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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306818

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306818

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSAINT-MARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2023, complétée par des pièces enregistrées les 15 décembre 2023, 15 janvier 2024 et 2 mai 2024, ces dernières pièces n'ayant pas été communiquées, Mme B C, représentée par Me Saint-Martin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un certificat de résidence algérien, un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour d'une durée minimale de six mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous même condition d'astreinte et de lui remettre, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros hors taxes, soit 1 800 euros toutes taxes comprises sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Gironde n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation et de celle de sa fille.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est fondée sur un refus de séjour illégal et doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale et doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles modifiées ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabanne, présidente,

- et les observations de Me Saint-Martin pour Mme C.

Une note en délibéré a été enregistrée le 6 mai 2024 pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 24 avril 1977, est entrée sur le territoire français le 18 février 2018. Par un arrêté du 24 février 2020, le préfet de la Gironde l'a obligée à quitter le territoire français. Le 2 août 2022, Mme C a demandé un titre de séjour en tant que parent d'un enfant malade. Par un jugement du 14 juin 2023, le tribunal a annulé la décision par laquelle le préfet avait implicitement refusé de lui délivrer le titre demandé et lui a enjoint de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement. Par un arrêté du 3 novembre 2023, le préfet de la Gironde a explicitement refusé d'admettre Mme C au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme C a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2024. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur ses conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de cette aide.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un titre de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade.

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Gironde, se fondant sur un avis émis le 22 septembre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que si l'état de santé de la fille de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie. Il ressort des pièces du dossier que la jeune A, âgée de 15 ans, souffre d'un polyhandicap sévère en raison duquel elle ne peut ni marcher ni parler, souffre de dénutrition, d'une scoliose sévère et d'épilepsie. Il apparait qu'elle a subi une gastrostomie le 19 novembre 2019, une arthrodèse vertébrale en 2021 et une ostéotomie fémorale de varisation-férotation-raccourcissement, une ostéotomie supra-acétabulaire et une ténotome des adducteurs et du psoas droit subies au mois de février 2022. Une reprise chirurgicale du matériel d'arthrodèse en novembre 2023 a également été réalisée. Il ressort également de l'ensemble des documents, et en particulier des nombreux bilans médicaux, que les progrès constatés de l'enfant ont été permis par sa prise en charge globale et pluridisciplinaire avec suivi en neurologie, médecine physique et de réadaptation, gastroentérologie, ainsi que des séances de kinésithérapie motrice et un suivi de son appareillage. Or, la requérante produit un certificat médical rédigé par un neurochirurgien exerçant en Algérie qui indique qu'une prise en charge similaire n'est pas disponible dans ce pays. Dans ces conditions, la rupture du suivi thérapeutique de cette enfant, à qui la présence de sa mère à ses côtés est indispensable, ne pourra que nuire à son développement moteur et cognitif. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, la décision du préfet de la Gironde, en refusant le droit au séjour de Mme C est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

6. Il y a lieu par suite, d'annuler cette décision, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

8. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à Mme C, sous réserve d'un changement de circonstance de fait ou de droit, un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Saint-Martin, avocat de Mme C, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que Me Saint-Martin renonce à la perception de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 3 novembre 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme C un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Saint-Martin, avocat de Mme C, la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Gironde et à Me Saint-Martin.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

C. CABANNE

L'assesseur le plus ancien,

M. PINTURAULT

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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