jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | FOUCARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 avril 2024, complétée par des pièces enregistrées le 8 avril 2024, le préfet de la Gironde demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion de Mme C A, ainsi que ses deux enfants, du logement qu'ils occupent de manière irrégulière ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux passé un délai de huit jours suivant l'ordonnance à intervenir ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au centre d'accueil, d'information et d'orientation aux fins de vider les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des actuels occupants, à défaut pour ces derniers de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour connaître d'une demande d'injonction d'expulsion des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile irrégulièrement occupés ;
- la requête est recevable, en vertu de l'article L. 552-15 du même code, dès lors qu'il appartient à l'autorité préfectorale de prendre les mesures nécessaires pour faire libérer sous la contrainte les lieux d'accueil pour demandeurs d'asile quand ils sont occupés sans titre ;
- de nationalité sénégalaise, Mme A a été accueillie dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile avec ses deux enfants le temps de l'instruction de sa demande d'asile ; par une décision de l'OFPRA du 31 mai 2022, elle a obtenu le statut de réfugié ; elle a refusé de manière illégitime une proposition d'orientation vers un logement social et s'est maintenue dans l'hébergement pour demandeurs d'asile qui leur avait été alloué, en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux notifiée le 2 février 2024 ;
- la libération des lieux par Mme A répond à une urgence dès lors qu'elle s'y est maintenue en dépit d'une proposition de logement social qu'elle refusé de manière illégitime et que cela compromet le fonctionnement normal du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile ; les pouvoirs publics disposent, dans le département de la Gironde, de 1 151 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile et de 781 places d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, alors qu'au 1er mars 2024, 3996 demandeurs d'asile sont recensés comme non hébergés dans ces dispositifs, dont 21 familles avec enfants mineurs, 5 couples sans enfants et 33 personnes isolées considérées comme vulnérables ; en l'absence de droit au maintien des intéressés dans l'hébergement qu'ils occupent, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;
- le refus illégitime de Mme A d'accepter la proposition de logement qui lui a été faite constitue un manquement grave au règlement du lieu d'hébergement au sens de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 avril 2024, Mme C A, représentée par Me Foucard, conclut au rejet de la requête et demande au juge des référés, à titre subsidiaire et reconventionnel, de lui accorder un délai de douze mois pour quitter les lieux et, en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à Me Foucard, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable eu égard à l'absence de décision notifiée dans les formes régulières et à l'absence d'un accompagnement personnalisé prévu par l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles ;
- il existe une contestation sérieuse dès lors que, contrairement à ce que prétend l'administration, aucune proposition de logement ne lui a été faite ;
- la requête ne répond pas aux conditions d'urgence et d'utilité ; elle est mère d'enfants scolarisés ;
- un délai de douze mois doit lui être accordé pour quitter les lieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, le 16 avril 2024 à 14h00, en présence de Mme Gioffré, greffière :
- le rapport de M. Katz, juge des référés ;
- les observations de Mme B, représentant le préfet de la Gironde, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Foucard, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
2. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'une personne commettant des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête du préfet :
3. Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions du code de l'action sociale et des familles pour faire échec à la demande du préfet de la Gironde fondée sur les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à la requête doit être rejetée.
Sur la demande d'expulsion présentée par le préfet :
4. Mme A, ressortissante sénégalaise, a été admise avec ses deux enfants au sein d'un hébergement pour demandeurs d'asile. Elle a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 mai 2022. Elle s'est maintenue dans l'hébergement pour demandeurs d'asile qui lui avait été attribué, en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux, notifiée le 2 février 2024, qui lui a été adressé par le préfet de la Gironde à la suite d'un refus de proposition d'orientation vers un logement social.
5. Il résulte de l'instruction, notamment des courriels versés au dossier par le préfet de la Gironde, qui ne sont contredits par aucune pièce versée par Mme A, que cette dernière a refusé une proposition de logement social de type T4, dont il n'est pas établi qu'à la date à laquelle cette proposition lui a été faite, ce logement n'était pas adapté à sa situation familiale en termes de superficie, de loyer et de contribution mensuelle. En refusant sans motif légitime cette proposition de logement, Mme A a commis un manquement grave au règlement de fonctionnement du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile qui les accueille. Par suite, elle entre dans le champ d'application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La mesure d'expulsion sollicitée par le préfet ne se heurte donc, à l'égard du droit d'asile, à aucune contestation sérieuse.
6. Il résulte de l'instruction que, dans le département de la Gironde, les pouvoirs publics disposent de 1 151 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile et de 781 places d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, alors qu'au 1er mars 2024, 3996 demandeurs d'asile sont recensés comme non hébergés dans ces dispositifs, dont 21 familles avec enfants mineurs, 5 couples sans enfants et 33 personnes isolées considérées comme vulnérables. Si Mme A fait valoir qu'elle a des enfants scolarisés, cette circonstance ne remet pas en cause les caractères d'urgence et d'utilité attachés à la nécessité de libérer l'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent, compte tenu des besoins d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Gironde, de la situation de tension que connaît ce dispositif et de la nécessité de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Gironde est fondé à demander à ce que le juge des référés ordonne l'expulsion de Mme A et de ses enfants de l'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent et ce, avec le concours de la force publique si les lieux ne sont pas libérés dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, ainsi que le demande le préfet, avec autorisation de faire évacuer les biens meubles se trouvant éventuellement dans le logement aux frais et risques des intéressés.
Sur les conclusions présentées par Mme A tendant à ce qu'un délai de douze mois lui soit accordé pour quitter les lieux :
8. Pour les raisons tenant à l'urgence, qui ont été énoncées au point 6, les conclusions de Mme A tendant à ce qu'un délai de douze mois lui soit accordé pour quitter les lieux doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les conclusions tendant à ce que Me Foucard perçoive de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme A de quitter l'hébergement d'urgence qu'elle occupe avec ses enfants. A défaut d'exécution de cette injonction dans un délai de huit jours, le préfet de la Gironde pourra recourir à la force publique pour y faire procéder et faire vider les lieux de tous biens meubles aux frais et risques de Mme A.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Gironde, à Mme C A et à Me Foucard.
Fait à Bordeaux, le 18 avril 2024.
Le juge des référés,
D. Katz
La greffière,
C. Gioffré La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance
Pour expédition conforme,
La greffière, 3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026