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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2005144

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2005144

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2005144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 novembre 2020, 18 février et 27 juin 2022, M. A F, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 7 septembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge les contributions spéciale et forfaitaire prévues par les articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartiendra à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de produire la délégation de signature de l'auteur de la décision ainsi que la lettre du 23 juin 2020 mettant en œuvre la procédure contradictoire ;

- la procédure est irrégulière et la décision privée de base légale, car il n'a jamais eu connaissance de la lettre du 23 juin 2020 lui demandant de présenter ses observations.

- il n'a pas embauché son demi-frère Hassen F et les auditions en attestent ;

- la procédure est viciée dès lors qu'il n'a pas été informé de son droit à demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel les contributions ont été mises à sa charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2020 et des pièces enregistrées le 9 mars 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Lafon, rapporteur public,

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. F.

Une note en délibéré, présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistrée le 11 juillet 2022.

Considérant ce qui suit

1. A la suite d'un procès-verbal établi le 17 septembre 2019 par les services de police, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de M. F, par décision du 7 septembre 2020, la somme de 15 000 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour l'emploi irrégulier d'un travailleur étranger démuni d'autorisation de travail et de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement prévue à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. F demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, engager, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Selon l'article L. 5221-8 du même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines. ". Aux termes de l'article R. 8253-1 du même code : " La contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. / Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail. ".

3. D'autre part, l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution. () / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue au premier alinéa les dispositions prévues aux articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. () / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat.) " et l'article R. 626-1 du même code que : " I.- La contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue à l'article L. 626-1 est due pour chaque employé en situation irrégulière au regard du droit au séjour. / Cette contribution est à la charge de l'employeur qui, en violation de l'article L. 8251-1 du code du travail, a embauché ou employé un travailleur étranger dépourvu de titre de séjour. / II.- Le montant de cette contribution forfaitaire est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé du budget, en fonction du coût moyen des opérations d'éloignement vers la zone géographique de réacheminement du salarié, dans la limite prescrite à l'alinéa 2 de l'article L. 626-1. ".

4. La qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, de contrôler l'exécution dudit contrat et de sanctionner les manquements de son subordonné. Pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient en conséquence à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues respectivement par les dispositions précitées de l'article

L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient également de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit, pour la contribution spéciale, d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5223-21 du code du travail : " Le directeur général [de l'Office français de l'immigration et de l'intégration] peut déléguer sa signature à tout agent de l'établissement exerçant des fonctions d'encadrement. () ". Par une décision du 19 décembre 2019, publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'office a donné délégation de signature à Mme E B, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme B doit être écarté.

6. En deuxième lieu, si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.

7. M. F soutient qu'il n'a jamais eu connaissance de la lettre du 23 juin 2020 l'informant de la mise en œuvre des dispositions des articles L. 8251-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et l'invitant à présenter des observations. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette lettre, adressée au requérant sous pli recommandé avec avis de réception, a été présentée à sa dernière adresse connue de l'administration le 29 juin 2020 et retournée à l'expéditeur avec la mention " pli avisé non réclamé ". S'il est vrai que ce courrier, versé au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ne contenait pas l'information relative au droit de l'intéressé à demander communication du procès-verbal fondant les contributions, M. F, qui n'a pas réclamé le pli recommandé en dépit de l'avis de sa mise en instance au bureau de poste, ne peut, dans ces conditions, se prévaloir d'une méconnaissance des droits de la défense qui aurait été commise par l'office pour ce motif. Eu égard aux circonstances de l'espèce, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'absence d'information du requérant de ses droits à la défense doit être écarté.

8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et des constatations du procès-verbal du 17 septembre 2019, qui fait foi jusqu'à preuve contraire, que M. D F a été contrôlé en situation de travail sur un chantier de logements, affairé à poser des plinthes de carrelage. Interrogé par les policiers sur les raisons de sa présence, il a déclaré être de nationalité tunisienne, entré en France depuis 4 mois et travailler pour le compte du requérant qui est son frère. Le chef de chantier de la société Sud H Revêtement ainsi que son directeur ont indiqué avoir sous-traité la pose de plinthes à M. A F, autoentrepreneur, en produisant le contrat de sous-traitance conclu le 9 septembre 2019. M. D F a confirmé par la suite, lors de son audition qu'il s'agissait de son premier jour de travail. Dès lors que l'intéressé a effectué un travail pour le compte de M. A F alors qu'il était dépourvu des titres l'autorisant à séjourner et à travailler en France, la matérialité des faits est établie.

9. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée, par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis en œuvre les contributions spéciale et forfaitaire pour l'emploi d'un étranger démuni d'une autorisation l'autorisant à travailler en France.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. F, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure

S. CLa présidente,

S. EncontreLa greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 juillet 2022.

La greffière,

C. Arce

dl

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