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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400121

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400121

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARCEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler l'arrêté mettant fin à son détachement et à obtenir sa titularisation. Le tribunal a jugé que la requête était irrecevable pour défaut d'intérêt à agir, considérant que la décision attaquée ne lui faisait pas grief puisqu'elle avait déjà été réintégrée dans son corps d'origine militaire à sa propre demande. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la défense relatives au détachement et à la réintégration des militaires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 janvier 2024, 20 janvier 2025 et 14 octobre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le ministre des armées a mis fin à son détachement dans le corps des secrétaires administratifs du ministère des armées et l’a radiée des cadres de ce ministère à compter du 1er octobre 2023 ;

2°) d’enjoindre à cette autorité de la titulariser à effet au 1er décembre 2023 dans le corps des secrétaires administratifs de classe normale du ministère des armées, en prenant en compte son ancienneté militaire ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté est entaché d’un vice de procédure, à défaut de communication de son dossier individuel, notamment du rapport d’intégration du 11 septembre 2023, en méconnaissance de l’article 65 de la loi du 22 avril 1905, ainsi qu’en l’absence d’un entretien préalable ;
- il est entaché d’un second vice de procédure, dès lors que la composition de la commission nationale d’orientation et d’intégration (CNOI) a méconnu les dispositions des articles R. 4139-17 et R. 4139-21 du code de la défense ;
- il a méconnu le principe général de non-rétroactivité des actes administratifs ;
- il est entaché d’un détournement de pouvoir ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne ses compétences et sa valeur professionnelle.

Par des mémoires en défense enregistrés les 30 septembre et 26 novembre 2025, le ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Par une ordonnance du 27 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 16 janvier 2026.

Par deux courriers du 7 février 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible :
- de relever d'office l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt à agir de Mme A... à l'encontre d'une décision faisant droit à sa demande ;
- de relever d'office l'irrecevabilité de la requête dirigée contre une décision de son administration d'accueil ne faisant pas grief.

Une réponse à ce moyen d’ordre public, produite pour Mme A..., a été enregistrée le 19 février 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la défense ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Josserand,
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,
- et les observations de Me Marcel, représentant Mme A....


Considérant ce qui suit :

Mme B... A... est entrée en service au sein de l’armée de l’air le 16 avril 1999 en qualité de militaire technicien de l’air. Elle est adjudante depuis le 1er avril 2006. Par un arrêté du 7 octobre 2022, le ministre des armées (armée de l’air et de l’espace) l’a placée en détachement, sur le fondement de l’article L. 4139-2 du code de la défense, sur un poste de fonctionnaire civil, du 1er décembre 2022 au 30 novembre 2023, pour exercer les fonctions de conseiller en transition professionnelle auprès du ministre des armées, au sein de l’antenne Défense mobilité Sud-Ouest située à Mérignac. Par un arrêté du 16 novembre 2022, le ministre des armées (secrétariat général du ministère) l’a détachée dans le corps des secrétaires administratifs au grade de secrétaire administratif de classe normale à compter du 1er décembre suivant. Le 27 septembre 2023, la commission nationale d’orientation et d’intégration (CNOI) a prononcé un avis favorable à sa réintégration dans son administration d’origine. Le 29 septembre 2023, elle a demandé sa réintégration à compter du 1er octobre 2023. Par un arrêté du 18 octobre 2023, le ministre des armées (armée de l’air et de l’espace) a fait droit à cette demande. Par un arrêté du 9 novembre 2023, le ministre des armées (secrétariat général du ministère) a mis fin à son détachement et l’a radiée des cadres du ministère de la défense à compter du 1er octobre 2023. Par la présente requête, elle demande au tribunal d’annuler cette dernière décision.

Aux termes de l’article L. 4139-2 du code de la défense : « I.- Le militaire qui remplit les conditions de grade et d'ancienneté définies par décret en Conseil d'Etat peut, sur demande agréée par l'autorité compétente, être détaché dans un corps ou un cadre d'emplois de fonctionnaire civil relevant d'une administration de l'État (…). Le détachement est prononcé pour une période initiale renouvelable. / À l'issue de la période de détachement, le militaire peut être intégré dans le corps ou le cadre d'emplois d'accueil. (…) ». Aux termes de l’article L. 4139-4 de ce code : « (…) Le militaire non intégré ou non titularisé au titre des dispositions des articles L. 4139-1 à L. 4139-3 est réintégré, même en surnombre, dans son corps d'origine ou sa formation de rattachement ». Aux termes de l’article R. 4139-16 du même code : « (…) En cas d'acceptation, le militaire est mis à la disposition de l'administration ou de l'établissement public d'accueil pour effectuer un stage probatoire d'une durée de deux mois. Pendant cette période, il reste en position d'activité au sein des forces armées et des formations rattachées. Il conserve sa rémunération. Le militaire servant en vertu d'un contrat voit, le cas échéant, celui-ci prorogé pour la durée du stage probatoire. / S'il a donné satisfaction, le militaire est placé à l'issue du stage probatoire en position de détachement pour une durée initiale d'un an renouvelable, par décision conjointe du ministre de la défense, ou du ministre de l'intérieur pour les militaires de la gendarmerie nationale, et de l'autorité chargée de la gestion du corps d'accueil. (…) ». Aux termes de l’article R. 4139-17 : « Il peut être mis fin au détachement ou à la période de stage avant leur terme, à l'initiative du militaire ou de l'ancien militaire ou à la demande de l'administration, ou de l'établissement public d'accueil, après avis de la Commission nationale d'orientation et d'intégration, lequel est transmis au ministre de la défense (…) et à l'autorité chargée de la gestion du corps d'accueil. Le militaire est alors réintégré de plein droit dans son corps d'origine ou de rattachement, dans les conditions prévues à l'article L. 4139-4 ».

La décision du 9 novembre 2023 en litige, par laquelle le ministère des armées (secrétariat général), en tant qu’administration d’accueil du détachement de Mme A... au sein de l’antenne Défense mobilité Sud-Ouest, a « mis fin à la prise en compte » de son détachement et l’a radiée des cadres du ministère des armées, se borne à tirer les conséquences de l’arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le ministre des armées (armée de l’air et de l’espace), en tant qu’administration d’origine investie du pouvoir de nomination, l’a réintégrée, à sa demande, dans les cadres de l’armée de l’air et de l’espace et a mis fin à son détachement à compter du 1er octobre 2023. Dans ces conditions, cet arrêté ne fait pas grief et les conclusions dirigées à son encontre doivent, par suite, être rejetées comme irrecevables, de même, par conséquent, que les conclusions accessoires à fin d’injonction et relatives aux frais d’instance.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,
Mme Champenois, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.


Le rapporteur,





L. JOSSERANDLe président,





M. BOURGEOIS

La greffière,





L. SIXDENIERS


La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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