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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306730

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306730

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS SEBAN NOUVELLE AQUITAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel le maire de Nérigean a fait opposition à sa déclaration préalable déposée en vue de l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé lieu-dit Grand Bos de cette commune ;

3°) d'enjoindre au maire de Nérigean, à titre principal, de lui délivrer la décision de non-opposition sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en prenant une décision dans le même délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de la commune une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate, d'une part, à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire par ses réseaux de téléphonie mobile 3 G et 4 G mais également par son réseau Très Haut Débit (THD), d'autre part, à ses intérêts propres, en l'empêchant de satisfaire aux engagements qu'elle a pris vis-à-vis de l'Etat en matière de couverture par ses propres installations, la zone concernée n'étant pas desservie par ses réseaux comme en rapportent la preuve les cartes qu'elle produit ;

* il existe un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :

* le motif d'opposition tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur de droit, les dispositions de l'article A 11 du PLU étant seules opposables ;

* ce motif d'opposition est infondé dès lors qu'il n'y a pas d'atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux, compte tenu, d'une part, de l'absence de protection de la parcelle, de l'absence de constructions protégées dans un rayon de 500 mètres à l'ouest, contrairement à ce qu'a retenu le maire, qu'en toute hypothèse, à 300 m de distance, le pylône devient peu visible, et d'autre part, du choix d'un pylône en treillis métallique qui favorise l'insertion paysagère ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2023, la commune de Nérigean, représentée par Me Simon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Free Mobile la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : la société Free Mobile bénéficie déjà d'une décision de non-opposition à déclaration préalable n° DP 033 303 21 F0017 en date du 28 janvier 2022 pour installer une antenne-relais de téléphonie mobile, sur un terrain situé au 1523 route du Château d'eau à Nérigean (cadastré AH 250) ; cette antenne-relais a été mise en service le 20 novembre 2023 ; le projet litigieux se situe à proximité de cette première antenne-relais ;

- aucun des moyens soulevés dans la requête n'est susceptible d'affecter la décision d'opposition d'un doute réel et sérieux quant à sa légalité ;

- à titre subsidiaire, la commune entend substituer au motif d'opposition initial un nouveau motif tiré de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme ;

Par un mémoire en réplique, enregistré le 20 décembre 2023, la société Free Mobile conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ; elle ajoute que les cartes produites en défense et issues du site de l'ARCEP ne sont pas de nature à remettre en cause la sincérité des cartes de couvertures qu'elle a, elle-même, produit à l'appui de sa requête ; en outre, la présence, à 2 km du projet, d'une station-relais sur le château d'eau ou d'autres stations-relais sur la commune ne démontre pas que le secteur concerné serait déjà couvert de façon suffisante ;

Vu :

- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 25 septembre 2023 sous le n° 2305262 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le mercredi 20 décembre 2023, à 14h30 :

- le rapport de M. Vaquero, juge des référés ;

- les observations de Me Candelier, substituant Me Martin, pour la société Free Mobile, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens ; elle précise que les cartes de couverture du territoire produites par la commune sont incomplètes et ne peuvent contredire celles produites à l'appui de sa requête ;

- et les observations de Me Jacquier, substituant Me Simon, pour la commune de Nérigean, qui maintient ses conclusions et moyens en défense ; elle précise que les cartes de couverture produites par la société Free Mobile ne prennent pas en compte l'antenne-relais mise en service en novembre 2023 ; elle précise encore que, même en l'absence de protection paysagère particulière, le secteur se caractérise par son harmonie et sa qualité identifiée dans le PLU mais également par l'absence de tout autre antenne à proximité ;

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé, le 22 mai 2023, une déclaration préalable pour l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé lieu-dit Grand Bos, sur la commune de Nérigean en Gironde. Par un arrêté du 25 juillet 2023, le maire de Nérigean a fait opposition à cette déclaration préalable. La société Free Mobile demande au juge de référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

Sur les moyens susceptibles de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 25 juillet 2023 :

3. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : "Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder un refus de permis de construire, une décision d'opposition à déclaration préalable ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

4. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour faire opposition à la déclaration préalable de la société Free Mobile, le maire de Nérigean a relevé au visa de l'article R. 111-27 précité, que " la parcelle concernée par le projet apparaît comme constituée d'arbres et arbustes de moyen développement ou jeunes. L'implantation du pylône de téléphonie mobile ne tient pas compte de la préservation du tampon végétal. A proximité dans les 500 m, se trouvent 3 constructions en co-visibilité, dont 2 à l'ouest, qui sont référencés au PLU comme présentant un intérêt patrimonial et architectural Le choix d'implantation de l'ouvrage au sein d'un espace paysager de qualité, la hauteur du pylône (36 m) qui en fait un élément technique émergent dans le paysage, les matériaux d'aspect industriel, le projet est en rupture avec les caractéristiques naturelles du site, de nature à nuire à l'harmonie et aux ambiances paysagères des lieux et altère la qualité du site et ses abords ".

5. Pour contester l'arrêté du 25 juillet 2023, la société requérante soutient, d'une part, que le motif d'opposition est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le maire devait fonder sa décision sur les seules dispositions de l'article A 11 du PLU, et d'autre part, que ce motif unique est entaché d'une erreur d'appréciation. En l'état de l'instruction, aucun de ces moyens n'apparaît de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motif présentée par la commune ni de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de la société Free Mobile aux fins de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées.

6. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être également rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nérigean, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Free Mobile au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette société une somme de 1 200 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Free Mobile est rejetée.

Article 2 : La société Free Mobile versera à la commune de Nérigean la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de Nérigean.

Fait à Bordeaux, le 21 décembre 2023.

Le juge des référés,La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

4

N°2306730

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