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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2601510

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2601510

mercredi 11 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2601510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL ENVOL AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux rejette la demande de suspension en référé d'un arrêté préfectoral interdisant à un éducateur sportif d'exercer ses fonctions. Le juge estime que le requérant n'a pas démontré l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment quant aux vices de procédure allégués et à la motivation de l'interdiction. La décision est fondée sur l'article L. 212-13 du code du sport, qui permet une telle mesure pour prévenir un danger pour les pratiquants, et applique les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2026, M. A... C..., représenté par Me Proust, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 8 décembre 2025 par lequel le préfet de la Gironde lui a interdit d’exercer, pour une durée d’un an, les fonctions d’enseignant, d’animateur, d’encadrant, d’entraineur d’activités physiques et sportives, d’exploitant d’établissements d’activités physiques et sportives, de juge d’arbitre et de surveillant de baignade dans les conditions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 et L. 332-7 du code du sport.

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
la condition d’urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation pour le priver de la totalité de ses revenus et le place dans une situation économique délétère ;
il existe un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :
elle est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’il n’a pas reçu notification du droit de se taire, ce qui l’a privé d’une garantie ;
elle est entachée d’un vice de procédure en l’absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’incompétence négative, le préfet s’étant estimé lié par l’avis de la commission ;
elle méconnaît les dispositions de l’article L. 212-13 du code du sport ; les faits reprochés ne caractérisent aucunement un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ;

Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 23 février 2026 sous le n° 2601487 par laquelle M. C... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code du sport ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, le mercredi 11 mars 2026, à 10h00, en présence de Mme Serhir, greffière d’audience :
- le rapport de M. Vaquero, juge des référés ;
- les observations de Me Proust, pour M. C..., présent à l’audience, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures ; elle ajoute qu’elle a bien été invitée à consulter le rapport d’enquête mais la date proposée était postérieure au délai de recours contentieux et rappelle que la plainte a été classée sans suite ;
- et les observations de Mme B..., représentant le préfet de la Gironde, qui conclut oralement au rejet de la requête ; elle fait valoir que la décision n’est entachée d’aucun vice de procédure, qu’il s’agisse de l’information relative au droit au silence, de la non transmission du rapport d’enquête, et du respect des droits de la défense ; elle ajoute que les faits sont matériellement établis, que l’administration n’en a été informée par signalement qu’en décembre 2024 et que la victime présumée, dûment sollicitée, n’a pas souhaité déposer par écrit ; enfin, les sms à connotation sexuelle adressés à la victime, mineure à l’époque, prouvent la volonté de séduction et l’insistance de M. C... lequel exerçait des fonctions d’encadrant sportif dans le même club ;

Les observations écrites de la préfecture ont été remises à l’audience, une copie étant communiquée sans délai au conseil du requérant.

La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience à 12h15.


Considérant ce qui suit :


1. M. A... C..., né le 18 janvier 1982, domicilié à Lormont (33), occupe les fonctions d’éducateur sportif au sein du club de Lormont Handball Hauts de Garonne et de conseiller technique fédéral au sein du comité départemental de handball de la Gironde. Par un arrêté en date du 8 décembre 2025, le préfet de la Gironde lui a interdit d’exercer, pour une durée d’un an, les fonctions d’enseignant, d’animateur, d’encadrant, d’entraineur d’activités physiques et sportives, d’exploitant d’établissements d’activités physiques et sportives, de juge d’arbitre et de surveillant de baignade dans les conditions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 et L. 332-7 du code du sport. M. C... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de cette décision.


Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) » et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ».
3. Aux termes de l’article L. 212-13 du code de sport : « L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1. ». Il résulte de ces dispositions que pour assurer la protection des pratiquants d’une activité physique ou sportive, l’autorité administrative peut interdire à une personne d'exercer une activité d’enseignement, d’animation ou d’encadrement d’une telle activité, une mission arbitrale, une activité de surveillance de baignade ou piscine ouverte au public, ou d'exploiter un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives, lorsque son maintien en activité « constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ». Une telle interdiction, à finalité préventive, constitue une mesure de police.
4. En l’état de l’instruction et des échanges à l’audience, en ce compris les observations orales de la préfecture de la Gironde, aucun des moyens invoqués par le requérant et tels qu’analysés dans les visas ci-dessus, n’est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté du 8 décembre 2025. Par suite, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’urgence, les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension de l’exécution de cette décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :


5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.












O R D O N N E :


Article 1er : La requête n° 2601510 de M. C... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C... et au préfet de la Gironde.


Fait à Bordeaux, le 11 mars 2026.

Le juge des référés,

La greffière,



M. D...

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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