Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2026, Mme A..., représentée par Me Lanne, demande au tribunal :
de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
d’annuler l’arrêté du 12 mars 2026, par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités belges pour l’examen de sa demande d’asile ;
d’enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer l’attestation de demandeur d’asile prévue à l’article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l’imprimé mentionné à l’article R. 531-3 de ce code dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui aura été confiée, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A... soutient que la décision :
- est signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît l’article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 faute d’établir que les informations prévues ont été délivrées dans une langue qu’elle comprend ;
- méconnaît l’article 5 de ce même règlement, n’étant pas établi que son entretien individuel a été mené par un agent qualifié ;
- méconnaît les dispositions de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2026, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- les règlements (UE) n° 603/2013 et 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Le président du tribunal a désigné M. Béroujon, premier conseiller, pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Béroujon,
- et les observations de Me Lanne, représentant de Mme A..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., ressortissante burkinabée née le 1er janvier 1987 est, selon ses déclarations, entrée en France le 21 septembre 2025. Le 30 octobre 2025, elle a demandé le bénéfice de l’asile. Par la décision contestée du 12 mars 2026, le préfet de la Gironde a décidé de sa remise aux autorités slovènes qu’il a considérées responsables de sa demande d’asile.
Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de Mme A..., il y a lieu de prononcer son admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
L’arrêté contesté a été signé par M. C... B..., chef du pôle régional « Dublin » de la préfecture de la Gironde. Par un arrêté du 19 décembre 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l’Etat, le préfet de la Gironde lui a donné délégation à l’effet de signer toutes décisions prises en application des livres IV à VII, parties législative et réglementaire, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte doit, par suite, être écarté.
Il ressort des pièces du dossier qu’au cours de l’entretien du 30 octobre 2025, Mme A... s’est vu remettre les brochures A « J’ai demandé l’asile dans l’Union Européenne – quel pays sera responsable de l’analyse de ma demande ? » et B « Je suis sous procédure Dublin – qu’est-ce que cela signifie ? » en langue française qu’elle a déclaré comprendre, étant rappelé que le français était la langue officielle du Burkina Faso jusqu’en 2023. Par suite, le moyen tiré de ce qu’elle n’a pas été informée de ses droits dans une langue qu’elle comprenait ne peut qu’être écarté.
Il ressort des pièces du dossier que les entretiens ont été réalisés le 7 janvier 2026 par un agent qui a apposé ses initiales sur le compte-rendu « A C » et l’a signé, et le préfet fait valoir en défense, sans être contredit, qu’il s’agit de Mme E... D..., agent qualifié au sens des dispositions de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Si Mme A... fait valoir à la barre que certaines informations qu’elle a transmises ne figurent pas dans le compte-rendu de l’entretien notamment la présence de sa sœur à Marmande, elle n’établit pas ce qu’elle allègue. Par suite, le moyen tiré de ce que l’agent ayant mené l’entretien du 7 janvier 2026 n’est pas identifié et n’était pas une personne qualifiée doit être écarté, de même que, en tout état de cause, celui tiré de ce que certaines informations qu’elle a fournies ne figurent pas dans le compte-rendu de l’entretien.
Aux termes du paragraphe 1 de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « Par dérogation à l’article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L’État membre qui décide d’examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l’État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (…) ». La faculté ainsi laissée à chaque Etat membre de décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d’asile.
M. A... fait valoir que son seul soutien est sa sœur, qui réside en France, et qu’elle a divorcé de son époux au Burkina Faso dans un contexte allégué de violences conjugales. Ces seuls éléments ne sont toutefois pas de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application de l’article 17 précité.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d’injonction et celles présentées au titre des frais de procès.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 03 avril 2026.
Le magistrat désigné,
F. BEROUJON
La greffière,
J. DOUMEFIO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière