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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2602159

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2602159

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2602159
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux rejette la demande de suspension en référé d'une saisie administrative à tiers détenteur. Le juge estime que la demande est irrecevable car l'effet de la saisie contestée, notifiée le 5 février 2026, s'était épuisé avant l'introduction de la requête le 18 mars 2026, conformément à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales. La procédure de rejet sans audience est appliquée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2026, M. B... A... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de l’ensemble des procédures de recouvrement engagées à son encontre, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d’ordonner la cessation de toute nouvelle saisie fondée sur les mêmes éléments dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite en ce que les saisies administratives portent atteinte immédiate à sa situation financière, génèrent des frais bancaires injustifiés et créent une insécurité financière et administrative persistante ; malgré de nombreuses démarches, une nouvelle saisie à tiers détenteur a été émise le 6 février 2026, entrainant de nouveaux frais bancaires ;
- il existe des moyens propres à créer un doute quant à la légalité des actes contestés ; il n’est pas l’auteur des infractions ayant donné lieu aux amendes réclamées puisqu’il a été victime d’une usurpation d’identité depuis 2019 ; les mesures de recouvrement sont entachées d’erreur manifeste d’appréciation et d’une méconnaissance du principe de responsabilité personnelle en matière pénale garanti par l’article L. 121-1 du code pénal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension de la saisie administrative à tiers détenteur notifiée :

1. D’une part, aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». L’article L. 522-3 dudit code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ».

2. D’autre part, aux termes du 1 de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales : « Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. (…) L'avis de saisie administrative à tiers détenteur est notifié au redevable et au tiers détenteur. L'exemplaire qui est notifié au redevable comprend, sous peine de nullité, les délais et voies de recours. / La saisie administrative à tiers détenteur emporte l'effet d'attribution immédiate prévu à l'article L. 211-2 du code des procédures civiles d'exécution. Les articles L. 162-1 et L. 162-2 du même code sont applicables. (…) La saisie administrative à tiers détenteur a pour effet d'affecter, dès sa réception, les fonds dont le versement est ainsi demandé au paiement des sommes dues par le redevable, quelle que soit la date à laquelle les créances même conditionnelles, à terme ou à exécution successive que le redevable possède à l'encontre du tiers saisi deviennent effectivement exigibles. (…) ». Il résulte de ces dispositions que l'effet d'une saisie administrative à tiers détenteur s'exerce et s'épuise dès sa notification au tiers détenteur, quelles que soient les conditions dans lesquelles les sommes détenues par le tiers sont ensuite effectivement versées.

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la notification de la saisie administratives à tiers détenteur dont la suspension des effets est demandée par M. B... A..., que cette saisie, datée du 5 février 2026 a été notifiée à son établissement bancaire la société BNP Paribas. Or, ainsi qu’il a été dit au point 2, l’effet d’une saisie administrative à tiers détenteur s’exerce et s’épuise dès sa notification au tiers détenteur, quelles que soient les conditions dans lesquelles les sommes détenues par le tiers sont ensuite effectivement versées. Ainsi, eu égard à l'effet d'attribution qui s'y attache en vertu de l’article L. 262 du livre des procédures fiscales, la saisie administrative à tiers détenteur en litige avait produit tous ses effets avant l'introduction de la requête de M. A..., le 18 mars 2026, tendant à leur suspension. En conséquence, les conclusions de M. A... tendant à la suspension de ses effets sont, par suite, irrecevables. Ces conclusions ne peuvent, dès lors, qu’être rejetées, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur les conclusions tendant à l’arrêt des saisies administratives à tiers détenteur :
4. S'il résulte des dispositions du titre II du livre V du code de justice administrative, notamment des articles L. 521-1, L. 521-2, L. 523-1 et R. 522-5, que la demande formée devant le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 est présentée, instruite, jugée et, le cas échéant, susceptible de recours selon des règles distinctes de celles applicables à la demande présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 et que, par suite, ces deux demandes ne peuvent, à peine d'irrecevabilité, être présentées simultanément dans une même requête, cette règle n'interdit cependant pas au juge des référés, dans l'hypothèse où l'une de ces demandes est expressément présentée à titre principal, de n'opposer l'irrecevabilité qu'à celle présentée à titre subsidiaire.
5. Il résulte de l’instruction et notamment des mentions portées sur la saisie administrative à tiers détenteur du 5 février 2026, que les conclusions de la requête de M. A... sont relatives au recouvrement d’une amende forfaitaire majorée du 13 juillet 2024 d’un montant de 1 500 euros. En l’absence de la production du titre exécutoire et de conclusions à fin de suspension de son exécution, les conclusions de la requête par lesquelles M. A... demande au juge des référés d’ordonner la cessation de toute nouvelle saisie fondée sur les mêmes éléments, ne relèvent pas de l’office du juge des référés saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative. Ainsi, et en tout état de cause, ces conclusions secondaires sont manifestement irrecevables dans le cadre du présent recours.


ORDONNE :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....

Fait à Bordeaux, le 26 mars 2026.

La juge des référés,




N. Gay

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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