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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2404319

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404319

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP GRAVELLIER - LIEF - DE LAGAUSIE - RODRIGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2024, M. L H, mandataire judiciaire à la protection des majeurs, agissant au nom et pour le compte de M. K J, représenté par Me Rodrigues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2024 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) de statuer ce que de droit quant aux dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

M. J a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les observations de M. B, représentant le préfet de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. M. J, ressortissant marocain né le 17 avril 1991, est entré irrégulièrement en France le 19 août 2021. Il a sollicité, le 27 juillet 2023, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 mars 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164, donné délégation à Mme G E, adjointe au bureau de l'admission au séjour des étrangers et signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A D et de Mme I C. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté daté du 15 mars 2024 doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () "

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Dans un avis du 22 décembre 2023, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. J nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque.

6. Pour contredire l'analyse apportée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, l'intéressé soutient qu'il souffre de graves problèmes de santé ayant conduit à son placement sous tutelle, qu'il lui est impossible d'exercer une activité professionnelle du fait de son handicap, qu'il est hospitalisé pendant toute la semaine et hébergé chez son frère le week-end. Il précise qu'au Maroc, ses parents, souffrant eux aussi de graves problèmes de santé ne seront pas en mesure d'accueillir leurs fils et qu'un retour dans son pays d'origine signifierait une interruption inévitable des soins et entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à contester l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, en outre le requérant n'apporte aucune pièce permettant de remettre en cause l'avis de ce collège. Par suite, M. J n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Gironde n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. J n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2024.

Sur les autres conclusions de la requête :

8. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. J, ses conclusions relatives aux dépens doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. J est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K J et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024 où siégeaient :

- M. Dominique Ferrari, président,

- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,

- Mme Khéra Benzaïd, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le président-rapporteur

D. F

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

E. Wohlschlegel

Le greffier,

Y. Jameau

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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