vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403295 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHAMBERLAND-POULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et enregistrée le 23 mai, un mémoire et une pièce complémentaire enregistrés le 1er juillet 2024, M. C A, représenté par Me Chamberland-Poulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour et d'effacer l'inscription figurant au système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer dans un délai d'une semaine et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :
- le signataire ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;
- la décision n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a méconnu le principe général du droit d'être entendu résultant de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
- elle n'a pas statué expressément sur le droit au séjour de l'intéressé ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et porte atteinte à sa vie privée et familiale telle qu'elle est protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie d'exception des décisions précédentes ;
- son signataire ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a méconnu le principe général du droit d'être entendu résultant de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du même code et est entachée d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
- la décision est illégale par voie d'exception des décisions précédentes ;
- son signataire ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a méconnu le principe général du droit d'être entendu résultant de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
- elle est entachée des mêmes vices que relevés dans les moyens de légalité interne précédents.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est illégale par voie d'exception des décisions précédentes ;
- son signataire ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a méconnu le principe général du droit d'être entendu résultant de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur d'appréciation des circonstances humanitaires dont il justifie ;
- sa durée est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 6 août 2024.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Josserand,
- et les observations de Me Choplin, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant marocain détenu au centre de détention d'Eysses, déclare être entré en France en 2018. Le 28 février 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 août 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, le préfet de Lot-et-Garonne a consenti à M. Florent Farge, secrétaire général, une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, et notamment la délivrance et le refus des titres de séjour et les décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes de l'arrêté contesté, que le préfet a procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation individuelle de M. A.
En ce qui concerne le refus de séjour :
5. En premier lieu, il résulte de la combinaison des article R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le silence gardé par l'autorité compétente pendant un délai de quatre mois après l'enregistrement de sa demande du 28 février 2023 a fait naître une décision implicite de rejet, dont les motifs sont rappelés dans l'arrêté litigieux. Par suite, le requérant ne saurait utilement soutenir que cet arrêté ne statue pas sur sa demande de titre.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Par suite, alors, au demeurant, que l'arrêté attaqué indique les motifs ayant fondé ce rejet, le moyen tiré de son insuffisante motivation est inopérant et doit être écarté.
7. En troisième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Cette droite comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'applique non aux États membres mais aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par ailleurs, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A aurait été privée du droit d'être entendu, qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Aux termes des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquelles : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". L'autorité administrative ne peut, dans ce cadre, opposer un refus à une telle demande ou retirer la carte dont un étranger est titulaire qu'au regard d'un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Il appartient ainsi à cette autorité d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de faire droit à une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou retirer une carte de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par le tribunal correctionnel près le tribunal judiciaire d'Agen à une peine de 36 mois d'emprisonnement pour des actes de violence suivis de mutilation ou infirmité permanente, commis dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2023. Il est également défavorablement connu des forces de police pour des faits de vol aggravé par trois circonstance, commis le 25 juin 2019. D'autre part, si M. A entend se prévaloir de la durée de sa présence en France, où il est arrivé en 2018 à l'âge de seize ans et où résident deux de ses frères ainsi que de son souhait de poursuivre ses études, il ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il aurait conservés avec les membres de sa fratrie alors que sa mère, ainsi qu'un frère et une sœur, résident encore au Maroc, où il a vécu jusqu'à ses seize ans. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, eu égard en particulier à la gravité et au caractère récent des délits qu'il a ainsi commis, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. En outre et au vu des mêmes éléments, compte tenu en particulier de la menace que représente M. A pour l'ordre public, la décision lui refusant le séjour n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
11. En cinquième lieu, le préfet s'étant fondé à bon droit, pour refuser de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, sur la réserve d'ordre public prévue par l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du même code doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est, par les moyens qu'il invoque, pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant implicitement le séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
14. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de Lot-et-Garonne, après avoir indiqué que le requérant n'avait pas droit au séjour, s'est fondé sur les dispositions des troisième et cinquième alinéas de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces circonstances de droit et de fait, et notamment l'appréciation de la vie privée et familiale de l'intéressé au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont suffisamment développées pour avoir mis utilement ce dernier en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
15. En troisième lieu, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise à la suite d'un refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement de cette décision de refus. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, dès lors que M. A a pu présenter ses observations dans le cadre de sa demande de séjour, ainsi que dit au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
16. En quatrième lieu, pour les motifs indiqués au point 10, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est, par les moyens qu'il invoque, pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
18. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ".
19. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes de la décision, qu'après avoir visé les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a indiqué qu'il refusait à M. A le bénéfice d'un délai de départ volontaire au motif que son comportement représente une menace grave pour l'ordre public. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.
20. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
21. En cinquième lieu, compte-tenu de ce qui a été indiqué au point 10, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 9 en estimant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est, par les moyens qu'il invoque, pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
23. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'arrêté attaqué, que le préfet a indiqué avec suffisamment de précision les motifs fondant la décision désignant le pays de renvoi.
24. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
25. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est, par les moyens qu'il invoque, pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
26. En deuxième lieu, pour les motifs indiqués au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
27. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
28. D'une part, l'arrêté attaqué comporte les motifs de droit et de fait qui fondent la décision lui faisant interdiction de revenir sur le territoire au regard, en particulier, des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
29. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour et sans s'insérer convenablement dans la société française, représente, ainsi que dit au point 10, une menace grave et actuelle pour l'ordre public. Dans ces conditions, et quand bien même l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il n'aurait pas exécuté, le préfet a pu, sans erreur d'appréciation ni porter une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de ce dernier, lui interdire de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les autres conclusions :
31. En premier lieu, compte-tenu de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
32. En second lieu, l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Chamberland-Poulin et au préfet de Lot-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Jaouen, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
Le rapporteur,
L. JOSSERANDLe président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026