mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2404080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre des référés |
| Avocat requérant | SCP BLAZY ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin et le 21 août 2024, M. C A, représenté par Me Blazy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de 3 ans.
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision d'obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur une obligation de quitter le territoire illégale et doit être annulée par voie de conséquence ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Faby pour M. A, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 juin 2024 le préfet de la Gironde a obligé M. A, ressortissant tunisien né le 14 mai 1994, à quitter le territoire français sans délai. Il a également fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant trois ans. Par une requête enregistrée le 30 juin 2024, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, la requête présentée par M. A contenait exclusivement des moyens relatifs à la légalité interne de l'arrêté attaqué. Si, dans un mémoire enregistré le 21 août 2024, M. A a soulevé un moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué, ce moyen, relatif à la légalité externe de l'arrêté attaqué, qui a été soulevé pour la première fois postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, relève d'une cause juridique distincte et n'est pas d'ordre public. Il est par suite irrecevable.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire en 2018 et a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire le 14 décembre 2019 car il ne justifiait pas d'être entré régulièrement sur le territoire et s'y maintenait sans avoir déposé de demande titre de séjour. S'il soutient avoir exécuté cette première décision d'obligation quitter le territoire et être revenu en France en 2021, les éléments qu'il produit, un ticket de bus, sont insuffisants à établir la réalité de ses allégations. En dépit de cette première obligation de quitter le territoire qu'il aurait exécuté, il n'a pas plus demandé de titre de séjour et se maintient donc sur le territoire depuis plus de trois ans, en situation irrégulière. Ainsi, en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu ces dispositions et ce moyen doit, dès lors, être écartés.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, arrivé en France à une date indéterminée, s'y maintient en situation irrégulière en dépit d'une première mesure d'éloignement prise à son encontre, qu'il n'a pas exécutée. Si M. A soutient avoir fait une demande de titre de séjour, cette demande est postérieure à la décision attaquée. Par ailleurs, M. A, qui est célibataire et sans charge de famille en France ne démontre pas avoir tissé des liens personnels d'une particulière intensité sur le territoire national en se bornant à soutenir qu'il est particulièrement bien intégré, notamment grâce à son travail. Par suite, et même si M. A se prévaut de son insertion professionnelle, par la production notamment d'un contrat de travail à durée indéterminée conclut le 4 novembre 2021 avec la société La Suite Pyla et de plusieurs bulletins de paie, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et ce moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire ayant été écartés, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur une décision illégale et à en demander l'annulation par voie de conséquence.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
8. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour fonder la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet de la Gironde a estimé que le requérant est entré et se maintien irrégulièrement sur le territoire français depuis une date interminée, qu'il est sans domicile fixe et sans ressource légale sur le territoire, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence contre personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité et dégradation de bien en 2019. Toutefois, alors qu'il n'apparait pas, à la lecture de la décision que le requérant aurait fait l'objet d'une condamnation, les faits invoqués contre lui sont anciens et isolés. Ainsi, si la mesure d'interdiction de retour sur le territoire est justifiée dans son principe, elle apparaît cependant disproportionnée dans sa durée. La décision est entachée d'une erreur d'appréciation et doit, pour ce motif, être annulée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 28 juin 2024 doit être annulé seulement en tant qu'il interdit à M. A le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement, qui n'annule que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A n'implique aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme au titre des frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : La décision du 28 juin 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.
Le président du tribunal,
G. B
La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026