mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2000730 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MARGALL, D'ALBENAS |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 février 2020, 8 janvier 2021, 12 janvier 2022 et 6 mai 2022, le préfet de l'Hérault demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de Grabels a refusé de délivrer à la SCI Majorelles un permis de construire modificatif ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Grabels de délivrer le permis de construire modificatif sollicité dans un délai d'un mois, sous astreinte.
Il soutient que :
- le dossier de demande de permis de construire transmis par la commune au titre du contrôle de légalité est incomplet et cette transmission ne peut être considérée comme régulière au regard des articles L. 2131-1 et suivants du code général des collectivités territoriales ;
- les éléments relatifs à la prise en compte du risque d'inondation et à l'amélioration de la transparence hydraulique ne permettaient pas au maire de Grabels de refuser la délivrance du permis de construire modificatif sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en l'absence de risque d'atteinte à la sécurité publique ;
- le projet présenté respecte les exigences de l'article UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne la superficie des espaces libres de pleine terre, laquelle est égale à 61,77 % des espaces libres représentant eux-mêmes 70,12 % de la superficie du terrain d'assiette du projet ; seule une erreur matérielle affectant le plan de masse PC2 joint à la demande de permis de construire est à l'origine de la mention d'une superficie inférieure des espaces libres de pleine terre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2020, la commune de Grabels, représentée par la SCP Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le déféré préfectoral dirigé contre le refus de permis de construire n'est pas recevable ;
- les moyens du déféré ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée pouvait légalement être fondée sur le motif substitué tiré de la méconnaissance des dispositions des articles UC 9 et UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme au regard de la seule superficie du terrain d'assiette situé en zone UC, d'une contenance de 2 030 m².
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés n° 2000729 du 4 mars 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Santoni, rapporteur public ;
- et les observations de Me Margall, représentant la commune de Grabels.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 mars 2011 devenu définitif, le maire de Grabels a délivré à la SCI Majorelles un permis de construire pour la réalisation de dix-sept logements individuels sur un terrain situé 332 rue des Carignans, parcelles cadastrées section AW nos 54, 233, 234 et 220. Le 16 septembre 2019, la société a déposé une demande de permis de construire modificatif portant notamment sur la réduction de l'emprise au sol des bâtiments déjà construits partiellement et une augmentation de la surface des espaces de pleine terre par la suppression d'un logement et d'une place de stationnement, la mise en place d'un dispositif de transparence hydraulique et un rehaussement de la sous-face du premier plancher. Par arrêté du 11 décembre 2019, le maire de Grabels a refusé de lui délivrer le permis sollicité. Par le présent déféré, le préfet de l'Hérault demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, si le préfet soutient que les conditions dans lesquelles l'arrêté contesté lui a été transmis n'étaient pas régulières au regard des exigences des articles L. 2131-1 et suivants du code général des collectivités territoriales, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du refus de permis de construire en litige, les conditions de transmission au contrôle de légalité influant seulement sur le caractère exécutoire de l'acte en cause et sur les conditions de délai dans lesquelles le déféré peut être exercé.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions du titre I du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Grabels : " () les définitions du présent règlement ont une valeur règlementaire, au même titre que le corps du règlement ; () / Espaces libres : l'espace libre est l'espace résiduel de la parcelle hors emprise au sol, imperméabilisé ou non. Les espaces verts de pleine terre, les aménagements de voirie interne ou encore les surfaces de stationnement en font donc partie. / Espaces libres de pleine terre végétalisé : un espace non construite est qualifié " de pleine terre " si, sur une profondeur de 10 m à compter de sa surface, il ne comporte que le passage éventuel de réseaux (électricité, téléphone, internet, eau potable, eaux usées ou pluviales). La surface de ces terrains doit recevoir des plantations herbacées, arbustives ou arborées. / Les aménagements de voirie et les aires de stationnement imperméabilisés sont donc exclus des surfaces de pleine terre. ". Et selon l'article UC13 de ce règlement : " Espaces libres. - Les espaces libres sur les parcelles doivent être au minimum de : en UC1a : 70% ; () Les espaces libres en pleine terre sur les parcelles devront représenter au minimum : en UC1a et UC2 : 60% des espaces libres ; () ".
4. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction en vigueur à la date du refus de permis de construire attaqué : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33 ; c) Les informations prévues à l'article R. 431-34. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ".
5. L'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.
6. En l'espèce, pour refuser de délivrer le permis modificatif sollicité au regard des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme, le maire de Grabels s'est fondé sur les incohérences du dossier de demande entre le tableau des emprises au sol figurant en pièce PC 4, qui indique que le projet conserve 1 495,75 m² d'espaces libres, dont 932,9 m² d'espaces de pleine terre et 571,85 m² de surface libre perméable au titre du cheminement piétonnier, de l'aire de stationnement et du local des ordures ménagères, représentant respectivement 61,77 % et 38,23 % de ces espaces libres, et les indications figurant sur le plan de masse coté PC 2, qui fait apparaitre un total de 836,85 m² au titre de la voie circulable en dalles gravillonnées perméables, de la dalle perméable pour le stationnement et du local des ordures ménagères, de sorte que les espaces libres de pleine terre ne représenteraient en réalité que 658,90 m², soit moins de 60 % des espaces libres du terrain d'assiette. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des mesures portées sur le plan de masse modifié produit par le préfet s'agissant de l'aire de stationnement, que cette contradiction, révélée par le plan de masse, document limitativement défini par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, s'expliquerait par une simple " erreur matérielle ". Il s'ensuit que le maire de Grabels a pu légalement se fonder sur les incohérences et contradictions entachant les éléments du dossier de demande relatifs à la superficie des espaces libres de pleine terre pour refuser de délivrer le permis litigieux au regard des exigences posées par les dispositions précitées de l'article UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé où n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Le risque pour la sécurité publique au sens des dispositions précitées concerne aussi bien ceux auxquels les occupants de la construction ou les tiers peuvent être exposés que ceux que peut subir la construction elle-même.
8. Il ressort des pièces du dossier que les modifications projetées ont pour objet et pour effet d'améliorer la transparence hydraulique de la construction autorisée par le permis de construire initial en rehaussant les planchers du rez-de-chaussée et en prévoyant des ouvrages de transparence hydraulique. Contrairement à ce que soutient la commune en défense, la seule circonstance que l'étude réalisée à sa demande le 19 septembre 2016 par la société Egis conclurait à l'insuffisance des mesures de transparence hydraulique prévues qui pourraient encore être améliorées, n'est pas de nature à justifier un refus de permis de construire dès lors que les travaux projetés, même susceptibles d'être améliorés, auront indéniablement pour effet de rendre la construction autorisée par le permis de construire initial devenu définitif plus conforme aux règles de sécurité. De même, la commune ne saurait utilement faire valoir que le niveau du premier plancher aménagé est en réalité situé à une altimétrie inférieure à celle déclarée dans la demande ainsi que l'a jugé le 12 mars 2018 le tribunal de grande instance de Montpellier dès lors qu'un permis de construire n'a pas d'autre objet que d'autoriser des constructions conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors en outre que les services de l'Etat ont rendu le 25 avril 2019 un avis favorable au projet au vu du risque inondation actualisé par le porter à connaissance du 29 juin 2015, que la suppression des terrasses et de la coursive à l'étage rendrait plus difficile l'évacuation des personnes en cas de crue. Enfin la commune ne saurait utilement se prévaloir des recommandations émises par la commission mixte inondation dans le cadre de l'avis consultatif émis sur les travaux de recalibrage du Rieumassel. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault est fondé à soutenir que le maire de Grabels a commis une erreur d'appréciation en refusant la délivrance du permis de construire modificatif sollicité en application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Toutefois, il résulte de l'instruction que le maire de Grabels aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le motif tiré des incohérences du dossier de demande au regard de la surface des espaces libres de pleine terre.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ni d'examiner la demande de substitution de motif, que le préfet de l'Hérault n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge de chacune des parties les frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le déféré du préfet de l'Hérault est rejeté.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Grabels au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de l'Hérault, à la commune de Grabels et à la SCI Majorelles.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Denis Chabert, président,
Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. Goursaud
Le président,
D. Chabert
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 juillet 2022.
La greffière,
M. A00
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026