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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2004112

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2004112

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2004112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BLANC - TARDIVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Sous le numéro 2004112, par une requête et des mémoires enregistrés les 18 septembre 2020, 28 février, 5 avril et 9 août 2022, Mme B C, représentée par la SELARL Blanc-Tardivel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 août 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues a délivré un permis de construire modificatif à la société civile immobilière Le Chastelet en vue de la modification de côtes altimétriques ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Géniès-des-Mourgues et de la société Le Chastelet une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le projet autorisé méconnaît la règle de hauteur fixée par l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme. La hauteur de 8,70 mètres a été portée à 9,21 mètres par le permis de construire initial puis à 9,56 mètres par le permis de construire modificatif ; le bâtiment pris comme référence pour la hauteur compose un seul immeuble recouvrant les deux parcelles cadastrées section AO n° 409 et n° 498. Il ne peut s'assimiler à l'immeuble immédiatement voisin pour l'application de ces dispositions.

Par des mémoires enregistrés les 30 avril 2021, 31 mars et 25 juillet 2022, la SCI Le Chastelet, représentée par Me Hamidi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 février et 29 mars 2022, la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues, représentée par l'AARPI MB Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour être tardive ;

- la requérante ne démontre pas son intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

II- Sous le numéro 2005740, par une requête et des mémoires enregistrés les 14 décembre 2020, 28 février, 5 avril et 2 mai 2022, Mme B C, représentée par la SELARL Blanc-Tardivel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 octobre 2019 par lequel le maire de la commune de Saint-Géniès-des-Mourgues a délivré un permis de construire à la SCI Le Chastelet en vue de la création d'un cabinet médical pluridisciplinaire, de l'agrandissement et de la mise en conformité d'une pharmacie ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Géniès-des-Mourgues et de la SCI Le Chastelet une somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure à défaut d'avoir été précédé de la saisine de la commission d'urbanisme chargée de l'instruction des autorisations, prescrite par l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après PLU) ;

- l'article UA12 du règlement du PLU régissant le stationnement est méconnu, en ce que le permis de construire ne prévoit pas d'emplacements de stationnement en nombre suffisant ; la convention d'amodiation est illégale car elle ne prévoit pas de redevance, elle est dépourvue de motivation, et contraire à l'affectation du domaine public, et qu'elle méconnaît les règles de mise en concurrence et de la commande publique ;

- cette convention d'amodiation n'est pas une concession à long terme ;

- la construction aggrave la méconnaissance, par le bâtiment principal, de la règle de hauteur prescrite par l'article UA10 du règlement du PLU.

Par des mémoires enregistrés les 30 avril 2021 et 31 mars 2022, la société civile immobilière Le Chastelet, représentée par Me Hamidi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour être tardive ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 février, 29 mars et 12 avril 2022, la commune de Saint-Géniès-des-Mourgues, représentée par l'AARPI MB Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable à défaut pour la requérante de démontrer son intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rouault, représentant Mme C, de Me Lenoir, représentant la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues et de Me Hamidi, représentant la société Le Chastelet.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2004112 et n° 2005740, présentées pour Mme C, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par arrêté du 11 octobre 2019, le maire de la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues a accordé à la SCI Le Chastelet un permis de construire, pour la création d'un cabinet médical et l'agrandissement d'une pharmacie, avec démolition partielle, sur un terrain sis 49 rue du Château en zone UA du plan local d'urbanisme (ci-après PLU). Mme C a saisi le maire d'un recours gracieux tendant au retrait de cette autorisation, demeuré sans réponse. Par sa requête, n° 2005740, elle demande l'annulation de l'arrêté de permis de construire du 11 octobre 2019 et par sa requête n°2004112, l'annulation de l'arrêté de permis de construire modificatif du 11 août 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la légalité du permis de construire initial et du permis de construire modificatif :

3. Aux termes de l'article UA10 du règlement du PLU de la commune de Saint Geniès-des-Mourgues : " La hauteur des constructions est mesurée à partir du niveau du sol existant jusqu'au sommet du bâtiment, ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures exclus. Lorsque le terrain est en pente, la hauteur des constructions est mesurée au milieu des façades de chaque volume bâti. Les façades de volumes bâtis très longs sont divisées en sections égales n'excédant pas 20 mètres de longueur et la hauteur est mesurée au milieu de chacune d'elle. La construction doit également s'adapter au terrain naturel. La hauteur des constructions ne pourra soit être supérieure à 1,5 fois la largeur de la voie soit être fixée au maximum à la plus grande hauteur des immeubles immédiatement voisins ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la hauteur mesurée jusqu'au sommet du bâtiment, désigné comme le " faîtage " au plan de coupe AA, initialement de 69,56 m, est portée à 69,91 NGF par le permis de construire modificatif. Il en résulte que, contrairement à ce qui est soutenu en défense, ces hauteurs ne sont pas strictement identiques. En revanche, alors que ces dispositions autorisent alternativement une hauteur maximale mesurée par rapport à la largeur de la voie ou alignée sur le bâtiment immédiatement voisin, il ressort des plans de coupe PC5/1 et PC5.2 l'existence d'un faitage existant disposé à 69,91 NGF, qui doit être regardé, pour l'application des dispositions de l'article UA10 du règlement du PLU comme " la plus grande hauteur des immeubles immédiatement voisins ". Ces dispositions n'excluent pas que l'immeuble immédiatement voisin soit situé sur la même parcelle et en continuité de la construction nouvellement autorisée. Le bâtiment dont la hauteur a été prise comme référence, s'il fait partie d'un îlot urbain, comprend une toiture qui le distingue des autres bâtiments mitoyens, et doit être regardé comme un bâtiment distinct, alors même que l'intérieur de ces bâtiments adjacents a été rendu communicant. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier un rehaussement de ce bâtiment existant, le projet ne saurait conduire à une aggravation de la méconnaissance de la règle de hauteur. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance par le projet en litige de la règle de hauteur fixée par l'article UA10 du règlement du PLU doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la légalité du permis de construire initial :

