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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2004841

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2004841

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2004841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKOUAHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Kouahou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil et notamment le versement de son allocation pour demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et le versement de son allocation pour demandeur d'asile, sous 24 heures et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à payer une somme de 1 500 euros à verser à Me Kouhaou en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure pour non-respect du principe du contradictoire ;

- par son attitude, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a porté atteinte à son obligation de loyauté ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 20 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Couégnat, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1 M. B, ressortissant syrien né le 18 janvier 1996, a présenté une demande d'asile en France enregistrée le 14 mai 2018 et a été admis le même jour au bénéfice des conditions matérielles d'accueil par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par un courrier du 13 mars 2020, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à M. B son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 6 août 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de cette date.

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du même code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. ". Aux termes de l'article D. 744-38 de ce code, dans sa rédaction alors en vigueur : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".

3. La décision attaquée mentionne les textes applicables et énonce le motif sur lequel se fonde la suspension prononcée, à savoir la circonstance que le requérant n'a pas rejoint le lieu d'hébergement suite à l'orientation prononcée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 20 février 2020 et le non-respect par le requérant des exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile. Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de son défaut de motivation peut, dès lors, être écarté.

4. Il ne ressort pas des termes de la décision, qui mentionne que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. B ne fait pas apparaitre de facteur particulier de vulnérabilité, ni de besoins particuliers en matière d'accueil et fait référence à la procédure contradictoire qui l'a précédée, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen réel et particulier de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée. Le moyen tiré de l'erreur de droit qui aurait ainsi été commise doit donc être écarté.

5. Il ressort des pièces du dossier que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. B par un courrier recommandé avec accusé de réception du 13 mars 2020 de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil en lui précisant les motifs de sa décision et l'informant qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations à la direction territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Montpellier. Il ressort des pièces du dossier qu'un premier avis de réception a été délivré le 16 mars 2020 et que le pli a été retourné à l'Office français de l'immigration et de l'intégration avec la mention " avisé et non réclamé ". Si le requérant fait valoir à juste titre que le délai qui lui était imparti pour produire ses observations a été interrompu par les dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020 modifié relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire, ce délai, qui était de quinze jours et non de deux mois, a recommencé à courir à l'issue de la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire déclaré dans les conditions de l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 et était expiré à la date à laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pris la décision contestée. Par suite le moyen tiré du vice de procédure contradictoire manque en fait et doit être écarté.

6. Si M. B se prévaut de sa situation de vulnérabilité, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, célibataire âgé de 24 ans, qui ne fait état d'aucun problème de santé, et qui indique avoir trouvé un logement et bénéficier d'aides caritatives, se trouvait, à la date de la décision contestée dans une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'apporte aucun élément justifiant les raisons pour lesquelles il s'est abstenu de respecter les exigences des autorités chargées de l'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu légalement suspendre ses conditions matérielles d'accueil.

7. Dès lors qu'ainsi qu'il l'a été dit aux points précédents la décision contestée n'est pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'absence de loyauté de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 6 août 2020 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Kouhaou.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

M. Couégnat

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 octobre 2023.

La greffière,

M. C 00

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