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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2004755

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2004755

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2004755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP CORNET VINCENT SEGUREL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 octobre 2020 et le 10 mai 2021, la société Amatsigroup, représentée par la Selarl Cornet-Vincent-Ségurel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 août 2020 par laquelle la ministre du travail a rejeté sa demande rejetant son recours hiérarchique formé le 4 mars 2020 contre la décision de l'inspecteur du travail de la section 7 de l'unité départementale de l'Hérault refusant d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A C, ainsi que la décision de l'inspecteur du travail en date du 6 janvier 2020 refusant d'autoriser ce licenciement pour motif disciplinaire de son salarié ;

2°) d'enjoindre à l'inspecteur du travail de l'unité départementale de l'Hérault de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la ministre du travail émane d'une autorité incompétente ;

- la décision de l'inspecteur du travail n'a pas respecté le principe du contradictoire ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- les faits reprochés au salarié sont matériellement établis ;

- ces faits sont suffisamment graves pour justifier ce licenciement et les motifs de refus opposés par la ministre du travail sont inopérants ;

- les attestations produites par M. C sont dénuées de valeur probante.

Par des mémoires en défense, enregistré le 23 décembre 2020 et le 3 août 2021, M. A C, représenté par Me Bessa-Soufi, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative ;

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

La ministre chargée du travail a été mise en demeure de produire des observations en défense le 21 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Lafon, rapporteur public,

- les observations de Me Lepoittevin représentant la société Amatsigroup, et de Me Bessa-Soufi, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été recruté en 2016 par la société Amatsigroup, sous contrat de travail à durée indéterminée, en qualité de technicien de maintenance. Elu en mars 2018 membre titulaire du comité social économique (CSE), son employeur lui a reproché d'avoir, lors d'une altercation survenue le 31 octobre 2019, tenu des propos irrespectueux et déplacés à l'égard du directeur technique et directeur de site par intérim et d'avoir eu à son égard un comportement provocateur, intimidant et menaçant, et a demandé, le 21 novembre 2019, l'autorisation de le licencier pour motif disciplinaire. Par une décision du 6 janvier 2020, l'inspectrice du travail de la section 7 de l'unité départementale de l'Hérault a refusé d'accorder cette autorisation. Sur le recours hiérarchique de la société reçu le 5 mars 2020, la ministre du travail a, par une décision du 21 août 2020 qui s'est substituée à sa décision implicite de rejet née le 6 juillet 2020, confirmé la décision de l'inspectrice du travail. Par la présente requête, la société Amatsigroup demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Malgré une mise en demeure dont elle a accusé réception le 22 décembre 2021, la ministre du travail n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant. En outre, l'acquiescement aux faits est en lui-même sans conséquence sur la qualification juridique au regard des textes sur lesquels l'administration s'est fondée ou dont le requérant revendique l'application.

3. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser le licenciement de M. C, la ministre du travail a considéré que le premier grief relatif à l'altercation du 31 octobre 2019 avec le directeur technique de l'entreprise (N+2) était établi en l'absence de contestation par M. C et au regard des témoignages concordants de son supérieur hiérarchique direct et de la responsable du service des ressources humaines. Si la ministre a reconnu la matérialité du deuxième grief, constitué par un comportement provocateur et intimidant de M. C consistant notamment à se rapprocher physiquement à plusieurs reprises du directeur technique, jusqu'à le toucher, elle a toutefois estimé que la profération de menaces claires à l'encontre de celui-ci n'était pas démontrée.

5. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi qu'il est confirmé par les témoignages complémentaires, précis et concordants, du directeur technique en date du 20 février 2020 et du supérieur hiérarchique direct de M. C en date du 12 février 2020 que l'intéressé a poussé physiquement le directeur technique contre une porte de placard en criant à 10 cm de son visage : " je ne suis pas ton chien, je ne te respecte pas, tu ne vaux rien ou tu n'es rien, rien à foutre de ce que tu veux ou de tes règles ", " je ne serai jamais ni ton larbin, ni ton esclave ou ton chien, j'en ai plus rien à foutre de toi ou de tes règles. N. K.. je lui chie dessus " puis " viens je t'emmène, on va y aller tous les deux " en réponse à une menace de dépôt de plainte, " envoie encore un mail comme ça et tu vas voir ", " il me cherche encore ' je ne réponds plus de rien ! ". Le lendemain M. C, a réitéré ses propos auprès de son supérieur hiérarchique direct. Il s'ensuit que le grief fondé sur l'existence de menaces physiques doit être regardé comme suffisamment établi par l'employeur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être accueilli.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que la ministre du travail aurait pris la même décision si elle avait retenu le grief tiré des menaces physiques, qui ajoutées à l'altercation verbale, représentaient une réaction disproportionnée à la remarque, fut-elle désobligeante, du directeur technique sur le fait que M. C " n'avait pas oublié de l'appeler durant son astreinte pour lui signaler un problème ". Dès lors, ces menaces constituent une faute grave de nature à justifier une mesure de licenciement.

7. Si M. C se prévaut de l'absence de précédentes sanctions, il ressort d'un témoignage de la responsable de la production que M C a déjà fait preuve le 9 juillet 2018 d'un comportement agressif. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la direction, qui a créé un poste d'encadrement intermédiaire entre lui et le directeur technique, aurait manqué à ses obligations contractuelles, notamment à 1'obligation de sécurité en matière de santé physique et mentale de ses salariés en laissant perdurer des conflits, sans lui apporter de solution. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de licenciement présentait un lien avec le mandat exercé par l'intéressé.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Amatisgroup est fondée à demander l'annulation de la décision de la ministre du travail en date du 21 aout 2020 et de la décision, fondée sur les mêmes motifs, de l'inspecteur du travail de la section 7 de l'unité départementale de l'Hérault du 6 janvier 2020, refusant d'autoriser le licenciement de M. A C, pour motif disciplinaire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. L'annulation de la décision du ministre confirmant la décision de refus de licenciement de l'inspecteur du travail implique qu'il soit enjoint à l'administration, qui demeure saisie de la demande d'autorisation de licenciement de la société Amatisgroup, procède au réexamen de cette demande dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit mis à la charge de la société Amatisgroup, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Amatisgroup sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre du travail du 21 aout 2020 et de l'inspecteur du travail du 6 janvier 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l'inspecteur du travail de l'unité départementale de l'Hérault de statuer à nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement de M. C présentée par la société Amatisgroup dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de la société Amatisgroup présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à la société Amatisgroup, à M. A C et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

S. Encontre La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2022.

La greffière,

C. Arce

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