5. Aux termes de l'article UA11 du règlement du PLU de la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues : " () Afin de garantir un caractère d'ensemble à l'agglomération et d'en préserver les qualités d'aspect, les constructions doivent respecter les prescriptions suivantes (tout projet sera soumis à la commission d'urbanisme chargé de l'instruction des autorisations) () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune a attesté, le 14 septembre 2021, que le dossier de demande de permis de construire en litige, déposé en mairie le 22 mars 2019, a été soumis à la " commission urbanisme " le 3 avril 2019, conformément aux dispositions précitées. Ces dispositions n'impliquaient pas, contrairement à ce qui est soutenu, que cette commission formalise un avis émis sur le projet. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article L.151-33 du code de l'urbanisme : " Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, celles-ci peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette ou dans son environnement immédiat. Lorsque le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition à une déclaration préalable ne peut pas satisfaire aux obligations résultant du premier alinéa, il peut être tenu quitte de ces obligations en justifiant, pour les places qu'il ne peut réaliser lui-même, soit de l'obtention d'une concession à long terme dans un parc public de stationnement existant ou en cours de réalisation et situé à proximité de l'opération, soit de l'acquisition ou de la concession de places dans un parc privé de stationnement répondant aux mêmes conditions. () ".

8. Aux termes de l'article UA12 du règlement du PLU de la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations doit être assurés en dehors des voies publiques ou privées sur des emplacements prévus à cet effet. Selon la destination de la construction, le nombre d'emplacements doit être au moins égal à : commerces : une place par quarante mètres carrés de surface de plancher ; () activité : une place par vingt-cinq mètres carrés de surface de plancher ; () En cas d'impossibilité de réaliser les places de stationnement sur le terrain d'assiette ou dans l'environnement immédiat, les dérogations de l'article L. 123-1-12 s'appliquent : obtention d'une concession à long terme ou acquisition de places dans un parc privé.".

9. D'une part, Mme C ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité de la convention d'amodiation prévue entre la commune et la pétitionnaire, qui prévoit la mise à disposition de la pharmacie et de l'activité médicale projetées d'emplacements de stationnement, ce document étant régi par une législation indépendante.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la surface de la pharmacie, qui entre dans la catégorie des commerces, est de 176 m2, ce qui requiert la création d'1 place de stationnement pour 40 m2, soit 4 places. Celle de l'activité médicale, qui occupe 125 m2, requiert la création d'1 place par tranche de 20 mètres carrés de surface de plancher, soit 5 places. Le total, de 9 places, est inférieur au nombre d'emplacements prévus au projet, soit 10 places auxquelles s'ajoute celle destinée aux personnes à mobilité réduite. La convention d'amodiation par laquelle la commune met à disposition, aux heures d'ouverture de la pharmacie et du cabinet médical, ces emplacements de stationnement, ne comporte pas de terme. Mme C n'est donc pas fondée à soutenir que sa durée s'opposerait à ce qu'elle tienne lieu de la concession à long terme prévue par les dispositions précitées. Par conséquent, le projet en litige, qui prévoit 10 emplacements de stationnement, respecte l'obligation fixée par l'article UA12.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de arrêtés des 11 octobre 2019 et 11 août 2020, par lesquels le maire de la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues a délivré un permis de construire puis un permis de construire modificatif à la SCI Le Chastelet, en vue de la création d'un cabinet médical pluridisciplinaire et de l'agrandissement d'une pharmacie.

Sur les conclusions tendant à l'allocation des dépens :

12. La présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de la SCI Le Chastelet et tendant à ce que Mme C supporte les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues et de la SCI Le Chastelet, qui ne sont pas dans la présente instance parties perdantes, les sommes demandées par Mme C, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

14. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme C une somme de 750 euros à verser respectivement à la SCI Le Chastelet et à la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera à respectivement à la SCI Le Chastelet et à la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues et à la SCI Le Chastelet.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rigaud, présidente,

Mme Crampe, première conseillère,

M. Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure

S. Crampe La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 octobre 2022.

La greffière,

M. A

N° 2005740

aj

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