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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306424

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306424

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRIVIERE AVOCATS ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux a été saisi d’un recours pour excès de pouvoir contre la décision implicite de rejet du président de la communauté de communes du Créonnais, relative au retrait ou à l’abrogation des dispositions du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) issues de la modification n°2, concernant la parcelle des requérants classée en zone Npr. Les requérants contestaient notamment l’irrégularité du classement en zone naturelle, l’illégalité de l’orientation d’aménagement et de programmation (OAP) du secteur Lorient-Tioulet, et la servitude de mixité sociale. Le tribunal a rejeté l’ensemble des moyens soulevés, estimant que le classement en zone Npr était justifié par la présence de zones humides et que l’OAP respectait les dispositions des articles L. 151-7 et L. 152-1 du code de l’urbanisme. En conséquence, la requête a été rejetée, et les conclusions à fin d’injonction ainsi que celles relatives aux frais de justice ont été écartées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 novembre 2023 et 23 mai 2024, M. B... C..., Mme E... C... et Mme D... A..., représentés par Me Rousseau, demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le président de la communauté de communes du Créonnais a implicitement rejeté leur demande tendant au retrait ou, à défaut, à l’abrogation des dispositions du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes du Créonnais issues de la modification n° 2 approuvée par délibération du 21 février 2023, en tant qu’elles concernent leur parcelle cadastrée section AC n° 211 située à Sadirac ;

2°) d’enjoindre à la communauté de communes du Créonnais d’abroger les dispositions de son PLUi applicables à leur parcelle cadastrée section AC n° 211 située à Sadirac, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Créonnais la somme de 8 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable dès lors qu’ils justifient de leur intérêt à agir ;


En ce qui concerne l’irrégularité du classement de deux parties de leur parcelle en zone Npr :
- le règlement du PLUi prévoit que le classement en sous-secteur Npr est justifié, non pas en raison des caractéristiques des sites, mais en raison de leur appartenance à une OAP, ce qui est sans lien avec les motifs de classement prévus par le code de l’urbanisme ;
- le classement en zone Npr n’a pas pour but de rectifier des erreurs de zonage en zone U, mais a vocation à rendre des parcelles inconstructibles au sein d’une OAP ;
- le classement en zone Npr des parcelles n’est pas justifié dans le rapport de présentation, en méconnaissance de l’article R. 151-2 du code de l’urbanisme ;
- le classement en zone Npr est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ; le rapport de présentation ne prévoit pas que la zone Npr a vocation à préserver les « zones humides d’importance » ; le motif de classement en zone Npr, tiré de la présence de zones dites « humides » est illégal ; avant sa modification n° 2, le PLUi ne faisait état d’aucune protection particulière s’agissant de leur parcelle ; le rapport de présentation de la modification n° 2 précise qu’il n’y a pas de zones humides, alors que le déclassement est justifié par leur présence ; en tout état de cause, les investigations des bureaux d’étude tendant à qualifier le terrain de « zone humide » ne sauraient justifier un tel classement dès lors qu’elles n’ont pas été portées à la connaissance des élus et du public ; la méthodologie employée et les résultats obtenus sont critiquables ;
- la création de secteurs « naturels » au sein d’OAP, sans les fonder sur des études spécifiques et sans les justifier, constitue un détournement de procédure et de pouvoir ;

En ce qui concerne l’OAP du secteur Lorient-Tioulet :
- l’OAP est entachée d’illégalité en l’absence de justification au sein du rapport de présentation, pourtant exigée par l’article R. 151-2 du code de l’urbanisme ; la modification de l’OAP n’a donné lieu à aucune actualisation du rapport de présentation ;
- elle est entachée d’irrégularité dès lors qu’elle est fondée sur le règlement de zone lui-même illégal ;
- elle est entachée d’illégalité en tant qu’elle instaure des secteurs inconstructibles au sein de son périmètre ;
- elle méconnaît les articles L. 151-7 et L. 152-1 du code de l’urbanisme, lesquels prévoient que les OAP n’ont vocation qu’à orienter dans un strict cadre de compatibilité et sans imposer un rapport de conformité ;
- en imposant un maillage viaire, les auteurs de l’OAP ont créé des sujétions précises qui ne relevaient que du seul règlement ;
- la communauté de communes ne pouvait prévoir la création de cette voie que par l’instauration d’un emplacement réservé soumis au droit de délaissement, en application de l’article L. 151-41 du code de l’urbanisme ;

