèvement est autorisé en fonction notamment de l’origine de la ressource, les modalités d'ajustement annuel des répartitions, les règles de répartition et d’échelonnement, l'échéance de retour à l'équilibre, les échéances intermédiaires aux fins d’ajustement. Dans ces conditions, contrairement à ce qu’allègue la chambre d’agriculture, l’évaluation des protocoles de gestion de la ressource en eau, la coordination des gestionnaires des retenues, la proposition d’un règlement d’eau de certaines retenues et la réalisation d’un diagnostic des cours d’eau non réalimentés faisaient partie des missions à la charge de la chambre d’agriculture en qualité d’organisme unique de gestion collective des prélèvements en eau pour l’irrigation agricole. Il s’ensuit que le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué aurait reproché à la chambre d’agriculture des missions non prévues par les textes doit être écarté, de même que celui tiré de l’exception d’illégalité de l’arrêté du 31 janvier 2013, l’arrêté contesté n’ayant pas été pris en application de celui-ci qui a eu pour objet de désigner la requérante comme organisme unique de gestion.
La chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne soutient également que l’arrêté du 27 juillet 2023 lui reprocherait de ne pas avoir atteint les objectifs du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux alors qu’il n’entrerait pas dans sa mission de tenir compte de ce schéma.
Toutefois, en premier lieu, l’acte attaqué, qui rappelle que l’autorisation unique de prélèvement édictée par le préfet doit être compatible avec les objectifs du schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux, ne reproche pas à la chambre d’agriculture de ne pas avoir atteint ces objectifs. En second lieu, et en tout état de cause, ainsi que l’indiquent les dispositions du III de l’article R. 214-31-2 du code de l’environnement, les prélèvements de la ressource en eau doivent être compatibles avec les objectifs généraux du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux et conformes à son règlement, de sorte qu’en se bornant à rappeler cette règle, l’arrêté n’est entaché d’aucune erreur de droit. Il s’ensuit que le moyen doit être écarté.
La chambre d’agriculture soutient que l’arrêté attaqué serait entaché d’erreur manifeste d'appréciation en ce que si elle n’a pas transmis au préfet la comparaison annuelle pour chaque irrigant, entre les besoins de prélèvements exprimés, le volume alloué et le volume prélevé à chaque point de prélèvement, c’est parce que le préfet disposait par ailleurs de ces informations contenues dans le plan annuel de répartition. La chambre d’agriculture ne conteste donc pas ne pas avoir rempli la mission prévue au 4° de l’article R. 211-112 du code de l’environnement. Il s’ensuit que le préfet n’a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en relevant ce manquement.
La chambre d’agriculture soutient également que l’arrêté est entaché d’erreur manifeste d'appréciation en ce que dès lors qu’elle n’a jamais eu connaissance d’incidents rencontrés dans la gestion de la ressource en eau, il ne peut lui être reproché de ne pas avoir transmis au préfet l’analyse des incidents rencontrés et les mesures prise pour y remédier. Toutefois, ainsi que l’indique le e) du 4° de l’article R. 211-112 précité du code de l’environnement, il revenait à la chambre d’agriculture en qualité d’organisme unique de gestion collective, de rapporter chaque année au préfet les incidents rencontrés ayant pu porter atteinte à la ressource en eau et, par voie de conséquence, il lui revenait d’informer le préfet chaque année, le cas échéant, de l’absence d’incident, ce que la requérante n’a jamais réalisé. L’erreur manifeste d'appréciation alléguée par la requérante sur ce point n’est donc pas établie.
La chambre d’agriculture soutient que l’arrêté est entaché d’erreur manifeste d'appréciation en ce qu’il lui reproche de ne pas avoir fourni des bilans de mesure de crise dans les périodes de sécheresse ni d’évaluation des protocoles de gestion visant à s’assurer de la mise en œuvre et de l’efficacité des mesures. La chambre d’agriculture fait notamment valoir que la fourniture de ces mesures ne relève pas de ses missions et qu’au surplus, le préfet disposait nécessairement de ces mesures par sa participation aux observatoires de suivi hydrologique.
