vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2400236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | DUMAZ ZAMORA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la présidente du tribunal administratif de Pau a transmis au tribunal la requête présentée par M. A B.
Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Pau, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 24 janvier 2024, M. B, représenté par Me Dumaz Zamora, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 4 août 2023 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, d'une part, et de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, d'autre part ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Dumaz Zamora, avocat de M. B, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* la requête est recevable, dès lors qu'il n'a eu connaissance de l'arrêté attaqué que le 21 décembre 2023 ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;
* le préfet s'est à tort cru en situation de compétence compte tenu du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
* la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas démontré que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait rejeté sa demande d'asile ;
* en raison de son état de santé, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, conformément aux dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
* la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
* la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en raison de la consultation irrégulière du fichier "traitement des antécédents judiciaires" par les services de la préfecture, dès lors, d'une part, que ce fichier ne pouvait être consulté que dans le cadre de l'instruction d'une demande de titre de séjour et, d'autre part, que le préfet n'a pas saisi les services de police ou du parquet, ce qui l'a privé d'une garantie ;
* l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
* la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'interdiction maximale de deux ans est disproportionnée, vu qu'il conteste avoir commis les faits délictueux mentionnés dans la décision et avoir fait l'objet de poursuites pénales, qu'il ne constitue pas ainsi une menace grave et actuelle à l'ordre public, qu'il ne s'est jamais soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il réside en France depuis plus d'un an ;
* le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
* la requête est irrecevable pour tardiveté ;
* les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. Naud, premier conseiller ;
* les observations de Me Cazau, représentant M. B, qui persiste dans ses précédentes écritures et soutient, en outre, que la décision attaquée lui a été notifiée à une adresse erronée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 26 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 24 mars 1980 et de nationalité géorgienne, est entré en France, selon ses déclarations, le 22 novembre 2022 et a présenté, le 5 décembre 2022, une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 avril 2023 dans le cadre de la procédure accélérée. Le préfet de la Gironde a pris un arrêté en date du 4 août 2023 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Par une décision du 23 décembre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence. Par une requête transmise au tribunal administratif de Bordeaux par la présidente du tribunal administratif de Pau par une ordonnance du 12 janvier 2024, M. B demande l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 4 août 2023.
2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / () ".
3. Le préfet de la Gironde fait valoir que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 août 2023 sont tardives. Il ressort des pièces du dossier que cette décision, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifiée à M. B le 20 septembre 2023, l'avis de réception postal portant la mention " Pli avisé et non réclamé ". Si le requérant prétend que l'arrêté attaqué lui aurait été notifié à une adresse erronée, " chez FTDA PADA, dom 18566, 250 avenue Émile Counord, 33000 Bordeaux ", alors qu'il ressort de l'extrait "TelemOfpra" que son adresse était en réalité " chez FTDA SPADA, dom n° 18566, 29 allée Serr, 33100 Bordeaux ", il s'avère, au vu de pièces librement consultables sur internet, que la structure de premier accueil de Bordeaux gérée par l'association France Terre d'Asile, où M. B bénéficiait d'une domiciliation postale, a déménagé au cours de l'été 2023 du 29 allée Serr au 250 avenue Émile Counord à Bordeaux, ce qui explique que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 avril 2023 ait été notifiée à la première adresse et l'arrêté préfectoral attaqué du 4 août 2023 à la seconde adresse, avec le même numéro de domiciliation. La notification était ainsi valable et a fait courir le délai de recours contentieux qui était de quinze jours conformément à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français étant prise à son encontre en application du 4° de l'article L. 611-1 du même code. Or, la requête de l'intéressé n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Pau que le 29 décembre 2023, soit postérieurement à l'expiration de ce délai de recours contentieux. La demande d'aide juridictionnelle n'a pas eu pour effet de proroger ce délai, compte tenu de sa date de présentation le 29 décembre 2023. Dès lors, la requête est irrecevable pour tardiveté. Par suite, elle doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024,
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026