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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2003174

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2003174

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2003174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantROCHE BOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2020, complétée le 27 juillet 2020, la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) La Grande Cosse, représentée par Me Bousquet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Fleury d'Aude a refusé de lui délivrer un " permis d'aménager " sur le parc aquatique, pour la régularisation de trois toboggans aquatiques et d'une tour en bois permettant d'y accéder, ainsi que la décision du 2 janvier 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fleury d'Aude une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que:

- il n'est pas justifié de la consultation effective de la commission départementale de la nature des paysages et des sites (CDNPS) alors que la prolongation du délai d'instruction de sa demande était fondée sur ce motif. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué constitue une décision implicite de retrait, qui ne peut légalement intervenir qu'après mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable ;

- la décision de refus attaquée méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le projet ne tend pas à l'extension du camping constituant un aménagement existant et formant un tout, bénéficiant déjà d'un permis d'aménager ; il ne constitue pas une extension de l'urbanisation ;

- le classement du terrain de camping, assiette du projet, en espace remarquable ou caractéristique du littoral (ECRL) eu égard notamment au caractère fortement artificialisé et totalement anthropisé du terrain d'assiette ;

- le motif visant la zone Natura 2000 n'apparaît pas suffisamment circonstancié, alors que l'étude d'évaluation des incidences réalisée en 2018 affirme l'absence d'incidence du projet.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2020, et complété le 3 mai 2022, la commune de Fleury d'Aude, représentée par la SCP CGCB et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), disposait en vertu de l'article R. 423-59 du code de l'urbanisme, d'un délai d'un mois pour donner son avis à compter de sa saisine délai au terme duquel son avis est réputé favorable en l'absence de réponse ;

- la commune sollicite l'appréciation du Tribunal quant à la qualification juridique d'espace remarquable du camping soutenue par l'Etat et concernant le point de savoir si le terrain d'assiette du projet pouvait effectivement être classé en espace remarquable par l'effet du PLU comme l'avaient demandé les services de l'Etat ;

- elle était tenue de refuser l'autorisation sollicitée au regard du règlement applicable à la zone Ns du PLU.

En application de l'article R. 611-11-1 et du dernier alinéa de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction a été fixée au 30 août 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juin 2022 :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Lafon, rapporteur public ;

- les observations de Me Bousquet, représentant la Société La Grande Cosse et de Me Senanedsch représentant la commune de Fleury d'Aude.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée à associé unique (SASU) La Grande Cosse, qui exploite un camping sur le territoire de la commune de Fleury d'Aude, a déposé un " permis d'aménager " le 20 juin 2019 à fin de régulariser la construction sur les parcelles HW 3 et HX 1 de trois toboggans aquatiques et d'une tour en bois permettant d'y accéder, comprenant une surface de plancher de 13,44m². Le maire de la commune a, par une décision du 5 novembre 2019, refusé la régularisation sollicitée au motif, d'une part, que le projet est situé au sein d'un espace remarquable ou caractéristique du littoral au sens de l'article L.121-23 du code de l'urbanisme et qu'il ne répond pas aux conditions posées par l'article R.121-5 du même code selon lequel seuls sont autorisés au sein de ces espaces " des aménagements légers, la réfection des bâtiments existantes l'extension limitée des bâtiments et installations nécessaires à l'exercice d'activités économiques " et, d'autre part, que l'application des dispositions du règlement de la zone Ns du PLU de la commune s'oppose à la délivrance de l'autorisation sollicitée. La société La Grande Cosse a formé un recours gracieux contre ce refus le 2 janvier 2020. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la SASU La Grande Cosse demande l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. () L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ". Aux termes de l'article R. 423-23 : " Le délai d'instruction de droit commun est de : c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager. " Selon l'article R. 423-25 : " Le délai d'instruction prévu par le b et le c de l'article R*423-23 est majoré de deux mois : a) Lorsqu'il y a lieu de consulter une commission départementale ou régionale ". Aux termes de l'article R. 423-42 : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; b) Les motifs de la modification de délai ; c) Lorsque le projet entre dans les cas prévus à l'article R. 424-2, qu'à l'issue du délai, le silence éventuel de l'autorité compétente vaudra refus tacite du permis. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande déposé par la société requérante devait être soumis à l'avis de la CDNPS dès lors qu'en application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, il concernait une demande de dérogation à la loi littoral. Toutefois, il ressort d'un courrier en date du 2 mai 2019, adressé par le préfet de l'Aude au maire de la commune, que le préfet a renoncé à la consultation de la CDNPS en raison des illégalités entachant les constructions à régulariser. Si la commune de Fleury d'Aude fait valoir en défense qu'elle était seulement tenue de consulter la CDPENAF, les dispositions précitées de l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme visant les seuls projets ayant pour conséquence une réduction des surfaces, sur lesquelles est exercée une activité agricole, ne trouvent pas à s'appliquer à la demande de régularisation en litige. Il s'ensuit, en tout état de cause, qu'à défaut de consultation effective de l'une des commissions précitées et de notification à la société requérante, dans les délais requis, du courrier mentionné à l'article R. 423-42 du code de l'urbanisme, le délai d'instruction n'a pu être prorogé. Ainsi, la décision de refus attaquée du 5 novembre 2019, édictée après l'expiration du délai d'instruction, doit être regardée comme constituant un retrait du permis tacite né avant son édiction. Dans ces conditions, le retrait de ce permis tacite, qui a créé des droits au profit de la SASU La Grande Cosse ne pouvait intervenir sans procédure contradictoire préalable. Par suite, la décision attaquée était entachée d'un vice de procédure qui a privé la société pétitionnaire d'une garantie.

4. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques ". En vertu du premier alinéa de l'article L. 121-24 du même code : " Des aménagements légers, dont la liste limitative et les caractéristiques sont définies par décret en Conseil d'Etat, peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu'ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère remarquable du site ".

5. Il résulte de ces dispositions précitées que si les parties naturelles des sites inscrits ou classés, tels que les zones Natura 2000, doivent être présumées constituer un espace remarquable ou caractéristique du littoral, elles ne font pas obstacle à ce qu'une autorisation d'urbanisme soit accordée sur un terrain déjà urbanisé ou déjà altéré par l'activité humaine situé dans un site inscrit ou classé.

6. Il ressort de l'étude d'évaluation des incidences du projet réalisée en mai 2018, que l'ensemble du camping est situé au sein de deux sites Natura 2000 Basse-Plaine de l'Hérault, composés d'une zone spéciale de conservation présentant une diversité de zones humides en fonction du degré de salinité et zone de protection spéciale présentant un grand intérêt ornithologique et paysager. Il ressort toutefois de la même étude que la zone constituée par un rayon de 100 mètres autour du projet (dite " zone d'influence ") ne comprend aucune espèce (chiroptères ou oiseaux protégés), mais seulement des fourrés halophiles méditerranéens et des steppes salées méditerranéennes constituant des habitats d'intérêt communautaire, d'ailleurs dans un bon état de conservation. Par ailleurs, le site d'implantation des toboggans en litige se situe au cœur d'un camping d'au moins 530 emplacements, représentant une capacité d'accueil de 1600 personnes, avec de larges espaces totalement imperméabilisés. Ils constituent un aménagement ludique de trois piscines légalement construites, à proximité immédiate des bâtiments abritant l'organisation et les commerces du camping. Dès lors, si le terrain d'assiette du projet se situe dans deux zones Natura 2000, le caractère fortement anthropisé du terrain d'assiette du projet permet d'exclure la qualification, pour ce même terrain, d'espace remarquable ou caractéristique du littoral. Il s'en déduit que c'est à tort que le maire de Fleury d'Aude a refusé l'autorisation sollicitée en se fondant sur les dispositions précitées de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme.

7. Il résulte de ce qui précède que la SASU La Grande Cosse, est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2019 retirant le permis de construire délivré tacitement par le maire de Fleury d'Aude, ainsi que de la décision du 2 janvier 2020 portant rejet de son recours gracieux.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état de l'instruction, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des parties les sommes qu'elles se réclament mutuellement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Fleury d'Aude en date du 5 novembre 2019 et la décision du 2 janvier 2020 portant rejet de son recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Fleury d'Aude tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée à associé unique La Grande Cosse, à la commune de Fleury d'Aude.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le rapporteur,

A. A

Le président,

D. Besle

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er juillet 2022.

La greffière,

C. Arce lr

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