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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2504067

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2504067

mardi 10 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2504067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGALLO RONALD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux rejette la requête de Mme B... F... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF) et l'interdiction de retour de trois ans. La juridiction écarte les moyens d'incompétence et de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, considérant que les antécédents judiciaires de la requérante justifient la mesure au regard de l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2025, Mme B... F..., représentée par Me Gallo, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 22 mai 2025 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et lui interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de son auteur n’est pas établie ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la compétence de son auteur n’est pas établie ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Brouard-Lucas a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

1. Mme B... F..., ressortissante serbe, demande l’annulation de l’arrêté du 22 mai 2025, par lequel le préfet de la Gironde l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant trois ans.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne l’arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. D... A..., chef de section « éloignement » et signataire de l’arrêté en litige, à l’effet de signer, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme C... E..., toutes décisions prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (parties législatives et règlementaire) du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit s’asile. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

4. Si Mme F... se prévaut d’un séjour en France depuis 5 ans, de la présence de son concubin et d’un enfant mineur scolarisé, elle n’apporte aucun élément de nature à en justifier. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu’elle a été interpellée le 22 mai 2025 par les services de police bordelais pour vol par ruse effraction ou escalade dans un local d'habitation aggravé par une autre circonstance et qu'elle est défavorablement connue des services de police sous différentes identités pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt commis en février et mars 2019, vol à la tire et utilisation frauduleuse d'un moyen de paiement nominatif en France et captation des données en France en février 2019 et conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance en 2024. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n’a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n’a, par suite, pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (…) ».

6. Il résulte de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d’une interdiction de retour lorsque l’étranger fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et la menace à l’ordre public. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, cette circonstance n’est pas retenue au nombre des motifs justifiant la durée de l’interdiction, l’autorité administrative n’est pas tenue, sous peine d’irrégularité, de le préciser expressément.

7. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre la décision attaquée, le préfet, après avoir visé l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s’est fondé sur les circonstances que, bien qu’elle n’ait pas fait l’objet d’une précédente décision d’éloignement, Mme F... ne peut justifier de sa date d’entrée en France, qu’elle est sans domicile et dépourvue de ressources, qu’elle ne justifie pas de l’intensité et de l’ancienneté de ses liens en France, qu’elle a été interpellée le 22 mai 2025 pour des faits de vol et qu’elle est défavorablement connue des services de police. Par suite, cette décision satisfait à l’exigence de motivation prescrite par les dispositions précitées de L.613-2 du même code.

8. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, la décision portant interdiction de retour n’est pas intervenue en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme F... doit être rejetée.



D É C I D E :


Article 1er : La requête de Mme F... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... F... et au préfet de la Gironde.


Délibéré après l'audience du 24 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Brouard-Lucas, présidente-rapporteure,
Mme Caste, première conseillère.
M. Fernandez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2026.


L’assesseure la plus ancienne,

F. CASTE
La présidente,

C. BROUARD-LUCAS

La greffière,

S. CASTAIN



La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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