lundi 2 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2503325 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 21 mai et 2 juin 2025, M. H E, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2025 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2025 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ainsi que de mettre fin sans délai à son signalement au système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été signé par une autorité incompétente
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
- elles méconnaissent l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Lanne, représentant M. E qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. H E, ressortissant algérien né le 25 juin 1987, est entré en France, selon ses déclarations, le 20 octobre 2023. Il demande l'annulation des arrêtés du 15 mai 2025 par lesquels le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire des arrêtés attaqués :
3. Le préfet de la Gironde a, par arrêté du 30 septembre 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Gironde n°33-2024-216, donné délégation à M. D A, chef de la section éloignement et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, notamment, toutes décisions prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B G, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'ordre public, dont il n'est ni établi ni allégué qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée. Dès lors, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des arrêtés en litige doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ".
5. La décision attaquée mentionne que le requérant est entré en France en octobre 2023 et s'y est maintenu au-delà de la durée de validité de son visa valable du 2 octobre 2023 au 23 octobre 2023 sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré. Il mentionne que le requérant ne remplit aucune condition pour résider en France et ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Le préfet précise que l'épouse du requérant réside en France et qu'elle est mère d'un enfant mineur né d'une précédente union. Il précise également que l'ensemble de sa famille hormis son frère réside en Algérie. Enfin, le préfet indique que le requérant n'a fait état d'aucun élément permettant d'établir qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants au cas de retour en Algérie. Ainsi, la décision était suffisamment motivée et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant et à la vérification de son droit au séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France muni d'un visa courte durée délivré par les autorités grecques qui ne lui donnait aucun droit de s'établir en France. A cet égard, il se maintient depuis son entrée en France en situation irrégulière. S'il soutient qu'il est marié avec Mme C, également ressortissante algérienne depuis le 15 juin 2024, il n'apporte pas d'élément suffisant permettant d'établir une relation ancienne et stable avec son épouse et il a en outre été interpellé le 14 mai 2025 pour avoir commis des faits de violence sur celle-ci. Par ailleurs, à l'exception d'un de ses frères, l'ensemble de sa famille réside en Algérie, pays dont il a la nationalité et dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, il n'est pas établi par les pièces produites que le requérant participerait à l'entretien et à l'éducation de l'enfant de sa compagne. Par suite, le préfet de la Gironde n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de la Gironde n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Selon l'article 16 de la même convention : " 1 Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2 L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".
9. D'une part, il est constant que M. E n'a pas d'enfant. D'autre part, s'il soutient que depuis le mariage avec son épouse en 2024 il a développé une relation forte avec la fille de cette dernière, il ne dispose pas de l'autorité parentale à son égard et ainsi qu'il a été dit précédemment il ne démontre pas contribuer à son entretien et à son éducation. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, si M. E n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il se maintient de façon irrégulière en France et les attaches familiales dont il se prévaut sont récentes et peu circonstanciées. Ainsi, M. E, n'est pas fondé à soutenir qu'en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans, le préfet de la Gironde aurait, eu égard à la durée de cette interdiction, commis une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
13. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. E fait l'objet d'un arrêté du 15 mai 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai. Il entrait donc dans le champ du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non dans celui de l'article L. 731-3 du même code, lequel s'applique à l'initiative non de l'administration, mais de l'étranger qui fait valoir auprès d'elle qu'il est dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou qu'il ne peut regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays. M. E ne fait d'ailleurs valoir aucun élément en ce sens. La mention dans l'arrêté attaqué selon laquelle M. E " ne peut dans l'immédiat ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans un autre pays ", si elle peut prêter à confusion, est toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, qui a pu être légalement pris sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 15 mai 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H E, à Me Lanne et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2025.
Le magistrat désigné,
D. F
La greffière,
L. Perochon
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026