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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2602042

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2602042

mercredi 1 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2602042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMEILLON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé-suspension, rejette la demande d'un aide-soignant visant à suspendre sa révocation prononcée par le CHU de Bordeaux. Le juge estime que l'urgence n'est pas caractérisée et qu'aucun doute sérieux sur la légalité de la décision disciplinaire n'est soulevé, notamment quant aux irrégularités de procédure ou au caractère disproportionné de la sanction. La décision est rendue sur le fondement des articles L. 521-1 et suivants du code de justice administrative et des textes régissant la fonction publique hospitalière.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 13 mars et le 1er avril 2026, M. B... A..., représenté par Me Laplagne, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 9 février 2026 par laquelle le directeur général du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux a prononcé sa révocation ;
2°) d’enjoindre au CHU de Bordeaux de le réintégrer provisoirement dans un poste compatible avec l’intérêt du service et son état de santé, dans un délai de quinze jours suivant la notification de l’ordonnance, éventuellement sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
la condition d’urgence est satisfaite dès lors que la révocation entraine immédiatement la perte intégrale de son salaire, que son état de santé est dégradé et que le CHU ne peut justifier d’un intérêt du service faisant obstacle à la demande de suspension ;
il existe un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :
à raison des irrégularités procédurales commises et de l’atteinte aux droits de la défense ; il n’a pas bénéficié d’une communication complète et suffisamment anticipée de son dossier et l’organisme d’enquête interne n’a pas fait preuve d’impartialité à son égard ;
de la méconnaissance de la protection des lanceurs d’alerte, notamment après le décès d’un patient le 9 juillet 2025, et du détournement de pouvoir ;
du caractère manifestement disproportionné de la sanction ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2026, le CHU de Bordeaux, représenté par Me Meillon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A... une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- en l’espèce, la condition d’urgence n’est pas établie, compte tenu des circonstances absolument particulières tenant tant aux nécessités du service qu’à la préservation de l’intérêt public et la sécurité des agents ;
- aucun des moyens invoqués n’est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
-elle n’est entachée d’aucune d’irrégularité procédurale portant méconnaissance des garanties substantielles attachées aux droits de la défense ;
- elle ne méconnaît en rien l’obligation légale de protection des lanceurs d’alerte ;
- la sanction ne présente aucun caractère disproportionné.


Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 13 mars 2026 sous le n° 2602037 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, le mercredi 1er avril 2026, à 10h00, en présence de Mme Serhir, greffière d’audience :
- le rapport de M. Vaquero, juge des référés ;
- les observations de Me Laplagne, pour M. A..., présent à l’audience, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ; il ajoute que le CHU n’a jamais remis en cause la compétence professionnelle de M. A..., et qu’il n’est pas contesté dans ses actes de soins ;
- et les observations de Me Meillon, pour le CHU de Bordeaux, qui maintient ses écritures en défense ; il ajoute qu’il est notamment reproché à l’intéressé, outre son comportement agressif et ses propos violents, non d’avoir entendu dénoncer les circonstances du décès d’un patient le 9 juillet 2025, mais le fait d’avoir continué, après les conclusions de l’enquête interne, à diffuser des accusations mensongères et infondées ;

La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience à 11h30.

Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., aide-soignant titulaire de classe normale, était affecté au service de réanimation des grands brûlés du groupe hospitalier Pellegrin du CHU de Bordeaux. Suite à des incidents survenus entre juillet et octobre 2025, le CHU de Bordeaux, après avoir recueilli l’avis de la commission administrative paritaire locale n°5 en formation disciplinaire, a prononcé à son encontre, par une décision du 9 février 2026, la sanction de la révocation entrainant radiation des cadres de la fonction publique hospitalière, M. A... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision.


Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ». Enfin aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
3. Aux termes de l’article L. 530-1 du même code : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. Les dispositions de cet article sont applicables aux agents contractuels ». Aux termes de l’article L. 533-1 de ce code : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : (…) 4° Quatrième groupe : a) La mise à la retraite d'office ; b) La révocation. ».
4. En l’état de l’instruction et des échanges à l’audience, aucun des moyens invoqués par M. A... et tels qu’analysés dans les visas ci-dessus, n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 9 février 2026 par lequel le CHU de Bordeaux a prononcé sa révocation. Par suite, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’urgence, les conclusions présentées aux fins de suspension de l’exécution de cette décision, ainsi que celles à fin d’injonction, doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :


5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Bordeaux, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. A... la somme demandée par le CHU de Bordeaux au titre des mêmes dispositions.





O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CHU de Bordeaux présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux.

Fait à Bordeaux, le 1er avril 2026.

Le juge des référés,

La greffière,



M. C...

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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