Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023, Mme C... A... et M. D... A..., représentés par Me Caijeo, demandent au tribunal :
d’annuler la décision du 5 octobre 2023 par laquelle la présidente de la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS) a exclu définitivement leur fils de l’accueil de loisirs sans hébergement, ensemble la décision du 30 octobre 2023 rejetant leur recours gracieux ;
d’enjoindre à cette autorité de réintégrer leur fils au sein de cet accueil à compter de la notification du jugement à intervenir ;
de mettre à la charge de cette autorité une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la décision du 5 octobre 2023 est le fruit d’une procédure irrégulière dès lors qu’ils n’ont pas été convoqués à un entretien préalable à l’édiction des décisions attaquées et n’ont pas pu faire valoir leurs observations ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de deux erreurs de fait dès lors qu’il n’est pas établi que leur fils aurait, d’une part, déjà agressé sexuellement une usagère mineure du centre de loisirs et, d’autre part, réitéré cette agression le 4 octobre 2023 ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation et constitue une sanction disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS), représentée par la SELARL HMS Atlantique avocats, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que les requérants lui versent une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire est inopérant, la décision du 5 octobre 2023 ayant été édictée en urgence au sens de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 avril 2024, la clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 23 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport B... Clément Boutet-Hervez ;
- les conclusions de Mme Khéra Benzaïd rapporteure publique ;
- et les observations de Me Caijeo, représentant M. et Mme A..., et E..., représentant la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud.
Considérant ce qui suit :
A la suite d’un incident qui s’est déroulé le 4 octobre 2025 au sein du centre de loisirs de la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS), la présidente de cet établissement public, par décision du 5 octobre 2023, a exclu définitivement de l’accueil de loisirs sans hébergement le fils mineur B... et Mme A.... Le recours gracieux que ces derniers ont formé contre cette décision a été rejeté par une décision du 30 octobre 2023. Par la requête visée ci-dessus, M. et Mme A... demandent au tribunal d’annuler la décision du 5 octobre 2023 ainsi que celle du 30 octobre 2023 rejetant leur recours gracieux.
Pour exclure le fils des requérant du centre de loisir, la présidente de la COBAS s’est fondée sur le double motif tiré de ce qu’il avait touché le pantalon d’une autre enfant au niveau de son sexe le 4 octobre 2023 et commis un acte similaire précédemment lors d’un temps périscolaire.
Il ressort du rapport établi le jour de l’incident par les quatre agents du centre de loisirs chargés de la surveillance des enfants âgés de 4 à 6 ans que le fils des requérants a « eu un comportement inapproprié » envers une autre enfant en lui « touch[ant] la zone intime (…) au-dessus de son pantalon lors du temps calme proposé par les animatrices » et « a par la suite tenté de réitérer son action lors de la fin du temps calme, mais a été immédiatement stoppé par l’animatrice alertée par [l’enfant], qui gardait une vigilance accrue sur leurs interactions ». Ces faits sont relatés dans des termes similaires dans un rapport distinct établi par l’animatrice qui est intervenue directement pour réprimander le fils des requérants qui n’a pas contesté en être l’auteur. Enfin, les attestations établies par des proches des requérants, d’anciens membres de la crèche où leur fils était inscrit ainsi qu’une professeure d’équitation, lesquels étaient absents au moment des faits, ne sont pas de nature à remettre utilement en cause les faits qui fondent la mesure d’exclusion attaquée. Dans ces conditions, il est établi que le fils des requérants a touché le pantalon d’une autre enfant au niveau de son sexe le 4 octobre 2023.
En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que leur fils aurait commis de tels faits avant cette date. En se fondant également sur ce second motif pour prononcer l’exclusion litigieuse, la présidente de la COBAS a commis une erreur de fait. Il résulte de l’instruction que cette autorité n’aurait pas pris la même décision, laquelle est, compte tenu notamment de l’âge de l’usager, disproportionnée, si elle s’était fondée seulement sur le motif mentionné au point précédent. Par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, les requérants sont fondés à demander, pour ces motifs, l’annulation de la décision du 5 octobre 2023 par laquelle la présidente de la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS) a exclu définitivement leur fils de l’accueil de loisirs sans hébergement, ensemble la décision du 30 octobre 2023 rejetant leur recours gracieux.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique nécessairement, compte tenu de l’absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le fils des requérants soit réintégré au sein de l’accueil de loisirs sans hébergement dont il a été exclu sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d’enjoindre à la présidente de la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS) de procéder à cette réintégration dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS) une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C... A... et M. D... A... et non compris dans les dépens.
Sur les conclusions de la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS) tendant au bénéfice d’une somme à titre de frais de procès :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C... A... et M. D... A..., qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS) demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 5 octobre 2023 de la présidente de la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la présidente de la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud de réintégrer le fils des requérants au sein de l’accueil de loisirs sans hébergement dont il a été exclu dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement
Article 3 : La communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud versera aux requérants une somme de 1 500 au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A..., M. D... A..., et à la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS).
Délibéré après l'audience du 19 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme Glize, première conseillère
M. Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
Le rapporteur,
C. Boutet-Hervez
Le président,
D. Ferrari
La greffière,
A. Jameau
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.