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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2501505

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2501505

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2501505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTHIAM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux annule la décision implicite du préfet de la Gironde refusant un titre de séjour à Mme A..., ressortissante sénégalaise. Le tribunal retient que le préfet a méconnu son obligation de motivation en ne communiquant pas les motifs de ce refus, en violation des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. Il enjoint au préfet de réexaminer la demande de Mme A... dans un délai de deux mois et de lui délivrer un récépissé dans l’attente. L’État est condamné à verser 1 200 euros à la requérante au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mars 2025, Mme B... A..., représentée par Me Thiam, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié », dans le délai d’un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 8 jours ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- sa demande de communication des motifs de la décision attaquée est restée sans réponse ;
- le préfet n’a pas procédé à l’examen de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde qui n’a pas produit d’observations.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Roussel Cera, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., de nationalité sénégalaise, demande l’annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :


2. D’une part, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois (…) ».


3. D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (…) ». Et aux termes de l’article L. 232-4 de ce code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».


4. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 31 janvier 2024, reçu en préfecture le 9 février 2024, Mme A... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « salarié ». Le silence gardé par le préfet de la Gironde sur cette demande pendant 4 mois a fait naître une décision implicite de rejet. Il ressort encore des pièces du dossier que Mme A... a demandé, par courrier du 12 décembre 2024, reçu en préfecture le 16 décembre, la communication des motifs de la décision implicite attaquée. La requérante soutient, sans être contredite par le préfet qui n’a pas produit de mémoire en défense, que l’administration ne lui a pas communiqué ces motifs. Par suite, le préfet a méconnu l’obligation de motivation imposée par les dispositions citées au point précédent.


5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision attaquée.



Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :


6. Eu égard au motif d’annulation retenu, et après examen des autres moyens de la requête, l’exécution du présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint au préfet de la Gironde de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme A..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l’attente et sans délai, un récépissé.



Sur les frais liés au litige :


7. Mme A... n’a pas demandé le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme A... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de Mme A... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer sans délai à l’intéressée un récépissé.

Article 3 : L’Etat versera à Mme A... une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de la Gironde.






Délibéré après l'audience du 3 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cécile Cabanne, présidente,
M. Romain Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Aurélie Lahitte, première conseillère,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.


Le rapporteur,

R. ROUSSEL CERA

La présidente,

C. CABANNE

La greffière





H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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