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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2002695

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2002695

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2002695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI MOLINA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire enregistrés les 8 et 17 juillet 2020 et 18 mai 2022, M. B A, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires n°181 et n°182 en date du 7 février 2020 émis à son encontre par la commune du Barcarès, pour un montant de 11 668,93 euros, au titre de services non faits en 2016, et de 12 014,01 euros, au titre d'un non-remboursement par le centre de gestion de la prise en charge des heures d'autorisation spéciale d'absence, et la décision du 29 avril 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Barcarès la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les titres de perception contestés, qui ne comportent pas les bases de liquidation, méconnaissent l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- ils ne comportent pas les mentions prévues à l'article 4 de la loi du 12 avril 2000, notamment la signature de leur auteur ;

- les sommes mises à sa charge sont entachées d'une erreur de calcul dès lors que lui sont indument réclamées 257 heures de service ;

- les montants réclamés sont entachés d'une erreur de fait et d'appréciation dès lors qu'ils intègrent les charges patronales et salariales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2022, la commune du Barcarès, représentée par Me Joubes, conclut au rejet de la requête et demande au Tribunal de mettre à la charge du requérant une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres exécutoires contestés étaient accompagnés de décomptes et de tableaux permettant à M. A de connaître l'origine et les modalités de calcul des sommes qui lui sont réclamées ;

- un titre n'est pas illégal si les mentions visées par l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 sont contenues dans le bordereau de titre de recettes ;

- M. A ne justifie que de 459 heures de service au titre de l'année 2016 et 1 148 heures sont ainsi injustifiées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Lafon, rapporteur public,

- et les observations de Me Diaz, pour la commune du Barcarès.

Une note en délibéré présentée pour la commune du Barcarès a été enregistrée le 12 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A occupe un poste d'animateur depuis 1994 au sein de la commune de Barcarès où il bénéficie d'une décharge d'activité syndicale et d'autorisations spéciales d'absence en sa qualité de secrétaire général du groupement départemental Force Ouvrière des Pyrénées-Orientales. Par un courrier du 28 février 2019, M. A a été mis en demeure de verser à la commune la somme totale de 23 682,93 euros, dont un montant de 11 668,93 euros réclamé au titre de services non faits en 2016 et un montant de 12 014,01 euros au titre d'un non-remboursement par le centre de gestion des heures d'autorisation d'absence au titre de la même année. Le 7 février 2020, deux titres exécutoires ont été émis à son encontre et notifiés le 21 février 2020. Le 24 mars 2020, M. A a formé un recours gracieux contre ces deux titres exécutoires. Par un courrier en date du 29 avril 2020, notifié le 7 mai 2020, la commune du Barcarès a rejeté ce recours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des deux titres exécutoires émis le 7 février 2020 et de la décision du 29 avril 2020 rejetant son recours gracieux. Il doit en outre être regardé comme demandant par ses écritures la décharge des sommes réclamées.

2. Aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales: " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. " Aux termes de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 désormais codifié au premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur, ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 2, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

4. Il résulte de l'instruction que les titres de recette n°181 et n° 182 émis le 7 février 2020 pour le recouvrement d'un montant total de 23 682,94 euros mentionnent le nom et la qualité de son auteur, Mme D, adjointe aux finances. Toutefois, au regard des dispositions précédemment citées, les titres exécutoires contestés ne sont pas revêtus de la signature de l'auteur des actes. Dès lors que la commune ne produit pas le bordereau de titre de recettes comportant la signature de l'ordonnateur, le moyen tiré de l'absence de signature des titres exécutoires, entachant ces derniers d'irrégularité en la forme, doit être accueilli.

5 Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que les titres exécutoires émis le 7 février 2020 et la décision du 29 avril 2020 rejetant le recours gracieux de M. A doivent être annulés.

6. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

7. L'annulation des deux titres exécutoires contestés, résultant seulement d'un vice de forme, n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, que le requérant soit nécessairement déchargé du paiement des sommes dont ces titres exécutoires l'ont constitué débiteur. Par suite, ses conclusions à fins de décharge doivent être rejetées.

8. Dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Barcarès une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les titres exécutoires émis le 7 février 2020 par la commune du Barcarès et la décision du 29 avril 2020 rejetant le recours gracieux de M. A sont annulés.

Article 2 : La commune du Barcarès versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune du Barcarès.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. C La présidente,

S. Encontre

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2022.

La greffière,

C. Arce

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