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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2004327

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2004327

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2004327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantBILLET SERGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 octobre 2020 et 22 janvier 2021, Mme B F, représentée par Me Billet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 4 juin, 13 juillet et 22 juillet 2020 du directeur du centre hospitalier universitaire de Montpellier prononçant sa mise à la retraite d'office pour invalidité ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'établissement de procéder à son reclassement interne et externe dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et d'assortir cette injonction d'une astreinte dont il appartiendra à la présente juridiction d'en fixer le montant ainsi que la date d'effet ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ; elles mettent fin à un processus de reclassement externe en cours ; le centre hospitalier se retranche derrière des éléments anciens et non probants pour mettre un terme au reclassement externe de façon brutale et arbitraire sans prendre en compte l'état d'urgence sanitaire alors en vigueur jusqu'au 11 juillet 2020 ;

- l'avis du comité médical supérieur n'est pas motivé et ne prend pas en compte les possibilités de reclassement extérieur ;

- elle n'est pas inapte à tout poste ; aucune mesure ni assistance ne lui a été apportée pour parvenir au reclassement externe ni pour envisager la mise en place d'une formation ; son reclassement n'a pas été mené correctement et loyalement ; aucune formation ne lui a été proposée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2020, le centre hospitalier universitaire de Montpellier conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme F une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Menvielle, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, aide-soignante au sein du centre hospitalier universitaire de Montpellier depuis 2001 a été, à compter du 17 janvier 2013, placée en disponibilité d'office. Par décision du 13 juillet 2020 le directeur du centre hospitalier a prononcé son admission à la retraite d'office pour invalidité à compter du 11 juillet 2020. Par la présente requête, Mme F demande au tribunal l'annulation des décisions des 4 juin, 13 et 22 juillet 2020 prises par le directeur du centre hospitalier universitaire à son égard.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des courriers des 4 juin et 22 juillet 2020 :

2. Mme F demande l'annulation des courriers des 4 juin et 22 juillet 2020 en tant qu'ils l'admettent à la retraite d'office pour invalidité. Toutefois, il résulte de leurs termes mêmes que ces derniers n'ont pour objet que de répondre aux sollicitations de l'intéressée relatives à sa volonté de bénéficier d'un reclassement externe et d'une réorientation professionnelle. Par suite, alors qu'ils n'ont pas l'objet que Mme F leur donne, les moyens soulevés par l'intéressée dirigés contre ces courriers qui, au demeurant, ne comportent aucun caractère décisoire, ne peuvent qu'être écartés.

S'agissant de l'arrêté du 13 juillet 2020 :

3. En premier lieu, par une décision du 29 août 2019 régulièrement publiée au recueil spécial n° 122 du 6 septembre 2019, Mme A H, directrice adjointe des ressources humaines et de la formation, a été habilitée à signer la décision en litige en cas d'absence ou d'indisponibilité de Mme D. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () - retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". La décision qui, comme en l'espèce, constate l'inaptitude définitive et absolue d'un agent et indique qu'il sera mis à la retraite pour invalidité mettant ainsi fin avant son terme normal à sa carrière, est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées.

5. Mme F ne peut utilement soutenir que cet arrêté est insuffisamment motivé en se bornant à relever que le courrier du 4 juin se contente de viser l'avis favorable de la caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales pour la mise en retraite par voie d'invalidité. Toutefois, et en tout état de cause, l'arrêté qui vise les dispositions statutaires des agents de la fonction publique hospitalière, précise que le reclassement pour raisons de santé de l'intéressée n'a pu aboutir et vise l'avis du 8 juin 2017 du comité médical départemental, celui du 29 août 2017 de la commission départementale de réforme et celui du 8 octobre 2019 du comité médical supérieur, avis qui ont tous été préalablement notifiés à l'intéressée, présente les motifs de faits et de droit qui le fonde et est, ainsi, suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, applicable à la date de la décision attaquée : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état de santé, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état de santé. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans leur administration d'origine ou à défaut dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. Par dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé. Ce dernier dispose en ce cas de voies de recours. ".

7. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, par suite de l'altération de son état, il incombe à l'administration, après avis du comité médical dans l'hypothèse où l'état du fonctionnaire a nécessité l'octroi d'un congé de maladie, de rechercher si le poste occupé par ce fonctionnaire peut être adapté à son état ou, à défaut, dans le respect des conditions précitées, de le reclasser, de le placer en disponibilité ou de l'admettre à la retraite.

