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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2005626

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2005626

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2005626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantZENOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2020, M. C A, représenté par Me Zenou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Carcassonne a prononcé sa révocation à effet du 1er décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Carcassonne de le réintégrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Carcassonne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée ainsi que l'avis du conseil de discipline émis le 15 octobre 2020 ne sont pas suffisamment motivés ;

- sa convocation devant le conseil de discipline ne respecte pas le délai de 15 jours prévu par l'article 2 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le vote au sein du conseil de discipline est entaché d'irrégularité au regard des dispositions de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 en ce que la majorité requise n'a pas été atteinte et que le président du conseil de discipline n'a pas mis aux voix les autres sanctions encourues en commençant par la plus sévère après la sanction proposée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que les faits reprochés ne sont pas constitutifs d'une faute disciplinaire ;

- la sanction de révocation qui lui a été infligée est disproportionnée.

Par courrier du 10 juin 2021, le centre hospitalier de Carcassonne a été mis en demeure de produire des observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2005627 du 21 décembre 2020 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier a suspendu l'exécution de la décision du 22 octobre 2020.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 83-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°2003-655 du 18 juillet 2003 relatif aux commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Zenou, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté par le centre hospitalier de Carcassonne à compter du 1er décembre 2016 en qualité d'animateur titulaire affecté auprès de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Rives d'Ode ". Après avis du conseil de discipline réuni le 15 octobre 2020, le directeur de cet établissement a, par une décision du 22 octobre 2020, prononcé à l'encontre de M. A une sanction de révocation et l'a radié des cadres à compter du 1er décembre 2020. Il s'agit de la décision dont l'annulation est demandée, pour excès de pouvoir, dans la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. A titre préliminaire, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'État, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; () ". Enfin aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

4. Par la décision attaquée du 22 octobre 2020, le directeur du centre hospitalier de Carcassonne a prononcé la révocation de M. A aux motifs que " les faits caractérisés et reprochés à l'intéressé sont en totale contradiction avec les obligations des fonctionnaires et justifient une sanction disciplinaire du 4ème groupe ". Cette décision ne permet pas d'identifier les agissements reprochés à l'agent et est ainsi insuffisamment motivée en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 susvisé : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () ". Le délai de quinze jours mentionné par ces dispositions constitue pour l'agent concerné une garantie visant à lui permettre de préparer utilement sa défense. Par suite, la méconnaissance de ce délai a pour effet de vicier la consultation du conseil de discipline, sauf s'il est établi que l'agent a été informé de la date du conseil de discipline au moins quinze jours à l'avance par d'autres voies.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été convoqué à la réunion du 15 octobre 2020 du conseil de discipline, le 9 octobre 2020, soit moins de quinze jours avant la séance. Il est dès lors fondé à soutenir que la décision du 22 octobre 2020 prononçant sa révocation est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 : " Le conseil de discipline, compte tenu des observations écrites et des déclarations orales produites devant lui, ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / À cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. / Si aucune proposition de sanction n'est adoptée, le président propose qu'aucune sanction ne soit prononcée. / La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents est transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 53 du décret précité du 18 juillet 2003 : " Les commissions administratives paritaires émettent leur avis à la majorité des suffrages exprimés, sauf lorsqu'elles siègent en matière disciplinaire. Dans ce dernier cas, leur avis est requis à la majorité des membres présents. ( ) ".

8. En l'espèce, la sanction contestée a été prise au vu de l'avis rendu par le conseil de discipline réuni le 15 octobre 2020. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de cette réunion, à laquelle assistaient deux représentants de l'administration et deux représentants du personnel, la proposition de sanction de révocation a obtenu deux voix favorables, une voix défavorable tandis qu'un des membres du conseil s'est abstenu. Or, il ressort des dispositions citées au point précédent que la proposition retenue par le conseil de discipline doit être celle qui recueille l'accord de la majorité des membres présents, et non celle qui obtient la majorité des suffrages exprimés. Dès lors, en proposant une sanction adoptée par deux membres du conseil de discipline alors que la majorité des membres présents était fixée à trois, le centre hospitalier de Carcassonne a entaché sa décision d'un vice de procédure. Il est en outre constant que le président du conseil de discipline n'a pas soumis au vote des propositions portant sur des sanctions moins sévères. Il ne peut ainsi être exclu qu'une majorité aurait pu être trouvée pour une autre sanction de sorte que le requérant a été privé d'une garantie. Dans ces conditions, l'avis émis par le conseil de discipline méconnaît les dispositions précitées de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 octobre 2020 du directeur du centre hospitalier de Carcassonne.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

11. L'annulation de la décision en litige prononçant la révocation de M. A implique nécessairement la réintégration juridique de l'intéressé dans ses fonctions à la date de son éviction illégale, soit le 1er décembre 2020, ainsi que la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux à cette même date avant, le cas échéant, de prendre une nouvelle sanction. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Carcassonne de réintégrer juridiquement M. A dans ses fonctions à la date du 1er décembre 2020, de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux en conséquence, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de M. A les frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 octobre 2020 du directeur du centre hospitalier de Carcassonne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Carcassonne de réintégrer juridiquement M. A dans ses fonctions à la date du 1er décembre 2020, de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux en conséquence, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au centre hospitalier de Carcassonne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 novembre 2022.

La greffière,

M. B00

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