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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2505772

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2505772

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2505772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJOUTEAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A... C... visant à annuler l'arrêté préfectoral du 17 avril 2025 refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire et lui enjoignant de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur de fait en relevant l'absence de preuve d'une résidence continue en France depuis 2016, condition nécessaire pour bénéficier des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les autres moyens, notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont également été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 28 août et 27 octobre 2025 ainsi que le 27 janvier 2026, le dernier de ces mémoires n’ayant pas été communiqué, Mme A... C..., représentée par Me Jouteau, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 17 avril 2025 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer les cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d’exécution d’office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d’un an en l’informant qu'elle fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d’enjoindre à cette autorité de lui délivrer la carte de séjour temporaire sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de quatre-vingt euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délais et d’astreinte et, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé l’autorisant à travailler ;






3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire est entachée d’une erreur de fait ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision l’obligeant à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence dès lors que la décision refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire est illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés


Par une décision du 15 juillet 2025, Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.


Par une ordonnance du 12 janvier 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 27 janvier 2026.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.





Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Boutet-Hervez, rapporteur.


Considérant ce qui suit :

Mme A... C..., ressortissante camerounaise née le 25 juillet 1964 à Yaoundé (Cameroun), est entrée irrégulièrement en France à une date indéterminée. Le 9 janvier 2024, elle a sollicité la délivrance d’une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 avril 2025, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer les cartes de séjour temporaire sollicitées, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d’exécution d’office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. Mme B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire :

En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été hospitalisée le 14 décembre 2016 à l’hôpital Saint-André entre 13h16 et 23h59 et qu’elle y a de nouveau été admise à compter du 29 janvier 2021 et ce de manière régulière jusqu’à la fin de l’année 2021. Par ailleurs, il est établi que plusieurs docteurs en médecine générale et en psychiatrie lui ont prescrit, par ordonnances, différents traitements médicaux au cours des années 2022 et 2023. Toutefois, en l’absence de pièces permettant d’établir sa présence sur le territoire français entre l’année 2016 et l’année 2021, et dans la mesure où elle ne conteste pas que son passeport comportait bien un visa touristique pour l’Italie valable du 26 novembre 2016 au 9 janvier 2017 ainsi qu’un cachet d’entrée en Belgique le 9 décembre 2016, ces éléments sont insuffisants pour considérer qu’elle résiderait de manière continue en France depuis l’année 2016. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Gironde aurait commis une erreur de fait en considérant que sa présence sur le territoire français n’était pas continue doit, pour ces motifs, être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ».

Mme B..., dont la présence continue sur le territoire français ne peut être considérée comme établie qu’à compter du mois de janvier de l’année 2021, se prévaut de sa relation ainsi que de la conclusion d’un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français. Toutefois, sa présence en France, où elle ne démontre pas avoir noué sur le territoire français des liens stables et intenses avec d’autres personnes que son entourage familial immédiat, est récente à la date de la décision attaquée, alors même que ses quatre enfants résident encore dans son pays d’origine, où elle n’est pas isolée. Dans ces conditions, le préfet a fait une exacte appréciation des dispositions mentionnées ci-dessus.

En ce qui concerne la décision l’obligeant à quitter le territoire français :

En premier lieu, les moyens dirigés à l’encontre de la décision refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire n’étant pas fondés, la requérante n’est pas fondée à demander l’annulation de la mesure d’éloignement prise à son encontre par voie de conséquence.

En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, le préfet de la Gironde n’a ni méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».

Pour interdire à la requérante de retourner sur le territoire français, le préfet de la Gironde s’est fondé sur la circonstance qu’elle n’est pas dépourvue d’attaches familiales dans son pays d’origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et qu’elle ne justifie pas de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France. Au regard de ses éléments, et compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, la décision attaquée n’est ni disproportionnée ni entachée d’une erreur dans l’appréciation des dispositions des articles précités.







Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 17 avril 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte ainsi que celles tendant à l’application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de 1991 doivent également être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et au préfet de la Gironde.


Délibéré après l'audience du 19 mars 2026, à laquelle siégeaient :

- M. Ferrari, président,
- Mme Glize, première conseillère.
- M. Boutet-Hervez, conseiller,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.

Le rapporteur,





C. BOUTET-HERVEZ


Le président,





D. FERRARI


La greffière,





A. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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