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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401405

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401405

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPARDOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2024, M. D B, représenté par Me Pardoe, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de refus de séjour prise à son encontre par le préfet de la Gironde le 30 octobre 2023 ;

2°) d'annuler la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet de la Gironde le 30 octobre 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision, et ce sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

4°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente en l'absence de preuve de l'empêchement des personnes précédant le signataire de l'acte dans la chaîne des délégations de signature ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu'il fournit la preuve du caractère réel et continu de sa résidence en France depuis son arrivée en septembre 2010 que les mesures d'éloignement prises à son encontre n'ont pas pour effet d'interrompre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est en France depuis plus de dix ans, qu'il y a le centre de ses attaches familiales et qu'il y est inséré professionnellement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 22 mars 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience :

- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure,

- et les conclusions de Mme C, rapporteure-publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant srilankais né le 25 juillet 1985, est entré en France le 10 septembre 2010 selon ses déclarations. Le 26 avril 2012 et le 15 février 2016, il a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français, confirmées par le tribunal administratif de Bordeaux par jugements des 20 septembre 2012 et 2 mars 2017. Par courrier du 3 avril 2023, reçu le 27 avril 2023, M. B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 octobre 2023, le préfet de la Gironde a refusé sa demande de titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de ces deux décisions dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. M. B, qui déclare être entré en France le 10 septembre 2010, soutient s'y être maintenu depuis et indique y avoir fondé sa famille. Il justifie à cet égard de son mariage célébré à Bordeaux le 31 mars 2014 avec une compatriote et de la naissance de son fils le 1er février 2018 lequel est scolarisé depuis septembre 2021. Pour justifier de sa présence sur le territoire français au titre des années 2013 à 2023, le requérant produit des pièces variées et nominatives, constituées notamment d'avis d'impôts sur le revenu, de relevés de son livret A comportant des mouvements sur l'ensemble de la période, d'attestations de droits de la caisse primaire d'assurance maladie et/ou de sa carte d'aide médicale d'Etat à compter de juillet 2013, ainsi que de nombreuses factures EDF portant sur l'ensemble de ces années et, pour certaines années, des pièces médicales telles que des ordonnances, certificats de vaccination contre la Covid 19 et des fiches de paye. Il établit notamment avoir conclu un contrat à durée indéterminée le 1er mars 2022 en qualité de commis de cuisine avec une société qui a sollicité à son bénéficie une autorisation le 7 février 2023 et il justifie de fiches de paie jusqu'à la date de l'arrêté attaqué. L'ensemble de ces pièces, qui sont toutes au nom de M. B et indiquent une adresse à Bordeaux, d'abord en PRADA, 48 rue des treuils, puis à l'association " La CIMADE " rue du commandant A et, depuis janvier 2018, 12 rue Despin, forment un tout cohérent et suffisant pour établir sa résidence habituelle sur le territoire français au cours de la période considérée. Ainsi, et en dépit d'obligations de quitter le territoire dont il a fait l'objet en 2012 et 2016, ces éléments, sont suffisants pour établir sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date à laquelle la décision attaquée a été prise. Il incombait en conséquence au préfet de la Gironde en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1, de saisir la commission du titre de séjour pour avis sur la demande de titre de l'intéressé. Il est constant que cette formalité, qui constitue une garantie pour M. B, n'a pas été accomplie. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision en date du 30 octobre 2023 lui refusant un titre de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français, a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à en demander pour ce motif l'annulation.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que le préfet de la Gironde procède au réexamen de la situation administrative du requérant en saisissant la commission du titre de séjour. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Gironde d'y procéder sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 6 février 2024. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pardoe, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pardoe d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 octobre 2023 du préfet de la Gironde est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pardoe une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Pardoe et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente rapporteure,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Jaouën, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La première assesseure,

C. DE GÉLASLa présidente-rapporteure,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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