lundi 20 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2306031 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL LE ROY-GOURVENNEC-PRIEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2023, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel le maire de Sarlat-La-Canéda a fait opposition à sa déclaration préalable déposée en vue de l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé route du Pech éternel, lieu-dit Goursou de cette commune, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au maire de Sarlat-La-Canéda, à titre principal, de lui délivrer la décision de non-opposition sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en prenant une décision dans le même délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de la commune une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
• la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate, d'une part, à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire par ses réseaux de téléphonie mobile 3 G et 4 G mais également par son réseau Très Haut Débit (THD), d'autre part, à ses intérêts propres, en l'empêchant de satisfaire aux engagements qu'elle a pris vis-à-vis de l'Etat en matière de couverture par ses propres installations, la zone concernée n'étant pas desservie par ses réseaux comme en rapportent la preuve les cartes qu'elle produit ; ;
• il existe un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :
- le motif d'opposition tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est infondé dès lors qu'il n'y a pas d'atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux, compte tenu d'une part de l'absence de protection de la parcelle, de la présence à proximité de poteaux électriques le long de la route et de deux pylônes pré-existants à 200 m et 1 km, et d'autre part, du choix d'un pylône en treillis métallique qui favorise l'insertion paysagère ;
- le motif d'opposition tiré de l'absence de mutualisation avec les autres opérateurs est dénué de fondement juridique ;
- la décision est affectée d'un défaut d'impartialité du maire, qui a pris position publiquement contre le projet ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, la commune de Sarlat-La-Canéda, représentée par la Selarl Le Roy-Gourvennec-Prieur conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle oppose une fin de non-recevoir tirée de l'absence de production de la décision attaquée ; elle soutient que l'urgence n'est pas constituée et que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 9 novembre 2023, la société Free Mobile conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ; elle fait valoir en outre qu'elle a produit dès le 31 octobre 2023, l'arrêté du 20 juin 2023 contre lequel son recours est dirigé ;
Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 17 août 2023 sous le n° 2304534 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, le 9 novembre 2023, à 14h00 :
- le rapport de M. Katz, juge des référés ;
- les observations de Me Candelier, pour la société Free Mobile, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens ; ;
- et les observations de M. A, pour la commune de Sarlat-La-Canéda, qui maintient ses conclusions en défense ;
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free Mobile a déposé, le 25 mai 2023, une déclaration préalable pour l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé route du Pech éternel, lieu-dit Goursou, sur la commune de Sarlat-La-Canéda en Dordogne. Par un arrêté du 20 juin 2023, le maire a fait opposition à cette déclaration préalable. Le société Free Mobile demande au juge de référés de suspendre l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. La commune oppose en défense une fin de non-recevoir tirée de l'absence de production de la décision contestée à l'appui de la requête. Il résulte toutefois de l'instruction que, si par mégarde la requérante a joint à son mémoire introductif la copie d'un arrêté du 14 avril 2023, elle a également versé la copie de l'arrêté attaqué du 20 juin 2023 à la procédure, pièce qui a été enregistrée au greffe du tribunal le 31 octobre 2023. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.
Sur la condition d'urgence :
4. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Il résulte de l'instruction que le projet a pour objet d'améliorer la couverture du territoire de la commune de Sarlat-La-Canéda par les réseaux de téléphonie mobile de 3ème et de 4ème génération de la SAS Free Mobile. D'une part, il est constant que cette société a pris des engagements à ce titre envers l'Etat dans son cahier des charges. Les cartes détaillées jointes à la requête, dont ni les extraits de cartes publiées par l'ARCEP ni celles extraites du site commercial de Free Mobile et produites en défense ne sont de nature à remettre en cause la précision, la teneur et la fiabilité, montrent que le secteur d'implantation de l'antenne litigieuse n'est pas correctement desservi par les réseaux de cet opérateur. Il est d'autre part constant que la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile présente un intérêt public. Il s'en suit que l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel le maire de Sarlat-La-Canéda a fait opposition à la déclaration préalable déposée par la SAS Free Mobile porte une atteinte suffisamment grave et immédiate tant aux intérêts de la requérante qu'à l'intérêt public qui s'attache à la couverture de la commune par les réseaux de téléphonie de cet opérateur. Dès lors, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative peut être regardée comme satisfaite.
Sur les moyens susceptibles de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 20 juin 2023 :
6. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : "Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder un refus de permis de construire, une décision d'opposition à déclaration préalable ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
7. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour faire opposition à la déclaration préalable de la société Free Mobile, le maire de Sarlat-La-Canéda a relevé, d'une part, au visa de l'article R. 111-27 précité, que deux pylônes auto-stables d'antennes mobiles s'élèvent en bordure de la même voie, pour l'une à 200 mètres et pour l'autre à 1000 mètres, avec une hauteur respective de 42 et 35 mètres, que " l'implantation d'une antenne relai de 30 mètres de haut, très proche du bord de la route, ne ferait que renforcer l'atteinte au paysage et dénaturer plus encore les espaces naturels ", et d'autre part, que " à l'instar de ce qui se produit communément, il serait opportun pour l'opérateur de rechercher les voies permettant un regroupement sur le pylône existant à proximité qui pourrait être redéfini pour supporter les antennes relais d'un opérateur de téléphonie mobile supplémentaire ".
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la parcelle d'accueil du projet est classée en zone constructible UD du plan local d'urbanisme. Il n'est ni établi ni même soutenu que celle-ci ou ses environs bénéficieraient d'une protection naturelle ou paysagère particulière. Comme cela ressort de la décision elle-même, la route comporte déjà sur ses abords, outre quelques constructions, deux antennes relais de téléphonie mobile, dont la hauteur dépasse celle du projet, laquelle est de 30 mètres. Il apparaît également que la route est bordée sur l'un de ses côté d'une succession de poteaux du réseau d'électricité. Il ressort enfin du dossier de déclaration préalable que l'antenne relais litigieuse est en structure de treillis métallique dont la conception vise à alléger le profil dans son environnement.
9. En second lieu, à supposer que le maire ait entendu opposer un deuxième motif de refus en renvoyant la société pétitionnaire à la nécessité de mutualiser ses besoins en antennes relais avec d'autres opérateurs sur des équipements déjà existants, une tel motif ne repose sur aucun fondement légal ou réglementaire.
10. Pour ces raisons, le moyen tiré de ce que le motif d'opposition tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et celui tiré de la nécessité de mutualiser les besoins avec d'autres opérateurs, apparaissent propres, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 20 juin 2023.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et astreintes :
13. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Si, dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, et assortir cette suspension d'une injonction s'il est saisi de conclusions en ce sens, les mesures qu'il prescrit ainsi doivent, comme l'imposent les dispositions précitées de l'article L. 511-1 du même code, présenter un caractère provisoire.
14. Eu égard aux motifs de la présente ordonnance, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Sarlat-La-Canéda de délivrer, dans le délai d'un mois, à la société Free Mobile, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête, une décision de non-opposition à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 25 mai 2023. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Sarlat-La-Canéda, la somme de 1 200 euros qu'elle versera à la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées sur le fondement des mêmes dispositions par la commune de Sarlat-La-Canéda doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de Sarlat-La-Canéda en date du 20 juin 2023 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Sarlat-La-Canéda de délivrer à la société Free Mobile, à titre provisoire, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 25 mai 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune versera à la SAS Free Mobile la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Sarlat-La-Canéda sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de Sarlat-La-Canéda.
Fait à Bordeaux, le 20 novembre 2023.
Le juge des référés,La greffière,
D. Katz C. Gioffré
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026