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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2604222

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2604222

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2604222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantSELASU F. ISSAD AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B... contestant son assignation à résidence de 45 jours prise par la préfète de la Dordogne en vue de son éloignement. Le juge a estimé que la décision était suffisamment motivée et que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'était pas fondée. Il a également jugé que l'absence de risque de fuite était sans incidence sur la légalité de l'assignation, dès lors que les conditions légales de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étaient remplies.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2026, M. A... B..., représenté par Me Issad, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 15 mai 2026 par lequel la préfète de la Dordogne l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement du territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé et est entaché d’un défaut d’examen réel et individuel de sa situation ;
- l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- l’arrêté attaqué méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- l’arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à sa stabilité professionnelle et à sa liberté d’aller et de venir ;
- il ne présente pas de risque de fuite ;
- la décision d’assignation à résidence est illégale en raison de l’illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français qui n’a pas été régulièrement notifiée, est entachée d’irrégularités et ne tient pas compte de l’évolution de la situation personnelle.


Des pièces, enregistrées les 21 et 22 mai 2026, ont été produites par la préfète de la Dordogne et le préfet de la Corrèze.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Roussel Cera, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de M. Roussel Cera, magistrat désigné ;
- les observations de Me Issad, représentant M. B..., également présent à l’audience, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ; il soutient en outre le procès-verbal d’audition contient une erreur, sa compagne et leur enfant vivant avec lui en France et en vacances en Italie, et non l’inverse ; son épouse a un titre de séjour italien ;
- la préfète de la Dordogne n’étant ni présente ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

1. M. B..., de nationalité algérienne, demande l’annulation l’arrêté du 15 mai 2026 par lequel la préfète de la Dordogne l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement du territoire français.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ».

3. La décision d’assignation à résidence attaquée vise les textes dont elle fait application et fait état de ce que M. B... fait l’objet d’un arrêté du même jour du préfet de la Corrèze lui faisant obligation de quitter le territoire français et qu’à défaut pour l’intéressé d’avoir été en mesure de présenter un document de voyage en cours de validité, il convient d’engager les démarches nécessaires à la délivrance d’un laissez-passer auprès des autorités consulaires du pays dont il se réclame. Le requérant a ainsi été mis à même d’en comprendre les motifs et de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté. En outre, cette motivation révèle que la préfète a procédé à l’examen préalable de la situation de M. B....

4. En deuxième lieu, M. B... excipe, à l’encontre de l’arrêté attaqué l’assignant à résidence, de l’illégalité de l’arrêté du même jour par lequel le préfet de la Corrèze lui a fait obligation de quitter le territoire français.

5. D’une part, les conditions de notification de cet arrêté sont sans incidence sur sa légalité. Au demeurant, il ressort des pièces produites en défense par le préfet de Corrèze que cet arrêté a été régulièrement notifié à l’intéressé.

6. D’autre part, M. B... se borne à alléguer que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d’irrégularités et ne tient pas compte de l’évolution de sa situation personnelle. Ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé.

7. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ».

8. Il est constant que M. B... fait l’objet d’un arrêté du préfet de la Corrèze du 15 mai 2026 lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français. Il entrait donc dans le champ des dispositions, citées au point précédent, du 1° de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles l’arrêté attaqué est fondé. La circonstance qu’il n’aurait pas l’intention de fuir compte tenu de sa situation personnelle et familiale est sans incidence sur la légalité de l’arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l’erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

10. Si M. B... se prévaut de la présence en France de son épouse et de leur enfant et allègue être bien intégré, il n’établit pas en quoi l’arrêté attaqué, qui a seulement pour objet de l’assigner à résidence, à l’adresse à laquelle il déclare vivre avec sa famille, porterait à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

11. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué, qui a pour seul objet de l’assigner à résidence, serait entaché d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ne peut qu’être écarté. S’il soutient être auto-entrepreneur, il ne produit aucune pièce attestant de la réalité de cette activité et n’explique pas en quoi l’arrêté attaqué y porterait atteinte.

12. En dernier lieu, si M. B... soutient que l’arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à sa stabilité professionnelle et à sa liberté d’aller et de venir, le moyen n’est pas assorti des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé.


13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à la préfète de la Dordogne et au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.

Le magistrat désigné,




R. ROUSSEL CERALa greffière,




B. SERHIR
La République mande et ordonne à la préfète de la Dordogne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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