Il résulte toutefois du 2° de l’article R. 211-112 du code de l’environnement qu’il entre directement dans les missions de l’organisme unique de gestion collective d’établir les règles d’adaptation de la répartition de la ressource en eau en cas de sécheresse ainsi que le prévoit l’article R. 211-66 du code de l’environnement auquel renvoie le 2° de l’article R. 211-112. L’absence de fourniture de bilans de mesure de crise lors des périodes de sécheresse a donc été, contrairement à ce qu’allègue la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, constitutive d’un manquement. En outre, les dispositions des articles R. 214-31-2 et R. 214-31-3 précitées du code de l’environnement prévoient que l’élaboration du plan annuel de répartition incombant à la chambre d’agriculture devait tenir compte des autorisations uniques de prélèvement des périmètres dont elle avait la charge et dont elles sont l’un des éléments, et qui précisent les modalités d'ajustement annuel de ces répartitions en fonction notamment de l'état de la ressource en sortie d'hiver et les règles d’ajustement par échéances intermédiaires de réexamen pour une utilisation efficace, économe et durable de la ressource en eau. Dans ces conditions, il incombait à la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne de fournir les évaluations des mesures de crises mises en œuvre dans les périodes de sécheresse ainsi que l’évaluation des mesures mises en œuvre dans le cadre des protocoles de gestion pour mesurer l’efficacité de celles-ci. La requérante n’est donc pas fondée à soutenir que l’arrêté serait entaché d’erreur manifeste d'appréciation au motif qu’il lui aurait reproché l’absence de fourniture de ces données.
La chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne soutient que l’arrêté attaqué serait entaché d’erreur manifeste d'appréciation en ce qu’il lui reprocherait l’absence de transmission de règle pour adapter la répartition des volumes de prélèvement autorisés pendant les périodes de limitation des usages de l’eau alors qu’elle n’avait pas à assurer cette transmission. Toutefois, ainsi qu’il vient d’être relevé au point précédent, le 2° de l’article R. 211-112 du code de l’environnement fait expressément de la détermination des règles d’adaptation de la répartition de la ressource en cas de limitation ou de suspension provisoires des usages de l'eau, une mission de l’organisme unique de gestion collective. L’absence de transmission de ces règles a donc bien été constitutive d’un manquement de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne.
La chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne soutient qu’elle a bien transmis, contrairement à ce que lui reproche l’arrêté attaqué, un plan annuel de répartition des volumes en 2023, ainsi qu’en attesteraient les visas de l’arrêté de mise en demeure ainsi que l’arrêté préfectoral n° 47-20223-06-07-00003 du 7 juin 2022 ayant approuvé le plan annuel de répartition 2022-2023.
Il ressort toutefois des pièces du dossier, en premier lieu, que le préfet de Lot-et-Garonne a constaté l’absence de transmission du plan annuel de répartition du volume d’eau dont le prélèvement est autorisé pour la campagne 2022-2023 entre les préleveurs irrigants dès le rapport de manquement administratif du 3 janvier 2023, en second lieu, que ce manquement a été rappelé dans la mise en demeure de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne par le préfet le 14 février 2023 et il a également été rapporté dans le rapport de la Cour des comptes n° S2023-1297 relatif à la chambre départementale d’agriculture de Lot-et-Garonne pour les exercices 2015 à 2023. En se bornant à soutenir que les visas de deux actes, au demeurant non produits, font référence au plan annuel de répartition, la requérante n’établit, ni qu’elle aurait elle-même élaboré ce plan, ni qu’elle l’aurait transmis au préfet.
La chambre d’agriculture soutient enfin que la circonstance que le préfet a approuvé chaque année, sur la période 2016-2022, le plan annuel de répartition, confirmerait que les volumes autorisés permettaient « de concilier l’approvisionnement en eau potable et les prélèvements pour les autres usages dont ceux destinés à la production agricole qui est d’intérêt général majeur ». Par cette seule allégation, la requérante n’établit pas que le manquement qui lui a été reproché dans l’arrêté attaqué du 27 juillet 2023, de ne pas avoir produit le bilan de la campagne d’irrigation 2022 ni celui de la mise en œuvre du plan annuel de répartition, serait entaché d’erreur manifeste d'appréciation ni même d’erreur de fait.
