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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305957

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305957

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-3ème chambre
Avocat requérantSIROL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, M. B F, représenté par Me Sirol, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans à compter de l'exécution de la décision.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire défense enregistré le 11 décembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Sirol, représentant M. F, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui demande à la barre l'admission de M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire,

- le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, ressortissant algérien né le 12 décembre 2002, est maintenu en détention au Centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. Il ne justifie pas de la date de son entrée sur le territoire national ni de la régularité de celle-ci. Par un arrêté du 26 mars 2022, le préfet de l'Essonne a pris une mesure d'éloignement à son encontre. Puis, par un arrêté du 10 octobre 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans à compter de l'exécution de cette décision. M. F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. F, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, M. C, chef de la section "éloignement", qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Gironde en date du 31 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde (recueil n° 164 du 31 août 2023), à l'effet de signer la décision litigieuse, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux. Il n'est pas contesté que Mme E était effectivement absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté mentionne l'incertitude quant à la date d'entrée de M. F sur le territoire français, mais également l'irrégularité de cette entrée et de son maintien, malgré une mesure d'éloignement prise par le préfet de l'Essonne le 26 mars 2022. Par ailleurs, le préfet relève que le requérant est sans domicile fixe et qu'il est connu défavorablement des services de police, dont quinze signalements. A ce propos, l'arrêté mentionne que M. F est incarcéré au Centre pénitentiaire de Bordeaux Gradignan depuis le 6 septembre 2022 en attente de son jugement pour des faits de transport, détention, offre ou cession et acquisition non autorisé de stupéfiants. Enfin, l'arrêté fait mention de la situation personnelle du requérant, relevant son célibat, l'absence de charge de famille et le défaut de justification de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France. S'il ressort des pièces du dossier que M. F affirme avoir une relation avec une ressortissante française et qu'il serait le père d'enfants en France, aucun élément n'est versé pour en établir la matérialité. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet a suffisamment motivé sa décision et s'est livré à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant et qu'il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Enfin, en dernier lieu, si M. F invoque une erreur de droit commise par le préfet, il ne précise pas suffisamment ce moyen pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

D. D Le greffier,

Y. Jameau

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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