- l’OAP tend à déroger au règlement de zone, pour imposer des sujétions plus contraignantes s’agissant de la réalisation de voies de dessertes ouvertes à terme à la circulation générale, ce qui révèle un détournement de pouvoir ;

- elle est illégale dès lors qu’en imposant la réalisation d’ouvrages destinés à la circulation publique, elle contraint les opérateurs à la réalisation d’un ouvrage excédant les besoins propres de son opération et impose la réalisation d’un ouvrage public ;


En ce qui concerne la servitude de mixité sociale :
- la servitude de mixité sociale a été instaurée dans le cadre de la procédure de modification n°2 qui n’a donné lieu à aucune actualisation du rapport de présentation ;
- la fixation du seuil de 100 % ne relevait que du règlement de la zone UB, et de son document graphique, et non pas de l’OAP, qui n’est qu’un document d’orientation ;
- le règlement se borne à imposer un seuil de 70% de logements sociaux dans les communes soumises à l’article 55 de la loi SRU et l’OAP ne pouvait porter ce seuil à 100 % ;
- en imposant, dans le périmètre de l’OAP, 100% de logements sociaux, il s’agit d’imposer l’implantation exclusive de tels logements, ce qui constitue en réalité un emplacement réservé « logement », qui aurait dû permettre aux propriétaires d’utiliser leur droit de délaissement ;
- l’instauration au sein du règlement d’une servitude de mixité sociale à hauteur d’un certain seuil, puis la fixation par l’OAP du seuil à 100%, constitue un détournement de procédure.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 5 avril et 10 juillet 2024, non communiqué pour ce dernier, la communauté de communes du Créonnais, représentée par Me Clerc conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu’il soit sursis à statuer en application de l’article L. 600-9 du code de l’urbanisme ou à ce qu’il soit prononcé l’annulation partielle de la délibération d’approbation de la modification n° 2 du PLUi et, en tout état de cause, à ce qu’une somme de 3 500 euros soit mise à la charge des requérants en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- les requérants n’établissement pas leur intérêt à agir ;
- aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Par une ordonnance du 10 avril 2024, la clôture d’instruction a été fixée au 10 juillet 2024.

Les requérants ont produit une pièce le 18 novembre 2024 qui n’a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lahitte,
- les conclusions de M. Pinturault, rapporteur public,
- les observations de Me Rousseau représentant les requérants,
- et celles de Me Bosc, représentant la communauté de communes du Créonnais.

Une note en délibéré présentée par les requérants a été enregistrée le 19 novembre 2025.

Une note en délibéré présentée par la communauté de communes du Créonnais a été enregistrée le 19 novembre 2025.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... C..., Mme E... C... et Mme D... A... ont, par courrier du 11 septembre 2023, demandé au président de la communauté de communes du Créonnais de retirer ou d’abroger les dispositions du PLUi de la communauté de communes du Créonnais applicables à leur parcelle cadastrée section AC n° 211 située à Sadirac, résultant de la modification n° 2 approuvée par délibération du conseil communautaire du 21 février 2023. M. C..., Mme C... et Mme A... demandent au tribunal d’annuler la décision implicite de rejet de leur demande.




Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les moyens tirés de l’insuffisance du rapport de présentation :

2. Si dans le cadre de la contestation d’un acte réglementaire intervenant après l’expiration du délai de recours contentieux contre cet acte, par la voie de l’exception ou sous la forme d’un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l’abroger, la légalité des règles qu’il fixe, la compétence de son auteur et l’existence d’un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n’en va pas de même des conditions d’édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre d’un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l’acte réglementaire lui‑même et introduit avant l’expiration du délai de recours contentieux.