Il ressort enfin de l’ensemble des pièces du dossier, en premier lieu, que dès le 16 mars 2021, le préfet de Lot-et-Garonne a informé la chambre d’agriculture du non-respect de ses obligations tirées de l’article R. 211-112 du code de l’environnement et notamment du rapport annuel 2021 pour les années 2019 et 2020 et du plan de répartition du volume d’eau dont le prélèvement est autorisé entre les préleveurs irrigants, en deuxième lieu, que le 23 décembre 2021, le préfet de Lot-et-Garonne a informé la chambre d’agriculture de la transmission d’un rapport annuel gravement lacunaire, auquel il manquait la plupart des éléments devant le structurer au regard de l’article R. 211-112 du code de l’environnement, en troisième lieu, que pour les années en litige, la chambre d’agriculture n’a, notamment, pas transmis de plan annuel de répartition pour la période 2022-2023, ni de comparatif, pour chaque irrigant, des besoins de prélèvements exprimés par rapport aux volumes alloués et prélevés, ni de comparatif des volumes consommés par périodes, périmètre, type de ressource, d’usage, par rapport aux volumes homologués, ni de bilans des mesures de crise lors des périodes de sécheresse, ni d’évaluation des protocoles de gestion, ni de diagnostic sur les cours d’eau non réalimentés, ni de bilan de la campagne d’irrigation pour l’année 2022, ni de bilan de la mise en œuvre du plan annuel de répartition. Dans ces conditions, l’arrêté inter-préfectoral du 27 juillet 2023, qui a mis fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt pour défaillance et manquements de nature à compromettre la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, n’a été entaché d’aucune erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions d’annulation de la décision du 27 juillet 2023 désignant le syndicat Epidropt en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt :
En premier lieu, l’illégalité de la décision mettant fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt n’étant pas établie, la requérante n’est pas fondée à demander l’annulation, par voie de conséquence, de la décision désignant le syndicat Epidropt en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour le périmètre n° 60 « Bassin du Dropt ».
En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 211-113 du code de l’environnement : « I.-Toute personne morale candidate pour une désignation comme organisme unique de gestion collective au sens de l'article R. 211-112 dépose sa demande auprès du préfet. La demande comporte la raison sociale et la dénomination de la candidate, l'adresse de son siège social, ses statuts, la composition de ses organes dirigeants, les éléments financiers des trois derniers exercices (…) / La candidature fait l'objet d'un avis publié par la personne candidate et à ses frais dans au moins un journal local ou régional diffusé sur l'ensemble du périmètre proposé et affiché en mairie dans chaque commune située dans ce périmètre (…) / II.-En zone de répartition des eaux, le préfet peut désigner d'office un organisme unique de gestion collective sur le périmètre qu'il détermine. Préalablement à cette désignation d'office, il publie un avis dans au moins un journal local diffusé sur l'ensemble du périmètre envisagé (…) / III.-L'arrêté délimitant le périmètre et désignant l'organisme unique en application des dispositions du I et du II ci-dessus est publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et sur le site internet de la préfecture. / Un extrait de cet arrêté est affiché pendant un mois au moins dans les mairies de chacune des communes dont tout ou partie du territoire est compris dans le périmètre délimité par l'arrêté. / Un avis mentionnant l'arrêté est publié, par les soins du préfet et aux frais de l'organisme unique, dans au moins un journal local ou régional diffusé dans le département ou les départements concernés. / Une copie de l'arrêté est adressée aux présidents des commissions locales de l'eau consultées / IV.-La modification du périmètre ou le remplacement de l'organisme unique est soumis aux mêmes formalités que celles applicables à l'arrêté initial ».
La chambre d’agriculture soutient que les dispositions du IV de l’article R. 211-113 précitées, en ce qu’elles prévoient que les formalités de remplacement de l’organisme unique sont les mêmes que celles applicables à l’arrêté initial, feraient obstacle à ce qu’un organisme unique choisi sur une candidature spontanée soit remplacé, comme en l’espèce, par un organisme unique désigné d’office. Toutefois, ces dispositions, loin de faire obstacle au remplacement d’un organisme unique choisi sur candidature spontané par un organisme désigné d’office, prévoient seulement que le remplacement de l’un par l’autre est soumis aux mêmes formalités, notamment de publicité et de délai, que celles applicables à l’arrêté initial, ainsi que le prévoient les autres dispositions de l’article R. 211-113 précitées, notamment le III de cet article. Il s’ensuit que le moyen doit être écarté.
En troisième et dernier lieu, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne soutient que le syndicat mixte Epidropt ne dispose pas de la compétence nécessaire pour exercer les missions incombant à l’organisme unique de gestion collective du bassin du Dropt, ainsi que le révèleraient notamment les avis négatifs émis à sa désignation par les organismes représentant le monde agricole. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le syndicat mixte Epidrop, composé de deux établissements de coopération intercommunale à fiscalité propre et des trois conseils départementaux de Dordogne, Gironde et Lot-et-Garonne, assure la mission commune du schéma d’aménagement de gestion des eaux Dropt, l’aménagement du bassin du Dropt et la gestion de la réalimentation, et préside la commission locale du Dropt qui a pour objet de répartir les volumes prélevables des cinq lacs, d’examiner les nouvelles demandes, de proposer des systèmes de gestion en période d’étiage et d’adapter les volumes attribués en fonction de la ressource en eau disponible, faire le relais avec les agriculteurs irrigants, examiner les réclamations et proposer des solutions, et donner un avis sur tout projet de création de ressources collectives et de nouveaux ouvrages de prélèvements. Dans ces conditions, en se bornant à alléguer que le syndicat mixte Epidropt « n’a aucune vocation ni compétence en matière d’agriculture ni d’irrigation agricole », la requérante n’établit pas que l’arrêté désignant ce syndicat en qualité d’organisme unique de gestion collective serait entaché d’erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions d’annulation de la décision du 27 juillet 2023 désignant le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG) en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour les périmètres « Garonne aval » n° 61, 62, 67 et 70 :
En premier lieu, l’illégalité de la décision mettant fin aux missions de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau Garonne aval – Dropt n’étant pas établie, la requérante n’est pas fondée à demander l’annulation, par voie de conséquence, de la décision désignant le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne en qualité d’organisme unique de gestion collective de l’eau pour les périmètres « Garonne aval » n° 61, 62, 67 et 70.
