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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401339

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401339

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCESSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2024, M. A C, représenté par Me Cesso, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Gironde pendant un délai de six mois sur sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse, reçue le 20 novembre 2022 et complétée le 16 mai 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il remplit toutes les conditions énoncées par les articles L. 434-2, L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier du regroupement familial au profit de son épouse ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- cette décision porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 4 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 4 mai 1995, de nationalité marocaine, a présenté, par courrier reçu en préfecture le 20 novembre 2022, une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme B. Une demande de pièces complémentaires lui a été adressée le 25 avril 2023, qu'il a satisfaite par un courrier reçu le 16 mai 2023 à la suite duquel il a reçu un accusé de réception de sa demande attestant de la complétude du dossier. Une décision implicite de rejet est née le 16 novembre 2023 du silence gardé par le préfet de la Gironde pendant un délai de six mois à compter de la réception de la demande complète de regroupement familial. M. C, qui a, en vain, formé contre cette décision un recours gracieux par courrier reçu le 11 décembre 2023, demande au tribunal d'annuler cette décision implicite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième () ". Aux termes de l'article R. 434-1 du même code : " L'étranger qui formule une demande de regroupement familial doit justifier de la possession d'un des documents de séjour suivants : () 3° Une carte de résident, d'une durée de dix ans ou à durée indéterminée () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ". Aux termes de l'article R. 434-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : () b) en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes (). / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. / Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C, titulaire d'une carte de résident d'une durée de dix ans, valable jusqu'au 28 août 2033, est marié depuis le 26 août 2022 avec Mme B, qui était âgée de plus de dix-huit ans à la date de la demande de regroupement familial. En outre, le requérant occupe un logement d'une surface de 38,83 m², supérieure à la surface minimale exigée de 24 m² pour un couple dont le logement se situe en zone B1. Par ailleurs, M. C, qui est gérant d'une société à responsabilité limitée, a déclaré auprès de l'administration fiscale avoir perçu des salaires de 20 000 euros par an en 2021 et 2022, donc supérieurs au salaire minimum de croissance net fixé en 2021 à 14 853,75 euros et en 2022 à 15 636,97 euros. Enfin, le préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans le cadre de la présente instance, ne conteste ni que le logement du requérant, qui produit son contrat de bail, remplit les conditions de salubrité et d'équipement mentionnées à l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le requérant, qui affirme séjourner en France depuis 2009, séjournait régulièrement en France depuis au moins 18 mois à la date de sa demande de regroupement familial, ni qu'il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil . Dans ces circonstances, M. C est fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse et que le préfet a, par suite, méconnu les dispositions citées au point 2. Il en résulte que la décision litigieuse doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu dans le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde d'accorder à M. C l'autorisation de regroupement familial qu'il sollicite au bénéfice de son épouse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Gironde pendant un délai de six mois sur la demande de regroupement familial présentée par M. C au bénéfice de son épouse, reçue le 20 novembre 2022 et complétée le 16 mai 2023, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde d'accorder à M. C l'autorisation de regroupement familial qu'il sollicite au bénéfice de son épouse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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