3. Les requérants ne peuvent utilement invoquer, à l’appui de leurs conclusions tendant à l’annulation pour excès de pouvoir du refus de retirer ou d’abroger les dispositions du PLUi modifié applicables à la parcelle en litige, les moyens tirés de l’insuffisance et de l’absence d’actualisation du rapport de présentation s’agissant du classement d’une partie de leur parcelle en zone Npr, de la vocation de la zone Npr, de l’OAP Lorient-Tioulet et enfin de la servitude de mixité sociale. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

En ce qui concerne le classement de deux parties de leur parcelle en zone Npr :

4. En premier lieu, aux termes de l’article L. 151-9 du code de l’urbanisme : « Le règlement délimite (…) les zones naturelles ou agricoles et forestière à protéger ». Aux termes de l’article R. 151-24 du même code : « Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : /1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ;/ 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; /4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ;/ 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ».

5. Eu égard aux dispositions citées au point 4, il appartient aux auteurs d’un plan local d’urbanisme de déterminer le parti d’aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d’avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols. Leur appréciation ne peut être censurée par le juge administratif qu’au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

6. D’une part, il ressort des pièces du dossier que les auteurs du PLUi en litige ont créé, au sein de secteurs ayant fait l’objet d’orientation d’aménagement et de programmation (OAP), des zones Npr. Il ressort du règlement du PLUi que la zone Npr correspond à des « espaces naturels où les constructions sont interdites pour des raisons écologiques et paysagères à l’intérieur de secteurs de projet (OAP) » lesquels doivent être protégés et entretenus. La notice de présentation de la modification précise que ces secteurs ayant fait l’objet d’une OAP ont bénéficié d’un diagnostic environnemental, lequel a permis d’identifier des zones humides. Elle ajoute que les modifications opérées dans le zonage de ces secteurs, de U à Npr, correspond à la prise en compte de ces zones humides. Par suite, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, le classement en zone Npr est justifié en raison des caractéristiques écologiques et paysagères de sites à protéger, conformément aux dispositions précitées du code de l’urbanisme. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’illégalité de la zone Npr, en tant que ces motifs de classement sont sans lien avec ceux prévus par le code de l’urbanisme, doit être écarté.

7. D’autre part, les requérants soutiennent que le motif de classement en zone Npr, tiré de la présence de zones dites « humides » est erroné.

8. Il est constant que la parcelle n° 211 en litige, située au sein de l’OAP Lorient-Tioulet, est à l’état naturel et non construite et a été classée par le PLUi modifiée pour partie en zone Npr. Le projet d’aménagement et de développement durables (PADD) du PLUi mentionne que « placer l’eau au cœur du parti d’aménagement » est une « priorité qui a une forte incidence sur les capacités à développer des projets d’urbanisme sur le territoire » et précise qu’il s’agit donc, concernant les zones humides, « d’engager des investigations complémentaires afin d’identifier les zones humides avérées sur le territoire ». Notamment, la notice de présentation de la modification du PLUi précise que les principes mis en œuvre par les OAP dans le cadre de cette modification visent à atteindre l’objectif de préservation des « espaces naturels à forte sensibilité environnementale (zone humides…) dans les programmes d’aménagement ». Et le point 6 « Analyse des incidences de la modification du PLUi sur les enjeux environnementaux » de cette notice précise que « les secteurs ayant fait l’objet de modifications d’OAP ont fait l’objet d’un diagnostic environnemental permettant d’identifier la présence de zones humides », lequel a permis de préserver ces zones humides inventoriées.

