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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2024379

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2024379

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2024379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et un bordereau de pièces enregistrés les 1er septembre 2020, 31 mai et 1er juin 2021, la société civile immobilière de construction-vente (SCICV) Ô Cosy, représentée par Me Bouyssou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 mars 2020 par lequel le maire de la commune de la Salvetat Saint Gilles a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif, ensemble la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux du 15 mai 2020 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de la Salvetat Saint Gilles de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de la Salvetat Saint Gilles la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté en litige :

- est insuffisamment motivé en fait ;

- le refus de permis de construire modificatif qui lui est opposé, fondé sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, est entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 30 mars 2021, la commune de la Salvetat Saint Gilles, représentée par Me Thibaud, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SCICV Ô Cosy sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Chevalier pour la société civile immobilière de construction-vente Ô Cosy.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 décembre 2017, le maire de la commune de la Salvetat Saint Gilles a accordé à la SCICV Ô Cosy le permis de construire un immeuble collectif sur le terrain cadastré section AI 426 sis 57 avenue de Provence, à la Salvetat Saint Gilles. Durant le chantier, en méconnaissance du permis de construire, la SCICV Ô Cosy a procédé à la couverture des trois escaliers de sortie permettant d'accéder au niveau des trois toitures en terrasse. Le 16 janvier 2020, la SCICV Ô Cosy a déposé une demande de permis de construire modificatif aux fins de modifier les fenêtres de toit sur toiture terrasse d'un bâtiment d'habitation en collectif de 6 logements. Par l'arrêté contesté du 4 mars 2020, le maire de la Salvetat Saint Gilles a refusé de le lui accorder.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ". Aux termes de l'article A. 424-1 du même code : " La décision expresse prise sur une demande de permis de construire, d'aménager ou de démolir ou sur une déclaration préalable prend la forme d'un arrêté. " Aux termes de l'article A. 424-4 du même code : " () l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision () ".

3. L'arrêté attaqué mentionne l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dont il fait application et précise que " la modification apportée à la construction, est de nature, par sa situation, son aspect extérieur ainsi que sa hauteur, à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants ". Si l'arrêté en litige vise l'objet de la modification apportée au projet, il ne caractérise pas en quoi les caractéristiques intrinsèques de celui-ci, de par les modifications qu'il comporte en termes de hauteur, de volumétrie ou d'aspect extérieur serait de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, lesquels ne sont pas davantage précisés. Dès lors, cet arrêté, qui ne qualifie pas l'atteinte que le projet de permis de construire modificatif est susceptible de porter aux dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, est insuffisamment motivé en fait et ne satisfait donc pas aux prescriptions des articles L. 424-3 et A. 424-4 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait doit être accueilli.

4. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, "Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales."

5. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par les dispositions mentionnées ci-dessus.

6. Les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme visent à préserver l'harmonie et la cohérence de l'environnement du projet, bâti ou naturel, y compris, si celui-ci ne fait l'objet d'aucune protection particulière. La modification, objet du permis de construire refusé, concerne la réalisation, en sortie de toiture, de trois édicules vitrés avec châssis aluminium de couleur gris anthracite destinés à couvrir trois escaliers permettant d'accéder aux toitures terrasse de l'immeuble collectif. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est implanté dans un quartier pavillonnaire constitué pour l'essentiel de maisons individuelles d'habitation édifiées à compter des années 1960 et de petits immeubles collectifs en R+1. Le tissu urbain dans lequel s'insère la construction litigieuse est un quartier résidentiel où les lieux avoisinants et le paysage urbain ne présentent pas de caractéristiques particulières, sans homogénéité ni unité architecturale notables. Ainsi, et bien que ces aménagements soient visibles dans le proche environnement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la modification apportée à la construction autorisée, de faible importance, de par sa situation, son architecture, ses dimensions et son aspect extérieur, serait de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants et aux paysages urbains ou qu'elle altèrerait le site. Dans ces conditions, le maire de la commune de la Salvetat Saint Gilles a commis une erreur d'appréciation en relevant, au titre des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, que le projet est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants et au site environnant. Cet unique motif de refus est entaché d'illégalité et doit être annulé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SCICV Ô Cosy est fondée à soutenir que l'arrêté du 4 mars 2020 est illégal pour les motifs exposés aux points 2 à 6 et doit être annulé et, par voie de conséquence, la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. Lorsque le juge annule un refus de permis de construire après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation sollicitée. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes de la décision.

10. L'exécution de la présente décision implique que le permis de construire demandé par la SCICV Ô Cosy soit délivré. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de la commune de la Salvetat Saint Gilles de délivrer le permis de construire sollicité par la SCICV Ô Cosy dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de la Salvetat Saint Gilles une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCICV Ô Cosy et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée au même titre par la commune de la Salvetat Saint Gilles soit mise à la charge de la SCICV Ô Cosy, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de la Salvetat Saint Gilles du 4 mars 2020, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux présenté par la SCICV Ô Cosy sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de la commune de la Salvetat Saint Gilles de délivrer à la SCICV Ô Cosy le permis de construire qu'elle a sollicité le 16 janvier 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : La commune de la Salvetat Saint Gilles versera à la SCICV Ô Cosy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la commune de la Salvetat Saint Gilles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à la société civile immobilière de construction-vente Ô Cosy et à la commune de la Salvetat Saint Gilles.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

M. A

La présidente,

S. ENCONTRE

La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 novembre 202La greffière,

C. ARCE

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