En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que le respect des formalités de remplacement d’un organisme unique de gestion collective ferait obstacle à ce qu’un candidat désigné d’office remplace un candidat spontané doit être écarté pour le même motif que celui exposé au point 22 du présent jugement.
En troisième lieu, la circonstance que le département du Gers ne fasse pas partie des membres fondateurs du syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne ne rend pas celui-ci, dont la région Occitanie est d’ailleurs membre fondateur et dont les statuts prévoient qu’il a pour mission de favoriser la gestion équilibrée de la ressource en eau de la Garonne, territorialement incompétent pour être désigné organisme unique de gestion collective de l’eau « Garonne aval ».
En quatrième lieu, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne soutient que le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne ne dispose pas de la compétence nécessaire pour exercer les missions incombant à l’organisme unique de gestion collective du bassin « Garonne aval ». Il ressort toutefois des pièces du dossier que le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne a notamment pour mission la gestion équilibrée de la ressource en eau de la Garonne et assure une mission d’étiage de la Garonne. Dans ces conditions, en se bornant à alléguer que le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne « n’a aucune vocation ni compétence en matière d’agriculture ni d’irrigation agricole », la requérante n’établit pas que l’arrêté le désignant en qualité d’organisme unique de gestion collective serait entaché d’erreur manifeste d'appréciation.
En cinquième et dernier lieu, la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne soutient que le syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne se trouvera en situation de conflit d’intérêts en ce qu’il est en charge de conseiller et d’accompagner les collectivités territoriales dont les intérêts peuvent être divergents de ceux des irrigants. Toutefois, ainsi que le relève la requérante elle-même, la mission du syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne est de favoriser la gestion équilibrée de la ressource en eau de la Garonne et celle de l’organisme unique de gestion de la ressource en eau « Garonne aval » est, aux termes des articles R. 211-112, R. 214-31-1, R. 214-31-2 et R. 214-31-3 précités du code de l’environnement, une structure en charge de la gestion et de la répartition des volumes d’eau prélevés à usage agricole pour l’ensemble des irrigants d’un bassin qui participe à l’exécution de l’autorisation environnementale que constitue l’autorisation unique de prélèvement sur un périmètre déterminé dans un objectif d’utilisation efficace, économe et durable de la ressource en eau. Dans ces conditions, en l’absence d’élément circonstancié rapporté par la requérante, les intérêts du syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne, ainsi, au demeurant, que ceux des collectivités membres du syndicat, ne peuvent être regardés divergents de ceux des irrigants.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions d’annulation présentées par la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne à l’encontre des arrêtés n° 47-2023-07-27-00005, n° 47-2023-07-27-00006 et n° 47-2023-07-27-00007 du 27 juillet 2023 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne la somme que demande l’Etat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2305844, n° 2306909 et n° 2306910 de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne sont rejetées.
Article 2 : La demande de l’Etat présentée au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, aux associations syndicales autorisées d’Agen Nord, d’Agen Est, de Castelmoron-sur-Lot, de Grezet Sainte-Gemme, du Queyran, de Lamouthe, de Leyritz Moncassin, de Port Sainte-Marie, des coteaux de Monteton, Lévignac, Caubon-Saint-Sauveur, du Boudou Saint-Maurin, du Bourdat, du Roubillou, du Saint Martin, de Laqueille, de Caussade, Coteaux de Beauville Puymirol, au syndicat départemental des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, au syndicat intercommunal du Sud de Marmande, au syndicat intercommunal à vocation unique d’irrigation Saint-Sauveur, et aux préfets de la région Nouvelle-Aquitaine, de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne, du Lot, du Gers et de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 29 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Cornevaux, président,
M. Katz, président,
M. Béroujon, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.
Le rapporteur,
F. Béroujon
Le président,
G. Cornevaux
La greffière,
S. Fermin
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,