9. Dans le cadre de cette modification, et à la demande de la communauté de communes du Créonnais, deux bureaux d’étude ont produit une étude « Faune Flore Habitats Zones humides sur les zones bénéficiant d’OAP et STECAL du PLUi approuvé », laquelle conclut que l’analyse des habitats naturels, en application des critères pédologique et botanique, a révélé la présence de « zones humides » sur l’OAP Lorient-Tioulet. Il ressort plus précisément de cette étude que l’OAP Lorient-Tioulet est composée de « prairies dominées à plus de 70% par le jonc aggloméré, espèce caractéristique de zone humide » et que les sondages pédologiques réalisés en son sein ont révélé la présence de zones humides. La « Synthèse des sensibilités », relative à la zone de l’OAP Lorient-Tioulet, fait également état de la « présence de prairies humides à jonc » ayant un « intérêt patrimonial fort, strictement caractéristique de zones humides » et la « Synthèse des enjeux », matérialisée par un document graphique, précise que les deux zones humides présentant un enjeu « fort », se trouvent sur la parcelle n° 211, objet du litige. Si les requérants contestent la méthode d’analyse et les résultats obtenus, les éléments produits et arguments avancés ne sont pas susceptibles de les remettre en cause. En outre, la circonstance, à la supposer établie, que l’étude n’aurait pas été portée à la connaissance des élus et du public, comme le soutient les requérants, n’empêche pas son utilisation pour apprécier les caractéristiques de la parcelle. Enfin, les requérants ne sauraient soutenir que la parcelle était initialement classée en zone UC et n’avait jusqu’alors fait l’objet d’aucune protection, dès lors que les auteurs du PLUi ne sont pas liés, pour déterminer l’affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l’intérêt de l'urbanisme, notamment eu égard, comme en l’espèce, aux résultats d’analyse des habitats naturels.

10. Ainsi, eu égard à l’ensemble de ces éléments, et notamment au parti d’aménagement retenu pour le territoire concerné et aux résultats de l’étude s’agissant de l’OAP Lorient-Tioulet, les auteurs du PLUi n’ont pas commis d’erreur de fait ou d’erreur manifeste d’appréciation en classant deux parties de la parcelle des requérants en zone Npr.

11. En deuxième lieu, pour les motifs évoqués au point 9 et dès lors que le classement de la parcelle en zone Npr est lié au parti d’aménagement retenu et aux résultats de l’étude précitée laquelle a révélé la présence de zones humides sur la parcelle n° 211, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que, d’une part, la création de secteurs « naturels » au sein de l’OAP, sans les fonder sur des études spécifiques et sans les justifier, constitue un détournement de procédure et d’autre part que ce classement n’a vocation qu’à rendre la parcelle inconstructible. Par suite, ces moyens ne peuvent qu’être écartés.

12. En troisième lieu, aucune disposition du code de l’urbanisme, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire, n’interdit l’identification de zone Npr au sein d’une OAP et le moyen invoqué en ce sens ne peut qu’être écarté.

13. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que le déclassement de leur parcelle procède d’un détournement de pouvoir, pour les motifs exposés précédemment, ils ne l’établissent pas et le moyen ne peut donc qu’être écarté.

En ce qui concerne l’OAP du secteur Lorient-Tioulet :

14. En premier lieu, aux termes de l’article L. 151-8 du code de l’urbanisme : « Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ».

15. Les requérants soutiennent que l’OAP est illégale en tant qu’elle instaure des secteurs inconstructibles au sein de son périmètre, alors que seul le règlement du PLUi pouvait les instaurer. Or, et comme énoncé au point 6, le règlement du PLUi a instauré, au sein des OAP, des zones Npr correspondant à des espaces naturels où les nouvelles constructions sont interdites pour des raisons écologiques et paysagères. Par suite, le moyen ne peut qu’être écarté.

16. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que l’OAP est entachée d’illégalité dès lors que fondée sur un règlement de zone lui-même illégal, ils n’assortissent pas leur moyen de précision suffisante permettant d’en apprécier le bien-fondé. Le moyen doit être écarté.

17. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 151-7 du code de l’urbanisme : « I.- Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; / (…) 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, renaturer, notamment par l'identification de zones propices à l'accueil de sites naturels de compensation, de restauration et de renaturation, restructurer ou aménager ; / 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ; (…) ». Aux termes de l’article L.152-1 du même code : « L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. »

18. Les requérants soutiennent que l’OAP est trop précise s’agissant de la création d’un maillage viaire et de la réalisation d’une voie de desserte locale, lesquels ne devraient relever que du seul règlement. Notamment, la localisation des ilots à urbaniser, le point de passage obligé et le carrefour à aménager présenteraient un caractère impératif.

