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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2003335

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2003335

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2003335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL ENARD-BAZIRE COLLIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le numéro 2003335, par une requête enregistrée le 28 juillet 2020, Mme B, représenté par la SELARL Enard-Bazire Colliou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision et l'arrêté en date du 2 juillet 2020 par lesquels le directeur du centre hospitalier de Béziers a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident de travail.

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Béziers de régulariser sa situation administrative dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Béziers une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 2 juillet 2020 est dépourvue de motivation en droit, que les circonstances de fait n'y sont pas clairement mentionnées et que l'arrêté du 2 juillet 2020 est dépourvu de motivation en fait ;

- la procédure est irrégulière, faute de saisine de la commission de réforme ;

- en l'absence de toute preuve apportée par le centre hospitalier de l'absence de lien entre l'accident et le service, elle doit bénéficier de la présomption d'imputabilité au service de l'accident et la décision est entachée d'erreur de droit ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 novembre et 14 décembre 2021, le centre hospitalier de Béziers, représenté par la SCP VPNG Avocats Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

II. Sous le numéro 2106792, par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, Mme B, représenté par la SELARL Enard-Bazire Colliou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 décembre 2021 du centre hospitalier de Béziers portant refus d'imputabilité au service de l'accident de travail survenu le 29 juin 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Béziers de régulariser sa situation administrative dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Béziers une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la signataire ne disposait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision est dépourvue de motivation en fait ;

- l'arrêté est illégal du fait d'une part, de l'absence d'un médecin spécialiste de sa pathologie et d'autre part, du fait que le médecin de prévention n'a pas été informé de la séance de cette commission de réforme, et n'a pas pu de ce fait remettre un rapport écrit, ce qui la prive d'une garantie ; l'avis de la commission de réforme n'est pas motivé ;

- l'arrêt est entaché d'erreur de droit car l'enquête administrative démontrant l'imputabilité de l'accident au service, elle devait bénéficier de la présomption d'imputabilité et de la prise en charge de l'arrêt de travail consécutif et ses soins reçus à ce titre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 avril et 25 novembre 2022, le centre hospitalier de Béziers, représenté par la SCP VPNG Avocats Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, première conseillère,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Lalubie, représentant le centre hospitalier de Béziers.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2003335 et 2106792 présentées pour Mme B sont relatives à la situation administrative d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme B, aide-soignante affectée en qualité d'auxiliaire de puériculture au sein de la crèche du centre hospitalier de Béziers, a adressé le 1er juillet 2020 un arrêt initial d'accident de travail survenu le 29 juin 2020. Par courrier du 2 juillet 2020, le directeur du centre hospitalier de Béziers a informé Mme B que le lien de causalité direct ne pouvait être établi, qu'il la plaçait en congé de maladie ordinaire pour la période du 30 juin au 3 juillet 2020, et que le centre hospitalier n'assurerait pas la prise en charge des soins afférents. Avec ce courrier lui était adressé un arrêté, daté du même jour, portant non-reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident de travail déclaré le 29 juin 2020. Le 3 décembre 2021, le directeur du centre hospitalier de Béziers a pris un nouvel arrêté par lequel il ne reconnaît pas l'imputabilité au service de l'accident de travail déclaré le 29 juin 2020. Par sa requête enregistrée sous le numéro 2003335, Mme B demande l'annulation du courrier du 2 juillet 2020 ainsi que de l'arrêté daté du même jour. Par sa requête enregistrée sous le numéro 2106792, elle demande l'annulation de l'arrêté du 3 décembre 2021.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté et du courrier datés du 2 juillet 2020 :

3. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ". Aux termes de l'article 16 du décret du 19 avril 1988, alors en vigueur : " La commission départementale de réforme prévue par le décret du 26 décembre 2003 mentionné ci-dessus est notamment consultée sur l'octroi du congé de maladie ou de longue maladie susceptible d'être accordé en application des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et sur l'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée , dans les conditions prévues au titre VI bis du présent décret. ". Aux termes de l'article 35-6 du même décret : " La commission de réforme est consultée : / 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service ; / 2° Lorsqu'un fait personnel du fonctionnaire ou toute autre circonstance particulière étrangère notamment aux nécessités de la vie courante est potentiellement de nature à détacher l'accident de trajet du service ; / 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ".

4. Il résulte de ces dispositions que la commission de réforme doit être consultée dans tous les cas où le bénéfice de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 est demandé par un agent, hormis le cas où le défaut d'imputabilité au service est manifeste, afin de déterminer notamment si l'accident qui est à l'origine de l'affection est ou non imputable au service.

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier a considéré que la blessure de Mme B n'était pas imputable au service, sans toutefois solliciter l'avis de la commission de réforme, démarche à laquelle il était astreint par l'effet des dispositions précitées dès lors que la demande d'imputabilité au service reposait sur un évènement survenu dans le temps et sur le lieu du service et dans l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions. Le centre hospitalier ne peut utilement se prévaloir qu'il a saisi cette commission ultérieurement, la légalité de l'arrêté en litige s'appréciant à la date de son édiction. Le défaut de consultation de la commission de réforme est de nature à priver Mme B d'une garantie.

7. Il en résulte que Mme B est fondée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2020. En revanche, elle n'est pas fondée à solliciter l'annulation du courrier daté du même jour, qui éclaire les motifs de l'arrêté mais ne constitue pas une décision distincte.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté daté du 3 décembre 2021 :

8.Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; (). Les décisions portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service d'une pathologie sont au nombre des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'un tel congé constitue un droit pour les fonctionnaires qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

9. La décision attaquée ne comporte en l'espèce aucune motivation en fait et se contente de viser l'avis défavorable de la commission de réforme du 23 novembre 2021, dont copie du procès-verbal était jointe. Toutefois, en admettant que l'administration ait entendu s'en approprier les termes en recourant à la motivation par référence, cet avis de la commission de réforme qui se borne à énoncer que " les critères médicaux ne sont pas remplis " est lui-même insuffisamment motivé. Le centre hospitalier défendeur ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'il ne pouvait faire apparaître des considérations d'ordre médical, alors que la motivation explicitée dans se écritures, soit l'absence d'un lien de causalité entre la pathologie décrite dans le certificat médical fourni par la requérante et le service, ne relève pas par elle-même de considérations de cet ordre. Dans ces conditions, Mme B n'a pas été mise à même de connaître la raison pour laquelle le centre hospitalier a refusé de reconnaître l'imputabilité de sa maladie au service. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté du 3 décembre 2021 doit être accueilli.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 3 décembre 2021 par lequel le directeur du centre hospitalier de Béziers a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de son accident de travail.

Sur les conclusions en injonction :

11. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, si le présent jugement implique que le centre hospitalier prenne une nouvelle décision sur l'imputabilité au service de l'accident subi par Mme B, il n'implique pas nécessairement qu'il régularise sa situation administrative. Dès lors, les conclusions de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier de Béziers la régularisation de sa situation administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme que ce soit, au titre des frais que le centre hospitalier de Béziers a exposés non compris dans les dépens.

13. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Béziers une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 juillet 2021 portant refus de l'imputabilité au service est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 3 décembre 2021 portant refus de l'imputabilité au service est annulé.

Article 3 : Le centre hospitalier de Béziers versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Béziers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au centre hospitalier de Béziers.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente,

Mme Crampe, première conseillère,

M. Huchot, premier conseiller.

Lu en audience publique le 7 décembre 2023.

La rapporteure

S. Crampe La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 décembre 2023.

La greffière,

M. A

2

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