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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2001576

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2001576

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2001576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantREDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire-droit, en date du 23 juin 2022, le tribunal administratif de Montpellier a sursis à statuer sur la requête présentée par M. E A et autres, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et a accordé un délai de trois mois à M. B pour régulariser les vices entachant le permis de construire qui lui a été accordé le 29 janvier 2020 par le maire de Campagnan pour la surélévation d'une maison d'habitation située 3 rue du Four, parcelles cadastrées section AB n° 208 et 209.

Par des mémoires, enregistrés les 22 septembre 2022 et 3 octobre 2022, la commune de Campagnan, représentée par Me Pilone, demande au tribunal, à titre principal, de constater que le vice tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme a été régularisé par la délivrance d'un permis de construire modificatif le 12 septembre 2022, à titre subsidiaire, d'accorder un nouveau délai de trois mois à M. B pour régulariser l'autorisation litigieuse et, en tout état de cause, de mettre à la charge des requérants une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 23 septembre 2022, M. A et autres, représentés par Me Audouin, maintiennent leurs conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2020 et sollicitent en outre l'annulation du permis modificatif délivré le 12 septembre 2022.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que le permis de régularisation aurait été transmis au préfet pour avis ;

- la dérogation accordée au titre de l'article R. 111-19 du code de l'urbanisme est illégale dès lors qu'une surélévation d'un mètre ne saurait être considérée comme mineure ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir car elle vise simplement à satisfaire l'intérêt privé du pétitionnaire.

Par un mémoire, enregistré le 26 septembre 2022, M. B, représenté par Me Redon, conclut au rejet de la requête, maintient ses conclusions présentées au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et demande que à ce que soit mise à la charge de M. A et autres une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'il a déposé une demande de permis de construire modificatif le 23 septembre 2022 en ayant eu recours à un architecte qui tend à supprimer la surélévation de la toiture afin de conserver les hauteurs de la construction existante et qui régularise ainsi les vices retenus par le tribunal dans son jugement avant dire droit.

Par un mémoire, enregistré le 1er février 2023, la commune de Campagnan, représentée par Me Pilone, demande au tribunal de constater que les vices entachant le permis délivré le 29 janvier 2020 ont été régularisés par la délivrance d'un permis de construire modificatif délivré le 14 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- les observations de Me Audouin, représentant M. A et autres, et celles de Me Ortial, représentant la commune de Campagnan.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 janvier 2020, le maire de la commune de Campagnan a délivré à M. B un permis de construire pour la surélévation d'une maison d'habitation située 3 rue du Four, parcelles cadastrées section AB n° 208 et n° 209, emportant création d'une surface de plancher de 13 m².

2. Par jugement avant dire droit visé ci-dessus, le tribunal administratif de Montpellier, estimant que les moyens tirés du défaut de recours à un architecte et de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme étaient de nature à entraîner l'annulation du permis de construire en litige, a décidé, après avoir écarté la fin de non-recevoir opposée en défense ainsi que les autres moyens de la requête, de surseoir à statuer sur la légalité l'arrêté attaqué et imparti au pétitionnaire un délai de trois mois à compter de la notification du jugement pour procéder, le cas échéant, à la régularisation du permis de construire.

3. A compter de la décision par laquelle le juge recourt à l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, seuls des moyens dirigés contre la mesure de régularisation notifiée, le cas échéant, au juge peuvent être invoqués devant ce dernier. A ce titre, les parties peuvent, à l'appui de la contestation de l'acte de régularisation, invoquer des vices qui lui sont propres et soutenir qu'il n'a pas pour effet de régulariser le vice que le juge a constaté dans sa décision avant-dire droit. Elles ne peuvent en revanche soulever aucun autre moyen, qu'il s'agisse d'un moyen déjà écarté par la décision avant-dire droit ou de moyens nouveaux, à l'exception de ceux qui seraient fondés sur des éléments révélés par la procédure de régularisation.

Sur la régularisation des vices constatés par le jugement avant dire-droit :

4. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé le 23 septembre 2022 une demande de permis de construire modificatif établie par un architecte portant notamment sur la suppression de la surélévation de la toiture afin de conserver les hauteurs de la construction existante sur la parcelle cadastrée section A n° 208. Par arrêté du 14 octobre 2022, le maire de Campagnan lui a délivré le permis sollicité. Dès lors, les illégalités entachant l'arrêté du 29 janvier 2020 en ce que le projet architectural devait être établi par un architecte en application des articles L. 431-1 et L. 431-3 du code de l'urbanisme et en ce qu'il avait pour effet d'aggraver la méconnaissance de la règle de hauteur à l'alignement fixée par l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme ont été régularisées par le permis de construire de régularisation délivré le 14 octobre 2022.

6. Les requérants ne sauraient à cet égard utilement se prévaloir des supposées illégalités affectant le premier permis modificatif délivré le 12 septembre 2022, lequel ne fonde pas les régularisations ainsi opérées. En tout état de cause, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que la dérogation accordée par le maire au titre des dispositions de l'article R. 111-19 du code de l'urbanisme doive être précédée d'une saisine pour avis du préfet, tandis qu'il ne ressort pas des termes de cet arrêté du 12 septembre 2022, qui mentionne que la rehaussement envisagé d'un mètre a pour effet d'harmoniser les propriétés de M. B avec le niveau de hauteur des propriétés immédiatement voisines renforçant ainsi la cohérence architecturale et esthétique du centre ancien, qu'il serait insuffisamment motivé ou entaché d'un quelconque détournement de pouvoir.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation du permis de construire initial, ni davantage du permis de régularisation délivré le 12 septembre 2022.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

8. M. B ne saurait utilement se prévaloir du maintien des conclusions présentées au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme par un mémoire distinct enregistré le 22 avril 2021, lesquelles sont été définitivement rejetées par le jugement avant dire droit du 23 juin 2022.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ". Il résulte de ces dispositions que le paiement des sommes exposées et non comprises dans les dépens ne peut être mis à la charge que de la partie qui perd pour l'essentiel. La circonstance qu'au vu de la régularisation intervenue en cours d'instance, le juge rejette finalement les conclusions dirigées contre la décision initiale, dont le requérant était fondé à soutenir qu'elle était illégale et dont il est, par son recours, à l'origine de la régularisation, ne doit pas à elle seule, pour l'application de ces dispositions, conduire le juge à mettre les frais à sa charge ou à rejeter les conclusions qu'il présente à ce titre.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Campagnan et M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, premier dénommé, à la commune de Campagnan, à M. D B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. C

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