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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407395

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407395

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 novembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié sa sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte attaqué est incompétent ;

- le directeur du lieu d'hébergement n'a pas été consulté préalablement à l'édiction de la décision contestée, en méconnaissance de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la procédure contradictoire prévue par les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été mise en œuvre préalablement à l'édiction de la décision attaquée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il n'est pas coupable des faits reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique à laquelle le directeur général de l'OFII n'était ni présent, ni représenté :

- le rapport de Mme Gay, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lanne représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 17 août 1985, ressortissant ivoirien, qui déclare être entré irrégulièrement en France le 15 octobre 2023, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 9 novembre 2023 et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 22 novembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié sa sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 552-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les personnes morales chargées de la gestion des lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 sont tenues de déclarer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le cadre du traitement automatisé de données, les places disponibles dans les lieux d'hébergement. Ces personnes morales sont tenues d'alerter l'autorité administrative compétente en cas d'absence injustifiée et prolongée des personnes qui y ont été orientées pour la durée de la procédure et en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ". Et aux termes de l'article L. 552-14 de ce code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants :1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; /2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; /3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; /4° Il a dissimulé ses ressources financières ; /5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; /6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / Un décret en Conseil d'État prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". Enfin, aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il est constant que, préalablement à la prise d'effet de la décision notifiant la sortie de l'hébergement pour demandeur d'asile, la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées n'a pas été mise en œuvre, ce qui a été de nature à priver le requérant d'une garantie, d'autant plus qu'il conteste les faits tel que retranscrit dans le signalement effectué par la structure d'hébergement. Si l'OFII se prévaut de l'urgence qu'il y avait à éloigner le requérant compte tenu des violences qui lui sont imputées, il ressort toutefois des pièces du dossier que la compagne de M. A, Mme B D a demandé le 15 juillet 2024 à être séparée de son compagnon et qu'elle a été prise en charge et relogée au PRAHDA de Mérignac aéroport depuis début août 2024. Par ailleurs, il résulte du procès-verbal du 25 octobre 2024, Mme D a déposé plainte contre M. A dans laquelle elle fait état de violences verbales alors que le couple résidait au centre d'accueil pour demandeurs d'asile à Bègles puis de violences physiques, sexuelles et psychologiques entre mai et juillet 2024 alors que M. A et Mme D résidaient ensemble au PRAHDA ADOMA Bordeaux Est Artigues et enfin de menaces proférées par M. A ultérieurement sur Bordeaux. Il est constant que, par un courrier du 30 octobre 2024, l'association ADOMA a informé l'OFII des violences conjugales dont Mme D était victime. Compte-tenu de ces éléments, l'OFII ne démontre pas l'existence d'une situation d'urgence à la date de la décision contestée le 22 novembre 2024 de nature à le dispenser de l'accomplissement des formalités prévues par les dispositions citées aux points 4 et 5, en particulier l'organisation d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, le requérant est fondé à se prévaloir d'un vice de procédure qui l'a privé d'une garantie, et qui constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision contestée.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 22 novembre 2024 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le lieu d'hébergement, le présent jugement implique seulement au sens de l'article L. 911-2 du code de justice administrative que le directeur territorial de l'OFII réexamine la situation de M. A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de justice :

10. Sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lanne, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Lanne de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 22 novembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à M. A sa sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Bordeaux procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lanne renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à Me Lanne, avocat de M. A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Lanne et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La magistrate désignée,

N. Gay La greffière,

C. Gioffré

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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