19. Il est constant que le document graphique du « schéma d’aménagement de Sadirac secteur Lorient-Tioulet », contenu dans l’OAP, prévoit des voies de transit, de liaison et de desserte, un cheminement doux, des ilots à urbaniser et des points de passage et carrefours. Ce schéma en tant qu’il précise les principales caractéristiques des voies et espaces publics, est conforme au 5° de l’article L. 151-7 du code de l’urbanisme cité au point 17 lequel prévoit que les schémas d'aménagement précisent les principales caractéristiques des voies et espaces publics. Par ailleurs, et en tout état de cause, les divers éléments précités ne doivent être regardés que comme définissant, à titre indicatif, une opération d’aménagement d’un secteur, qui ne feront l’objet que d’un contrôle de compatibilité. D’ailleurs, le tableau relatif à la portée juridique des dispositions applicables au schéma précité, mentionne notamment que le tracé de la voie n’est qu’une « disposition indicative ». Il s’ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que cette disposition de l’OAP, en tant qu’elle est trop précise, est entachée d’illégalité, ni davantage qu’elle méconnaît les articles cités au point 17. Ces moyens ne peuvent qu’être écartés.

20. En quatrième lieu, d’une part, en prévoyant, dans son principe, la réalisation d’une voie publique ou d’un autre équipement public, l’OAP n’excède pas le périmètre de son habilitation légale telle que rappelée au point 17 et les auteurs du PLUi n’étaient pas tenus d’instaurer un emplacement réservé. D’autre part, les sujétions qui pourraient être opposées aux futurs opérateurs relèvent des autorisations ultérieures, et non pas de l’OAP en litige. Les moyens ne peuvent qu’être écartés.

21. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que l’OAP impose des sujétions plus contraignantes que le règlement s’agissant des voies et dessertes, les requérants n’établissent pas le détournement de pouvoir allégué et le moyen ne peut qu’être écarté.

En ce qui concerne la servitude de mixité sociale :

22. En premier lieu, aux termes de l’article L. 151-15 du code de l’urbanisme : « Le règlement peut délimiter, dans les zones urbaines ou à urbaniser, des secteurs dans lesquels, en cas de réalisation d'un programme de logements, un pourcentage de ce programme est affecté à des catégories de logements qu'il définit dans le respect des objectifs de mixité sociale. ». Aux termes de l’article R. 151-38 du même code : Les documents graphiques du règlement délimitent dans les zones U et AU, s'il y a lieu ; (…) 3° Les secteurs où, en application de l'article L. 151-15, un pourcentage des programmes de logements doit être affecté à des catégories de logement en précisant ce pourcentage et les catégories prévues. »

23. Les requérants soutiennent que l’OAP Lorient Tioulet, à laquelle appartient la parcelle n° 211 en litige, ne pouvait fixer elle-même, à la place du règlement du PLUi, le pourcentage minimum de logements locatifs sociaux.

24. Il ressort en effet des pièces du dossier que l’OAP modifiée a prévu que, s’agissant du schéma d’aménagement de Sadirac secteur Lorient-Tioulet, l’opération d’aménagement devra comporter « une affectation de 100% du programme de chaque phase de réalisation à des logements locatifs sociaux ». Cependant, le règlement de la zone UB du PLUi modifiée a prévu en son point 1.3 applicable à la commune de Sadirac soumise à l’article 55 de la loi SRU que « dans les secteurs d’OAP où il est imposé un pourcentage de logements sociaux, les opérations devront assurer cette part de logements locatifs sociaux. (…) ». Ce faisant, et bien que rédigée de façon maladroite, cette disposition du règlement doit être regardée comme renvoyant à chaque OAP la fixation du pourcentage minimum de logements locatifs sociaux. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir, alors que le règlement l’y habilite, que l’OAP est entachée d’erreurs de droit au motif que seul le règlement du PLUi et son document graphique pouvaient prévoir le pourcentage minimum de logements locatifs sociaux sur l’OAP Lorient-Tioulet et que l’OAP ne pouvait à elle seule fixer ce pourcentage. Ces moyens doivent être écartés.

25. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que le règlement de la zone UB impose un seuil de 70% de logements sociaux locatifs dans les communes soumises à l’article 55 de la loi SRU et que l’OAP a illégalement porté ce seuil à 100%.

26. Le règlement de la zone UB modifié prévoit en effet, pour les communes soumises à l’article 55 de la loi SRU, que tout aménagement ou opération générant, après travaux ou changement de destination, la production d’au moins 2 logements, doit générer au minimum 70% de logements locatifs sociaux. Toutefois, et comme cela ressort du point 4.1 de la notice de présentation de la modification du PLUi, cette disposition ne s’applique pas aux secteurs concernés par les OAP, lesquels sont alors exclusivement soumis à la programmation minimum de logements locatifs sociaux, prévu au 1° du point 4.1, via l’augmentation de la densité minimum au sein des zones UB concernées par des OAP et l’instauration de servitude de mixité sociale. Par suite, le moyen tiré de ce que l’OAP méconnait le seuil de 70% fixé par le règlement doit être écarté comme inopérant.

27. En troisième lieu, aux termes de l’article R. 151-38 du code de l’urbanisme : « Les documents graphiques du règlement délimitent dans les zones U et AU, s'il y a lieu : « 1° Les emplacements réservés en application du 4° de l'article L. 151-41 en vue de la réalisation, dans le respect des objectifs de mixité sociale, de programmes de logements en précisant la nature de ces programmes ; (…) 3° Les secteurs où, en application de l'article L. 151-15, un pourcentage des programmes de logements doit être affecté à des catégories de logement en précisant ce pourcentage et les catégories prévues. »

28. Les requérants soutiennent que les auteurs du PLUi ne pouvaient imposer à l’OAP Lorient-Tioulet un taux de 100% de logements sociaux dans le cadre d’un objectif de mixité sociale dès lors qu’il s’agit d’imposer l’implantation exclusive de logements sociaux, ce qui constitue en réalité un « emplacement réservé logements ». Cependant, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, les dispositions précédemment citées du code de l’urbanisme, ne s’opposent pas à ce que les auteurs du PLUi puissent imposer un taux de 100% de logements locatifs sociaux via une servitude de mixité sociale dès lors que le respect des objectifs de mixité sociale et de répartition équilibrée et diversifiée de l’offre de logements s’apprécie à l’échelle de la commune. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’objectif de mixité sociale serait atteint sur le territoire de cette commune. Au contraire, au 1er janvier 2021, la commune de Sadirac est entrée dans le dispositif de la loi SRU avec un taux de logements locatifs sociaux de 4,38% et un déficit de 382 logements locatifs sociaux. Afin de rattraper ce déficit de logements évalué à 297 entre 2022 et 2031, la communauté de communes du Créonnais a notamment instauré un objectif de 100% de logements locatifs sociaux sur l’OAP Lorient-Tioulet, correspondant à 45 logements. Par ailleurs, les auteurs du PLUi n’étaient pas tenus, contrairement à ce que soutiennent les requérants, de constituer un emplacement réservé qui constitue un autre dispositif permettant d’assurer la mixité sociale. Par suite, le moyen ne peut qu’être écarté.

29. En dernier lieu, et eu égard à ce qui a été énoncé au point 28, les requérants n’établissent pas le détournement de procédure allégué tiré de ce que l’OAP aurait fixé un seuil différent de celui fixé par le règlement et le moyen ne peut qu’être écarté.

30. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d’annulation présentées par les requérants doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte.


Sur les frais liés à l’instance :

31. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du Créonnais, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge solidaire de M. C..., Mme C... et Mme A... une somme de 1 500 euros au bénéfice de la communauté de communes du Créonnais.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... et autres est rejetée.

Article 2 : M. C..., Mme C... et Mme A... verseront solidairement à la communauté de communes du Créonnais une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B... C..., désigné représentant unique en application de l’article R. 751-3 du code de justice administrative et à la communauté de communes du Créonnais.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,
M. Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Lahitte, première conseillère.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.


La rapporteure,

A. LAHITTE
La présidente,

C. CABANNE


La greffière,





M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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