8. Mme F, aide-soignante au sein d'un service de gériatrie du centre hospitalier universitaire de Montpellier, a été arrêtée à multiples reprises à compter de 2011 pour raisons de santé. Le 10 décembre 2015, le comité médical départemental a émis un avis favorable à son reclassement sur un poste de consultation ou sur un poste administratif. Ce même comité a dans un avis du 10 mars 2016 constaté que si l'intéressée était définitivement inapte à ses fonctions d'aide-soignante elle était apte à toute autre fonction. Par courrier du 18 avril 2016, l'établissement de santé a communiqué à Mme F le sens de ces avis rendus par le comité médical sur sa situation, et l'a alors informée qu'il procédait à une recherche de poste en prenant en compte l'ensemble des informations médicales portées à sa connaissance, notamment celles de l'avis du médecin du travail, le docteur G, qui, dans ses avis des 15 septembre et 6 octobre 2014, précisait " qu'elle était inapte à tout poste en gériatrie. Inapte à tout poste comportant les soins d'hygiène et de confort aux patients et nécessitant une trop grande proximité avec les patients. Pas de tâches d'entretien, ni de brancardage. Un essai de reprise peut être tenté sur un poste comportant des tâches de type administratif, de l'accueil au sein d'une petite équipe de travail et à un rythme non soutenu " et celles du médecin conseiller technique du centre hospitalier, le docteur E, qui précisait dans ses avis, avec sapiteur, des 19 novembre 2014 et 18 mars 2015, que " les troubles psychiques présentés par Mme F la rendent inapte totalement et définitivement à l'exercice de ses fonctions d'aide-soignante. Des réserves importantes sont retenues concernant sa capacité à exercer d'autres fonctions comportant un travail en équipe sous contrôle hiérarchique ".

9. Par courriers des 31 mai, 22 juin, 12 juillet et 25 août 2016, le centre hospitalier a envoyé à Mme F la liste des emplois vacants. S'il est vrai que cette dernière s'est positionnée sur plusieurs d'entre eux, il ressort des pièces du dossier que ces postes n'étaient pas conformes soit aux restrictions médicales nécessitées par son état de santé soit à la quotité de travail souhaitée par l'intéressée de 80 %. Par courrier du 6 septembre 2016, l'intéressée a été conviée à un rendez-vous afin de faire un bilan de compétence, tenant l'échec de son reclassement, avec la responsable du pôle accompagnement professionnel et social de la direction des ressources humaines et une assistante sociale. Par la suite, le 18 octobre 2016, Mme F a sollicité le suivi par un psychologue afin de procéder à sa réorientation. A la suite de ces rendez-vous, la requérante a élaboré un projet d'agent d'accueil et un projet d'agent administratif et a émis le souhait de bénéficier d'une formation en bureautique. Si elle produit des renseignements pris auprès d'organismes afin de bénéficier de cette formation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait transmis à la psychologue qui l'accompagnait, conformément à la demande de celle-ci, les modes de financement possible et des dates prévisionnelles d'entrée et de durée des formations pour en discuter ensemble afin de déterminer la formation la plus adaptée et de transmettre le relais au secteur de la formation continue. En outre, par courrier du 2 avril 2020 la direction de l'établissement demandait à l'intéressée de lui indiquer le centre de formation qui avait prévu de l'accueillir et la date. En mai 2020, le gestionnaire lui a communiqué, suite à sa demande, le lien vers le site internet de publication de toutes les offres de postes publics vacants sur le territoire. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier universitaire n'a pas cherché à procéder de façon loyale et sérieuse à son reclassement tant en interne qu'en externe. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et n'est pas utilement contesté par l'intéressée que son état de santé est désormais considéré comme inapte à toute fonction. En effet, tant le comité médical départemental dans son avis du 8 juin 2017, la commission de réforme dans son avis du 29 août 2017 que l'expert psychiatrique dans son avis du 4 juillet 2019 concluent à son inaptitude définitive à toute fonction. En particulier, l'expert psychiatrique relève que Mme F " ne nous semble pas en capacité de pouvoir interagir de façon sereine sur le plan professionnel avec des collègues ou des supérieurs hiérarchiques sans ressenti persécutoire interprétatif avec vécu projectif complexifiant lourdement les relations, faisant monter son niveau d'angoisse et son malaise et la propulsant à nouveau vers l'arrêt professionnel inéluctable ".

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme F ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme F au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme F la somme que le centre hospitalier demande au titre des frais exposés pour assurer sa défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Montpellier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 février 2023.

Le greffier,

M. C.

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