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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306093

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306093

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantCOSTE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023 sous le n°2306093, M. B A, représenté par Me Coste, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa demande, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable en terme de délais ;

Sur les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée dispose d'une délégation de signature régulière ;

- la motivation de la décision attaquée révèle un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de la Gironde s'est cru en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant refus de titre de séjour, qui est elle-même illégale ;

Sur les moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

II. Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023 sous le n°2306094, M. B A, représenté par Me Coste, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement effectif du territoire français au plus tard dans ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué dispose d'une délégation de signature régulière ;

- il méconnaît l'article L. 722-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est fondé sur la mesure d'éloignement, dont il a fait l'objet le 20 juin 2023, qui fait l'objet d'un recours contentieux et n'est, dès lors, pas exécutoire ;

- il est illégal dès lors qu'il est fondé sur la mesure d'éloignement, dont il a fait l'objet le 20 juin 2023, qui est elle-même illégale ;

- il méconnaît l'article L. 731-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son éloignement n'est pas une perspective raisonnable ;

- les modalités d'application de la mesure d'assignation à résidence sont disproportionnées.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'exception d'illégalité invoquée par le requérant n'est pas recevable dès lors que l'arrêté du 20 juin 2023 a acquis un caractère définitif à défaut d'avoir été contesté dans le délai de recours contentieux ;

- les autres moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme Denys, conseillère, en application des articles L. 614-5 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 novembre 2023 à 14h00, Mme Denys :

- a présenté son rapport ;

- a entendu les observations de Me Coste, représentant M. A, et celles de M. A, assisté de Mme D, interprète ;

- et a prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 29 mars 1986, a fait l'objet d'un arrêté du 20 juin 2023, par lequel préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. L'intéressé a été interpellé le 1er novembre 2023 et placé en retenue administrative pour vérification des droits à circuler et à séjourner à la suite d'un contrôle routier. Par un arrêté du 2 novembre 2023, le préfet de la Gironde a assigné M. A à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement effectif du territoire français au plus tard dans ce délai. M. A demande au tribunal, par la requête enregistrée sous le n°2306093, d'annuler l'arrêté précité du 20 juin 2023. Il demande également au tribunal, par la requête enregistrée sous le n°2306094, d'annuler l'arrêté précité du 2 novembre 2023.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de requête n°2306093 :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, (), lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / (). ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. ".

5. La demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision du 18 novembre 2022 rendue par le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dont la légalité a été confirmée par un arrêt rendu par la Cour nationale du droit d'asile le 28 avril 2023. L'arrêté du 20 juin 2023, par lequel préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui comporte les voies et délais de recours, lui a été notifié à la dernière adresse connue par l'administration, c'est-à-dire à la structure du premier accueil du demandeur d'asile (SPADA) de Bordeaux. L'attestation de passage du service postal produite par le préfet de la Gironde, revêtue de la mention " pli avisé et non réclamé ", atteste qu'un avis de passage comportant l'adresse du bureau de poste a été laissé à cette adresse le 22 juin 2023, l'avisant de l'existence d'un pli qui lui était adressé. Si le requérant décrit les modalités selon lesquelles les demandeurs d'asile ont accès à leur courrier, déposé auprès de la SPADA, et indique que le système informatique qui a vocation à l'informer de la réception d'un courrier à sa destination dysfonctionne, il ne produit aucune pièce susceptible d'établir l'existence de défaillances telles qu'il n'ait pas été en mesure de retirer le pli comportant l'arrêté attaqué, dans le délai de quinze jours qui lui était imparti pour ce faire. Par suite, à la date à laquelle la requête n°2306093 de M. A, a été enregistrée, le délai de recours contentieux de quinze jours dont il disposait pour contester l'arrêté attaqué, qui a commencé à courir le 22 juin 2023, était expiré. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Gironde, tiré de l'irrecevabilité du surplus des conclusions de cette requête, doit être accueillie.

Sur le surplus des conclusions de la requête n°2306094 :

6. Par un arrêté du 31 août 2023, le préfet de la Gironde a consenti au bénéfice de M. F C, chef de la section éloignement au sein du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux de la préfecture de la Gironde, signataire de l'arrêté en litige, une délégation à l'effet de signer toutes décisions, documents et correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les décisions portant assignation à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E G, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux de la préfecture, dont il n'est ni établi ni même allégué qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que la saisine du tribunal administratif contre une obligation de quitter le territoire français interdit l'exécution d'office de cette mesure avant que le tribunal n'ait statué, ces dispositions ne font pas obstacle, dès lors que le délai de départ volontaire est expiré ou qu'aucun délai n'a été accordé, à ce que le préfet prenne une décision d'assignation à résidence lorsque un recours a été formé devant le tribunal administratif contre l'obligation de quitter le territoire français et que ce recours n'a pas encore été jugé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que l'arrêté du 20 juin 2023, par lequel préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, a acquis un caractère définitif à défaut d'avoir été contesté dans le délai de recours contentieux. Il s'ensuit que le requérant n'est pas recevable à exciper de l'illégalité de cette mesure pour contester l'arrêté attaqué.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L.733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. ".

10. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que, pour assigner à résidence le requérant, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que M. A, à défaut de justifier de la possession de document en cours de validité permettant l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne pouvait pas quitter immédiatement le territoire français, qu'il était nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire mais que son éloignement demeurait une perspective raisonnable. Si l'intéressé, qui ne serait plus en possession de son passeport et serait dans l'impossibilité de se rendre au consulat de Turquie, fait valoir le préfet de la Gironde n'établit pas avoir réalisé les diligences nécessaires en vue de l'obtention d'un laissez-passer consulaire, cet élément n'est pas de nature à établir une absence de perspective raisonnable d'éloignement à la date de la décision litigieuse. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En dernier lieu, dès lors que M. A ne fait état d'aucune contrainte particulière de nature à l'empêcher de satisfaire à son obligation d'assignation à résidence, l'arrêté litigieux, qui impose une plage horaire de présence au domicile de trois heures, de 16 à 19 heures, afin de préparer son départ, apparaît adapté, nécessaire et proportionné à la finalité qu'il poursuit. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que les modalités d'application de cette assignation à résidence seraient disproportionnées doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Il s'ensuit que ses conclusions, présentées sur le fondement des dispositions L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Gironde et à Me Coste.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 novembre 2023.

La magistrate désignée,

A. DENYS La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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